Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.).

Alors que le Maroc est en train de livrer sa dernière bataille diplomatique pour convaincre l'ensemble des acteurs internationaux de la pertinence de la solution de l'autonomie qu'il propose, la sortie calculée ou maladroite de Ban Ki-moon l'oblige à procéder à un minutieux comptage de ses amis, de ses alliés et des adversaires. Partant d'un préjugé, politiquement justifié, que la grande décision politique viendrait d'Europe et d'Amérique qui monopolisent à elles seules la majorité de sièges du Conseil de sécurité, la lumière a été rarement jetée sur cet espace arabe, avec ses alliances mouvantes, sa capacité à influencer des grandes décisions et à exercer une pression.

Cet espace arabe et son positionnement à l'égard du conflit du Sahara commencent par le Maghreb. Dans cette région, Alger paraît être l'unique soutien des séparatistes du Polisario. La Mauritanie voisine et frontalière, longtemps hésitante au gré de coups d'Etat et de l'humeur des équipes au pouvoir, est en train de découvrir la réalité du Polisario. Sa saisie record récemment d'une monstrueuse quantité de cocaïne avait montré l'implication du Polisario dans ce trafic de stupéfiants et leurs liens avec les barons de la drogue en Amérique latine. Drogues, armes, terrorisme, le gouvernement mauritanien perçoit le Polisario comme un facteur de déstabilisation qui fait peser sur son pays une menace sécuritaire permanente.

Pour la Libye, qui attend toujours la formation de son gouvernement national pour affronter l'organisation terroriste de l'Etat islamique, sa perception du Polisario sera forcément différente de celle qu'entretenait le régime démantelé de Mouammar Khaddafi.

L'ancien raïs libyen utilisait la carte du Polisario pour pouvoir réaliser une lubie personnelle en pesant sur les rapports de force dans cette région. Quelle que soit la couleur politique du futur gouvernement, il sera difficile de le voir prendre partie pour lesséparatistes du Polisario alors que la paix civile, que l'entente nationale libyenne est née à Skhirat sous couveuse politique marocaine et que le gouvernement marocain est profondément impliqué dans la stabilisation de la Libye devenue un" havre de paix" pour les organisations terroristes. Pour la Tunisie, malgré le tropisme algérien de son vieux président Beji Caïd Essebsi et son ancienne relation d'amitié avec le président Bouteflika, la diplomatie tunisienne ne peut sortir des rails de la philosophie traditionnelle du pays qui considère la problématique du Sahara marocain comme un conflit artificiellement entretenu pour bloquer l'Unité du Maghreb arabe. La classe politique et médiatique tunisienne n'éprouve aucune sympathie pour les séparatistes du Polisario.

Avec l'Egypte de Abdelfattah Sissi, après un malentendu médiatique qui avait failli dégénérer en crise politique, la relation entre les deux pays à repris sa trajectoire normale. Le Caire soutient à fond le Maroc dans cette bataille et l'attitude du représentant égyptien aux Nations unies semblait avoir joué un rôle dans la formulation d'une réponse adéquate à Ban Ki-moon pour leur signifier son erreur de posture et d'approche. Cette relation avec l'Egypte est amenée à se consolider davantage avec la visite du président Sissi au Maroc.

Avec les pays du Golfe et à leur tête l'Arabie saoudite, le Maroc est en alliance stratégique structurelle. Le Royaume avait mis à la disposition de ces pays amis ses hommes, son expertise militaire, son savoir-faire sécuritaire pour protéger les intérêts et les aider à défendre leurs agendas. Il était donc naturel que ces pays se rangent derrière lui dans son combat, diplomatique pour le moment, avec l'Algérie. Dans ce cadre, l'Arabie saoudite a procédé à un geste d'une extrême importance politique et symbolique, celui de donner le feu vert à ses gros investisseurs de s'intéresser au Sahara marocain pour animer les projets structurants qui sont en train de changer la physionomie de la région et lui écrire un autre destin que celui de l'isolement et de la pauvreté.

Dans l'ensemble de l'espace arabe, à l'exception de quelques accidents de parcours avec les évolutions de la crise syrienne qui obéit davantage à une approche de compétition régionale entre sunnites et chiites, le Maroc semble avoir avec lui l'ensemble des acteurs. L'Algérie est isolée dans sa haine du Maroc et sa volonté d'imposer le séparatisme et de morceler la région. La carte arabe est de ce fait très précieuse pour la diplomatie marocaine dans sa volonté de convaincre ses alliés de la pertinence de la solution qu'elle propose pour clore une bonne fois pour toutes quarante années de tension et d'impasse.

25/03/2016