Au-delà du siège du Conseil de sécurité des Nations Unies à New York, le sort du conflit du Sahara se joue aussi dans les allées du Capitole à Washington et dans une base militaire du Pentagone en Floride. Voyage au cœur des arcanes du pouvoir américain où la cause nationale est mise en balance.

Washington D.C. Bienvenue dans la capitale des Etats-Unis. Son Potomac, ses mémoriaux, ses monuments et ses musées gratuits… ici, tout renvoie à la courte mais palpitante histoire du Nouveau monde. Mais il y a aussi ces célèbres bâtiments fédéraux, symbole de la suprématie de l’Amérique et de l’influence de sa politique étrangère sur le monde. « Dans la ville des francs-maçons, comme on la surnomme, tout est symbole de pouvoir », nous lance Midhat, notre guide, devant la grille de la Maison Blanche. « Cet édifice est essentiellement construit en fer et en béton, des matériaux qui durent moins que le marbre ou le bois sur lesquels repose le Capitole. Un clin d’œil à la suprématie du pouvoir du Congress et du Sénat », poursuit notre guide, dans une sorte d’initiation à l’architecture du régime américain.

Le système de gouvernance des États-Unis est une spécialité d’Akram Elias. Cet expert en diplomatie, qui travaille depuis 25 ans comme consultant pour le département d’Etat, tient aujourd’hui une conférence dans un hôtel de Georgetown. « Seuls 1 à 2% des Américains s’intéressent réellement à la politique étrangère. Ce sont essentiellement les multinationales, les ONG et les think tanks qui influent sur les affaires internationales, en faisant pression sur le Capitole ou l’administration. La politique étrangère ne devient un sujet grand public que lorsqu’elle se mêle aux affaires de défense  », explique-t-il devant son auditoire, composé de journalistes du monde arabe. Et de poursuivre : « Ne soyez donc pas surpris si peu d’Américains arrivent à situer votre pays sur une carte, à moins qu’il y ait des GI chez vous ».

Dites Sahel, pas Sahara !

Vous l’aurez donc compris, le Maroc et l’affaire du Sahara n’intéressent en rien l’Américain moyen. Pas plus qu’ils ne donnent des insomnies aux décideurs de Washington. Pour susciter l’intérêt de ces derniers ou de l’opinion publique quant à notre cause nationale, il faut évoquer un thème plus sécuritaire, plus affolant : le Sahel. La région est considérée comme une zone à grand risque terroriste. Alors, les satellites et les drones du Pentagone sont braqués dessus en permanence. Mais pas seulement… Depuis quelques années, de nombreux think tanks influents de Washington scrutent de très près ce grand désert du Sahara. « Il est difficile de contrôler cette région du monde, car toutes les frontières en Afrique sont perméables et les gouvernements sont trop faibles pour pouvoir le faire », nous lance Arnaud de Borchgrave. Cet octogénaire - qui a couvert 18 guerres aux quatre coins de la planète pour Newsweek – est actuellement directeur au Center for Strategic & International Studies (CSIS). Un think tank, regroupant 220 chercheurs, qui produit des travaux de référence en matière de terrorisme transfrontalier. Son analyse de l’affaire du Sahara est binaire : « C’est un conflit entre le Maroc et l’Algérie pour lequel les Etats-Unis devront un jour où l’autre trancher ». Dans la salle de réunion cossue du CSIS, il nous confie cependant que rien ne presse encore l’administration US à se pencher sérieusement sur ce cas. « C’est exagéré que de dire que le Sahel est le nouvel Afghanistan, comme veulent le présenter certains de nos confrères », conclut De Borchgrave.

Cette thèse du Sahel, nouvel Afghanistan, est en effet soutenue par plusieurs autres centres de recherches. Sur L Street, dans un building ultramoderne, rendez-vous est fixé avec J. Peter Pham, directeur à l’Atlantic Council. L’homme corpulent au visage juvénile est une tête assez connue au Maroc : souvent, il accorde des interviews à nos télévisions nationales pour parler des relations américano-marocaines. Autour de cette thématique, l’Atlantic Council a même organisé une conférence avec Salaheddine Mezouar, le ministre des Affaires étrangères, à l’occasion de la visite royale aux Etats-Unis en novembre dernier. « Cette visite de Mohammed VI a été déterminante, nous explique Pham. Sa rencontre au sommet avec le président Obama a permis de dissiper les incompréhensions avec la nouvelle administration qui, depuis le départ de Hillary Clinton, n’avait pas pris la juste mesure de la sensibilité de l’affaire du Sahara pour un allié comme le Maroc ».

