Le Maroc a une nouvelle doctrine diplomatique. Elle consiste, très simplement, à ne pas parler systématiquement de l‘affaire du Sahara, tout en gardant sa priorité à la question. Dorénavant, on privilégie les approches économiques, ou culturelles, ou migratoires, ou sécuritaires, ou autres. Et c’est heureux. En effet, le Maroc dispose d’un double atout. D’abord les changements du personnel dirigeant dans le monde.

 

Aux États-Unis, un néophyte est arrivé à la Maison Blanche, on ne sait trop comment, mais il y est. Il faut l’instruire sur notre affaire. Aux Nations Unies, un nouveau Secrétaire Général est là depuis 4 mois, mais lui, contrairement à Donald Trump, est parfaitement au fait des tenants et aboutissants de l’affaire du Sahara, qu’il a eu à connaître, au nom du voisinage, quand il était Premier ministre du Portugal et, plus tard, en qualité de Haut-commissaire aux réfugiés. Mais il y a aussi un nouveau chef du Polisario, qui essaiera d’exister par tous les moyens… Et en France, voilà qu’un nouveau président est en passe d’être élu, et qu’il soit homme ou femme, la diplomatie marocaine a du pain sur la planche.

 

L’autre atout du royaume est d’ordre comparatif. En effet, dans les grandes questions internationales, le Maroc a su faire  la différence en comparaison à son adversaire de toujours, l’Algérie. Les priorités du monde actuellement sont la sécurité, où le Maroc a montré une maîtrise spectaculaire ; il y a également la crise migratoire, et là aussi le royaume a su faire montre de souplesse, dans la rétention des migrants subsahariens qui ne peuvent plus aller en Europe à partir de notre territoire, et aussi dans la régularisation (nous en sommes aujourd’hui à environ 35.000 personnes régularisées).

 

Enfin, dans le domaine du réchauffement climatique et du développement durable, faut-il rappeler que le Maroc est organisateur de la COP22, qu’il est promoteur d’un certain nombre d’initiatives dans le secteur agricole, et que Rabat préside la COP22 jusqu’en décembre de l’année prochaine ? La diplomatie marocaine est donc en ordre de marche, avec un chef d’Etat qui a fait de son domaine réservé une occupation à plein temps, ou presque. Et on l’a vu dernièrement avec Cuba, où le roi Mohammed VI était en villégiature, mais où il a tissé assez de liens et de contacts, discrètement, pour établir des relations diplomatiques, interrompues depuis plus d’un tiers de siècle.

 

Il reste un troisième élément, qui pourrait sonner en creux par rapport à nos attentes… En effet, si les domaines d’excellence du Maroc sont nombreux et variés, et si de nouveaux responsables sont là, le Maroc doit se donner les moyens pour expliquer, et convaincre. Nous parlons ici, bien évidemment, du personnel diplomatique qui, bien qu’ayant fait l’objet d’un vaste mouvement voici quelques mois, continue d’après certaines indiscrétions à traîner les pieds.

 

Un diplomate est un VRP, Vendeur/représentant/placier. Un diplomate doit vendre les thèses de son pays dans les capitales d’accréditation, il doit représenter son pays, ce qui signifie qu’il doit quasiment avoir le don d’ubiquité, se trouvant ici, là, partout, et enfin, il doit savoir placer ses arguments auprès de tous pour notre affaire nationale.

 

Voilà pourquoi le diplomate est important, surtout que le chef de l’Etat est vraiment partout, en Afrique depuis plusieurs années, mais aussi en Asie depuis quelques mois et demain, c’est l’Amérique latine qui sera la cible de charme de notre diplomatie. Or, nous avons un avantage certain, qui est que les Algériens n’ont pas encore véritablement compris cette nouvelle stratégie. Au Maroc de profiter de cet avantage temps car si, comme on dit, le temps c’est de l’argent,  en diplomatie, le temps c’est aussi et surtout gagner de l’entregent.

27/04/2017