Alors que le Maroc a proposé, en 2007, une initiative pour la négociation d’un statut d’une large autonomie au Sahara, l’Algérie persiste à défendre l’organisation d’un référendum d’auto détermination. Retour aux origines du conflit.

Lorsque le roi Hassan II  annonce, en octobre  1975, l’organisation de la  Marche verte, l’épineuse  question du «Sahara  occidental» date depuis déjà près  d’un siècle. Il faut rappeler que ce  territoire large d’une superficie  de 266.000km2, correspondant  à l’ouest des antiques provinces  sahariennes chérifiennes, a été colonisé non en 1912, date de  l’établissement du protectorat  franco-espagnol, mais plus de  trois décennies plus tôt. C’est  d’ailleurs l’un des arguments sur  lequel le Front Polisario, qui représente  la mouvance séparatiste  sahraouie, fondera ses prétentions  indépendantistes.

La colonisation de l’actuel Sahara  marocain par l’Espagne date de 1884. Au nom des sultans  alaouites, notamment Abdelaziz  (1894-1908) et son successeur  Abdelhafid (1908-1912), le légendaire  cheikh Ma El Aïnin mène  pendant plus de dix ans la résistance  des populations locales  face à la puissance occupante.  Elle durera jusqu’à son décès, en  1910, à plus de 80 ans, dans la  ville de Tiznit.

Il faudra attendre la moitié des  années 1950 pour que l’Armée  de libération nationale (ALN),  menée notamment par l’ancien  secrétaire général de l’Organisation  de l’action démocratique  populaire (OADP), Mohammed  Bensaïd Aït Idder, reprenne le  flambeau. Mais l’ALN sera complètement  écrasée lors d’une  opération conjointe de la France  et de l’Espagne; surtout que les  deux pays bénéficieront de l’appui  des services marocains de  l’époque, formés pour la plupart  par certains de leurs anciens éléments  demeurés fidèles, malgré  l’indépendance en 1956, au parti  du colonisateur.

Lutte pour la libération

L’opération “Ecouvillon” restera  dans l’Histoire du Maroc comme  de triste mémoire. Par la suite, le  grand résistant sahraoui Mohammed  Bassiri, passé respectivement  par la capitale, Rabat,  et la ville de Marrakech pour  ses études primaires et secondaires,  mènera la contestation  pendant plusieurs années face  aux Espagnols jusqu’à la célèbre  révolte de Zemla de 1970, lors  de laquelle il disparaît tragiquement.

Au tournant des années 1970, des  étudiants originaires du Sahara  alors encore espagnol, dont une  majorité appartient à l’ultra  contestataire Union nationale  des étudiants du Maroc (UNEM),  veulent réactiver la lutte pour  la libération. A leur tête, un certain  El-Ouali Moustapha Sayed,  étudiant en droit à l’Université  Mohammed-V. Le groupe d’étudiants  sahraouis demande alors  l’appui des autorités marocaines;  mais celles-ci non seulement  leur feront la sourde oreille, craignant  de mécontenter l’allié ibérique,  mais les tortureront même  à l’issue d’une manifestation  monstre, en 1971, dans la ville de  Tantan. Libérés, ils chercheront  d’abord l’appui de l’Algérie. Mais  celle-ci, sur le point de régler son  contentieux frontalier avec le  Maroc, choisit de les ignorer,  sans autre forme de procès. Ce  ne sera pas le cas de la Libye du  “guide” Mouammar Kadhafi.  Celui-ci, qui tient à l’époque des  opinions panarabistes tranchées,  souhaite la création d’un large  Etat saharo-sahélien, comprenant  également les populations  touarègues, et dont il pourrait  faire usage au moment opportun.

Il décide donc de les armer, bien  qu’assez vétustement au départ.  Le Polisario voit officiellement  le jour en 1973. Entre-temps,  l’Espagne du grabataire “généralissime”  Francisco Franco, qui  déjà, en 1969, vient de rétrocéder  la province de Sidi Ifni au  Maroc, s’apprête également à se  retirer du Sahara.

Elle soumet la question à l’expertise  de la Cour internationale de  justice (CIJ), qui dans son avis  consultatif, rendu le 16 octobre  1975, reconnaît l’existence de  liens juridiques historiques de  la partie occidentale du Sahara  tant avec le Maroc qu’avec la  Mauritanie; tout en appelant,  toutefois, à l’organisation d’un  référendum d’autodétermination.  Conclusion suffisante pour  que les deux pays se partagent  le territoire; les deux tiers nord  revenant au Royaume, le reste  au voisin mauritanien.