Le poids des think tanks

Par la plume de  son directeur, l’Atlantic Council est l’un des centres les plus prolifiques en matière de travaux traitant du Sahara. Ses conclusions épousent souvent les thèses marocaines et dressent une image reluisante du royaume. Dans un document datant de novembre dernier, Peter Pham énumère tous les arguments qui font du Maroc « un allié stratégique pour les Etats - Unis », mais qui démontrent aussi sa bonne volonté de « sortir de l’impasse que constitue l’affaire du Sahara ». Et les arguments ne manquent  pas : coopération exemplaire en matière de lutte contre le terrorisme, modèle d’islam tolérant antidote de l’extrémisme religieux, stabilité politique incarnée par la monarchie qui a su négocier les événements du Printemps arabe, approche d’ouverture économique sur les marchés africains, mise en œuvre d’expériences comme l’Instance équité et réconciliation, qui témoignent d’une évolution en matière de droits de l’homme, approche de développement spécifique pour les régions du Sahara… De quoi mettre du baume au cœur de nos officiels.

Surtout que le conseil d’administration de ce think tank rassemble plusieurs personnalités crédibles et influentes : Madeleine Albright, Condoleezza Rice, Colin Powell… Même Chuck Hagel, l’actuel secrétaire d’Etat à la Défense (big boss du Pentagone), a présidé un temps l’Atlantic Council. Le général James L. Jones, ancien conseiller militaire d’Obama, est aussi dans le board du think tank et se montre très favorable au Maroc. A l’occasion de la visite de Mohammed VI, il n’a pas hésité à se fendre d’une lettre inspirée, adressée à la Maison Blanche, sur le blog du Congress. « Président Obama, saisissez cette occasion avec le roi Mohammed VI », titrait-il pour appeler à la « construction d’une alliance historique ». Le coauteur de ce papier n’est autre que notre compatriote Ahmed Charaï, le patron du groupe de presse réunissant L’Observateur, Med-Radio et Al Ahdath Al Maghribiya. « Votre confrère est l’homme des think tanks, nous explique un connaisseur de ces clubs d’experts de Washington. Il siège dans trois ou quatre parmi eux et il sait y défendre la cause marocaine ».

 Si l’Atlantic Council est le plus fervent défenseur du royaume parmi ces réservoirs de matière grise, de nombreux autres centres de recherches ont également une perception réconfortante du Maroc. Sauf que Rabat n’a pas que des amis. Le très influent Centre Kennedy pour la justice et les droits de l’homme est celui qui se montre le plus virulent. Depuis plusieurs années, il publie des rapports qui dépeignent une image désastreuse de la situation des droits de l’homme dans les provinces du sud et mène des initiatives pour une mobilisation à la protection de ces mêmes droits. Les violations des droits de l’homme, il faut admettre, sont souvent confirmées par d’autres organisations très crédibles auprès de Washington, comme Amnesty International et Human Rights Watch. « Cela vaut bien des misères au Maroc, puisque la question des droits de l’homme est régulièrement évoquée dans les travaux de plusieurs think tanks. On  la retrouve même dans les notes confidentielles commandées par le Congress ou l’administration », affirme notre source.

La reconquête du Congress

Les travaux des différents think tanks sont effectivement l’une des principales sources d’information pour les petites mains du Capitole. Dans le Madison Building, une des annexes du parlement fédéral, se trouvent les bureaux des services de recherches des commissions parlementaires. « Que ce soit sur demande express des présidents de commissions, ou de notre propre initiative, nous réalisons régulièrement des rapports sur des pays ou des questions particulières qui leur sont inhérentes», nous décrit, sous couvert d’anonymat, un des analystes du service de recherches de la commission des affaires étrangères, de la défense et du commerce. En ce qui concerne la question du Sahara, notre interlocuteur nous oriente vers la dernière mise à jour réalisée par un de ses collègues, en avril 2013. Une note qui résume assez bien le rapport de forces au Congress : « Beaucoup de représentants sont de fervents défenseurs du maintien du régime marocain au Sahara. En même temps, d’autres se sont exprimés ouvertement contre les exactions commises par le Maroc », peut-on y lire.