Liens juridiques historiques

Surtout que Hassan II, par sa  décision d’organiser la “Marche  verte”, force d’une certaine  façon la main de l’Espagne.  L’Algérie, qui en premier lieu  suit de loin l’évolution sur le  terrain, s’estime, partant, lésée.  Pour la première fois depuis son  indépendance en 1962, elle fait  intervenir son Armée nationale populaire (ANP) en dehors du  territoire algérien. L’ANP sera  battue à plate couture, dans la  localité d’Amgala, par les Forces  armées royales (FAR) sous la  direction du général Ahmed  Dlimi, alors en pleine ascension.  C’est le début de la longue  et coûteuse guerre du Sahara,  qui mènera le Maroc, en 1983,  jusqu’au bord de l’asphyxie.

D’abord, l’Algérie, par le truchement  du Polisario, qu’elle vient  de s’inféoder, assaillit littéralement  la Mauritanie, qu’elle  sait le maillon le plus faible du  conflit. Celui-ci finira d’ailleurs  par avoir raison, en 1978, du  père de l’indépendance mauritanienne,  Moktar Ould Daddah,  déposé à l’issue d’un coup d’Etat  orchestré par l’énigmatique  colonel Moustapha Ould Mohamed  Salek. Près d’une année  plus tard, en août 1979, la capitale  de la Mauritanie, Nouakchott,  reconnaîtra la République  arabe sahraouie démocratique  (RASD), proclamée par le Polisario  trois années plus tôt, et se  retire dans la foulée de la wilaya  de “Tiris El Gharbia”, revenue  depuis dans le giron du Maroc  sous le nom de la région de  Oued Ed Dahab-Lagouira.

La guerre de harcèlement

Dès lors, le conflit n’oppose plus  que le Maroc et le Polisario.  Celui-ci aura dans un premier  temps l’avantage; occupant  même, pendant toute une journée,  courant 1979, Tantan, qui  n’appartient pourtant pas à la  zone contestée. La guerre asymétrique  menée par les milices  séparatistes, sous le commandement  de l’éminent “Ayoub”, fait  des ravages.

Mais au fur et à mesure, les  FAR reprennent l’ascendant. Ils  enregistreront même quelques  succès historiques, notamment  dans la localité de Bir Anzarane, fin 1979. D’autant que quelques  années plus tard sera édifié le  fameux “Mur de sable”.  Sur le plan politique cependant, la  chose n’est pas entendue. Pressé  notamment par ses alliés français,  qui connaissent l’élection  du socialiste Frédéric Mitterand  à la présidence de la République,  Hassan II se voit obligé, en 1981,  d’accepter la solution du référendum,  au sommet de l’Organisation  de l’unité africaine (OUA),  tenu cette année-là dans la capitale  du Kenya, Nairobi.

Le coup d’estocade

Il connaîtra un deuxième revers  africain, en 1984, avec l’admission  au sein de l’OUA de la RASD -le  Maroc ne fait, depuis lors, plus  partie de l’organisation.  Ce n’est qu’à la faveur des circonstances  du moment, Hassan  II étant de plus en plus considéré  comme un allié solide de  l’Occident dans la région, que  le Royaume évitera le sort peu  glorieux d’une perte du Sahara.  L’édification du mur porte le coup d’estocade au Polisario. Le front  n’est dès lors plus en mesure,  comme auparvant, de harceler  les positions marocaines. En 1988,  les camps de réfugiés sahraouis  de la ville de Tindouf, en Algérie,  connaissent un “printemps” sanglant,  à l’issue duquel plusieurs  anciennes figures polisariennes  décident de rallier la patrie,  “clémente et miséricordieuses”,  selon la formulation inspirée de  Hassan II.

Trois ans plus tard, en 1991, la  signature d’un cessez-le-feu,  sous l’égide de l’Organisation  des Nations unies (ONU), a lieu.  Depuis, l’affaire revêt une dimension  strictement politique, opposant  en réalité plus le Maroc à  l’Algérie qu’au Polisario. Ce dernier  n’a, en effet, aucunement les moyens, financiers s’entend, de  tenir la dragée en termes diplomatiques.  Pour unique proposition,  l’Algérie persiste à défendre  l’organisation d’un référendum;  en rendant même tributaire la  réouverture des frontières algéromarocaines,  fermées par elle  depuis 1994.

Pour sa part, le Maroc s’est fendu,  en 2007, d’une initiative pour la  négociation d’un statut d’autonomie,  qualifiée à maintes reprises  par le Conseil de sécurité de l’ONU  de “sérieuse et crédible”. Les  négociations informelles entre le  Maroc et le Polisario, tenues la  dernière fois en 2012 à l’occasion  du neuvième round de Manhasset,  dans la ville éponyme, aux  Etats-Unis, n’ont à ce jour pas  encore porté leurs fruits.

 "Maroc Hebdo International"

 

11/11/2015