Notre source au Congressional Research Service nous explique que le Maroc a pu marquer, ses derniers mois, des points significatifs au cœur du pouvoir américain : « Avec la disparition de Ted Kennedy et Donald Payne, mais aussi le départ à la retraite annoncé de Franck Wolf, qui étaient tous très hostiles au Maroc, les amis de Rabat ont pu s’engouffrer dans la brèche et renforcer leurs appuis », détaille-t-il. Effectivement, le royaume s’est significativement rapproché des élus noirs américains (voir encadré). Et grâce au soutien de ce groupe parlementaire très influent au sein du Capitole, le Maroc a frappé un gros coup l’hiver dernier, lors de la discussion du budget américain. Pour la première fois, les élus ont autorisé l’utilisation par le royaume des aides de l’Oncle Sam dans les provinces du sud. Une sorte de reconnaissance officieuse de la souveraineté marocaine sur cette région…

Influence des lobbys

Une telle prouesse n’a été possible que grâce aux manœuvres des lobbys pro-marocains. « Le sénateur Diaz Ballaret, qui a défendu cette mesure dans la sous-commission du budget, est le frère d’un lobbyiste qui travaille officiellement pour le Maroc », nous précise notre source au Capitole. Et d’enchaîner : « Ce n’est un secret pour personne : tout à Washington est question de lobbying. Mais on ne comprend pas pourquoi le Maroc passe par plusieurs organisations pour signer ses contrats ». Bien plus que les virements en dollars effectués à partir de Rabat, le lobbying pro-marocain profite de l’effet de synergie des groupes de pression en faveur d’Israël. « Le Maroc s’appuie sur ses relais à l’International Jewish Center et de J Street, deux organisations pro-juives qui maîtrisent les rouages du pouvoir américain. A Washington, ils sont en terrain conquis… », affirme un connaisseur des relations maroco-américaines.

Si le Maroc semble ces dernières années, reconquérir du terrain dans le Capitole, il reste néanmoins beaucoup à faire. L’année dernière, la commission Tom  Lantos pour les droits de l’homme a envoyé une lettre officielle au département d’Etat pour soutenir l’initiative de son ambassadrice, Susan Rice, qui a proposé à l’ONU le monitoring des droits de l’homme au Sahara. Et dans les bâtiments annexes du Capitole, il n’est pas rare de voir les pro-indépendantistes et les agents du Polisario mener des actions pour faire entendre leurs voix et leurs violentes critiques à l’égard du Maroc. Le dernier fait d’armes en date est la conférence tenue par Aminatou Haïdar, début avril. Comme à son habitude, la militante sahraouie a mis l’accent sur les exactions concernant les droits de l’homme pratiquées par le régime. La propagande pro-Polisario s’en est emparée pour en faire un événement exceptionnel, qu’elle a présenté comme un signe de soutien du Congress. « Il faut savoir que ce genre d’événements ne fait pas partie des activités officielles du Capitole. Ils sont organisés et tenus par diverses organisations, qui invitent des membres du Congress à y assister », nous explique notre connaisseur des arcanes du parlement fédéral. Le Maroc use aussi de tout son poids pour y organiser des événements, afin de mettre en valeur et montrer son exemplarité en matière de coopération avec les Etats-Unis.

Le Maroc, un bon soldat

Un des domaines où le Maroc passe pour un bon élève aux yeux des Américains est la coopération militaire pour la lutte contre le terrorisme. Pour en prendre la mesure, il faut quitter Washington pour l’autre bout des Etats-Unis. Direction la Floride, précisément Tampa Bay. Ici, on trouve des plages paradisiaques qui attirent les touristes du monde entier,  on y croise de riches Américains fuyant l’hiver glacial de Washington et New York, mais aussi des militaires, beaucoup de militaires… La capitale de l’Etat de Floride abrite en effet le centre de commandement des opérations spéciales de l’armée US. Cette base de la Navy est évidemment un fort inaccessible, mais on a tout de même pu discuter avec un officier de cette unité, lors d’une rencontre avec les médias arabes au Payton Institute. Sous couvert d’anonymat, cette source nous confie : « Le Maroc est un allié stratégique pour la région et nous tenons à cette coopération. Nous réalisons plusieurs exercices avec l’armée marocaine dans la région du Sahel et avons toujours eu du répondant de la part des hauts gradés du royaume. L’enjeu est de taille dans cette région, où de grandes quantités d’armes se trouvent entre les mains de groupes terroristes ».

La coopération militaire ne cesse de se développer depuis que le terrorisme est devenu la hantise de l’Amérique, soit au lendemain du 11 septembre. C’est un secret de polichinelle, le Maroc a servi de base de transit pour la CIA. Le royaume jouit aussi du statut d’allié majeur hors-OTAN. Sous l’égide de l’organisation transatlantique, des entraînements sont tenus régulièrement avec des armées africaines et européennes, comme les dernières « manœuvres Flintlok » de février dernier ayant pour thématique la lutte contre les enlèvements d’otages au Sahel. Avec l’armée américaine en particulier, nos soldats participent chaque année aux opérations « African Lion », des manœuvres communes avec les GI en plein Sahara supervisées par le centre de commandement à Tampa. C’est dans la salle radio de la base américaine en Floride qu’est tombé, en avril 2013, le câble classifié annonçant la décision de l’état-major de l’armée marocaine de suspendre l’opération « Lion l’Africain ». Les galonnés de la Navy n’en revenaient pas : « Nous avons immédiatement transmis l’information au Pentagone », nous explique notre officier de liaison qui, en bon soldat, se contente de décrire la voie hiérarchique, sans s’aventurer à verser dans l’opinion. Mais entre deux gorgées de son café allongé, il nous laisse entendre l’importance stratégique de la coopération avec le Maroc : « On n’a pas trop compris ce qui nous a mené à nous fâcher avec un pays allié. Et tant mieux si cette crise a vite pris fin ».

A New York, les têtes ont changé

La crise diplomatique d’avril 2013 avec les Etats-Unis a été déclenchée à New York. Dans la jungle de béton de Manhattan, trois escales sont incontournables pour tout visiteur : Time Square avec ses écrans et lumières éblouissantes, l’Empire State Building qui surplombe le Ground Zero et l’United Nations Plazza donnant sur le siège du Conseil de sécurité des Nations Unies. Dans ce bâtiment est votée chaque année, fin avril, une résolution pour le prolongement du mandat de la Minurso, la mission militaire onusienne déployée au Sahara depuis le cessez-le-feu de 1991. En face de l’édifice des Nations Unies se trouve la mission diplomatique américaine auprès de l’ONU. C’est de ce bâtiment flambant neuf (inauguré par Obama en 2011) qu’est sorti le projet de résolution américaine qui voulait élargir le mandat de la Minurso à l’observation des droits de l’homme. Une proposition qui a mis en branle la diplomatie chérifienne, scandalisée par une telle initiative, et qui a fini par pousser l’administration américaine à faire marche arrière.

Un an plus tard, dans cette ambassade américaine auprès de l’ONU, les responsables ont changé. L’ambassadrice Susan Rice a cédé sa place à Samantha Power, qui a ramené dans ses valises un nouveau staff de conseillers. Après avoir promis de ne pas citer leurs noms, nous avons réussi à en rencontrer deux. Pourtant, dans leurs propos, ils s’en tiennent à la formule officielle du Department of State : « Le secrétaire John Kerry et le président Obama estiment que le plan d’autonomie présenté par le Maroc constitue une proposition sérieuse, crédible et réaliste ». Lorsqu’on demande si le scénario de 2013 risque de se reproduire, nos deux diplomates bottent en touche. « Nous continuons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour composer avec les différentes parties, que ce soit le Maroc, le Polisario ou l’Algérie. Le tout, évidemment, sous la houlette des Nations Unies ».

Entre ONU et Algérie

Les positions onusiennes et leurs ramifications avec l’administration américaine concernant l’affaire du Sahara, Anna Theofilopoulou les connaît comme sa poche. Ce petit bout de femme nous fixe rendez-vous dans une petite pâtisserie italienne sur la 1st Avenue. Elle qui a travaillé de longues années avec James Baker (l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU au Sahara entre 1997 et 2000) estime que les choses n’ont pas évolué pendant tout ce temps : « Même après que le Maroc a présenté son plan d’autonomie, en 2007, il n’a pas su le traduire en actes. Cela a conduit à une perte de confiance de la communauté internationale, l’administration américaine en tête ». Pire encore, elle estime que Rabat a parfois commis « des erreurs grossières comme quand elle a demandé, sans pouvoir l’obtenir, la démission de Christopher Ross (l’actuel envoyé spécial au Sahara, ndlr) ». Entre deux bouchées d’Amaretti, Anna nous explique que le non-respect des droits de l’homme reste notre talon d’Achille : « Il ne faut pas se faire d’illusions, l’administration Obama est très proche du clan Kennedy qui va revenir à la charge en usant de cette carte ». Et d’enfoncer le clou : « Le Maroc ne peut pas compter éternellement sur le soutien du Pentagone. L’Algérie est plus expérimentée que le Maroc en matière de lutte contre le terrorisme et a les moyens de supplanter le royaume sur ce terrain-là ». Anna a vécu bien des rebondissements durant sa carrière pour savoir que notre voisin joue un rôle de catalyseur dans ce conflit : « C’est Abdelaziz Bouteflika qui a soufflé à James Baker l’idée de division du  Sahara ». Et de conclure : « Avec le temps et le changement de régime en Algérie, il faut espérer que le Polisario ne représente plus le même intérêt stratégique pour Alger ».

En attendant, le royaume semble avoir gagné la sympathie de l’administration américaine. Depuis la rencontre au sommet entre Mohammed VI et Barack Obama, les officiels US reprennent en chœur  les termes contenus dans la déclaration commune, soit « le plan d’autonomie marocain est sérieux, crédible et réaliste… ». Cela a été le cas lors de la dernière visite de John Kerry à Rabat, il y a deux semaines. Cela a été aussi le cas lors de l’audition de son secrétaire d’Etat adjoint, William V. Roenbuck devant le Congress. L’Amérique ne risque donc pas de nous causer du désagrément cette année à l’ONU, maintenant son statu quo sur cette question. Et cela semble largement satisfaire le Maroc.

ONU. Rabat hausse le ton

Comme chaque mois d’avril, le projet de résolution pour le renouvellement du mandat de la Minurso atterrit au Conseil de sécurité. En attendant le vote prévu le 24 de ce mois, le rapport du Secrétaire général de l’ONU est actuellement en cours de discussion. Un rapport qui remet encore une fois sur le tapis les violations des droits de l’homme et propose à nouveau la création d’un mécanisme d’observation sous l’égide de la mission onusienne. Une mesure que le Maroc refuse catégoriquement depuis 2009. « Cette année non plus elle ne passera pas. Surtout que cette fois la proposition ne vient pas d’un membre permanent du Conseil de sécurité », préconise sur un ton confiant une source diplomatique. Cette assurance du côté marocain se manifeste à travers le ton ferme de la discussion téléphonique entre le roi et Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies. Rabat qualifie cette proposition de l’ONU « d’option périlleuse qui serait fatale pour le processus en cours ». Dans la foulée, Mohammed VI a procédé au changement du représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies : Mohamed Loulichki laisse son fauteuil à Omar Hilal, qui a été reçu par le souverain et a pris son poste en attendant la confirmation de sa nomination lors d’un futur Conseil des ministres. Et pour finir, Mohammed VI s’apprête même à partir en vacances et en famille à Dakhla. Une manière de signifier à la communauté internationale : « Au Sahara, nous sommes chez nous ! ».  

 

Diplomatie. Les Afro-américains à la rescousse

En août 2013, le Maroc déroule le tapis rougeau au révérend américain Jesse Jackson et ne le regrette pas. Reçu, y compris par le roi, avec les honneurs dus à un chef d’Etat, c’est ce célèbre activiste des droits civiques qui a soufflé au Maroc l’idée de s’ouvrir sur les décideurs et faiseurs d’opinion afro-américains. En moins de deux mois, trois délégations américaines se rendent ainsi au Maroc et sont à chaque fois conviées à de longues rencontres avec les officiels. « Nous avions l’occasion de faire une nouvelle percée aux Etats-Unis et il ne fallait pas rater l’occasion », affirme une source diplomatique. C’est ainsi que douze congressmen noirs atterrissent au Maroc fin décembre 2013 pour une longue tournée à travers le pays et une série interminable de réunions. Avec, cerise sur le gâteau, un réveillon à Marrakech. « Il ne faut pas toujours se focaliser sur ce genre de détails. L’essentiel pour nous était de montrer la réalité à ces responsables et les laisser se faire leur propre opinion », réagit un diplomate marocain. Les douze membres du « Congressionnal black caucus » (un total de 43 élus) sont rentrés chez eux après avoir dit tout le bien qu’ils pensaient du Maroc et surtout de son plan d’autonomie au Sahara. Après eux, ce sont les magistrats et avocats afro-américains qui arrivent en masse au royaume fin janvier 2014. Avec un total de 130 membres de la « National bar association » (NBA), cette ONG avait tenu son congrès annuel à Rabat. « Ils ont fait le voyage à leurs frais, les statuts de la NBA interdisant d’accepter tout cadeau d’un pays étranger », explique un journaliste américain. Enfin, début janvier, une délégation de sept éditeurs de journaux américains, membres de la « National newspaper publishers association » (NNPA) ont été conviés au Maroc. Le royaume est ainsi en train de renverser la vapeur, sachant que ces organisations afro-américaines étaient historiquement hostiles aux positions marocaines.  

01/05/2014