La présence du roi du Maroc et l’absence de Bouteflika à la cérémonie d’installation du nouveau président malien a fini par mortifier une élite algérienne génétiquement les nerfs à fleur de peau et déjà à bout de nerfs

Comment comprendre le discours de Bouteflika à Abuja si l’on ne récapitule pas les évènements et leurs évolutions durant ces quatre dernières décennies.

 

Le conflit du Sahara entre le Maroc et l’Algérie perdure depuis près de quarante ans. Il y a eu des summums de confrontations entre les deux pays, notamment, tout au début, à Amgala I et Amgala II qui auraient pu tourner à l’affrontement généralisé.

 

Le Polisario menait bien ses attaques du territoire algérien et avec des armes algériennes. Même qu’en 1979, les groupes polisariens ont mené une incursion dans Tantan en territoire marocain incontesté sans que le Maroc ne donne une suite autre que diplomatique.

 

Lorsque Hassan II décida de sécuriser le Sahara par la construction des murs de sécurité qui allaient définitivement mettre fin aux incursions du Polisario, il prit le soin de ne pas passer tout prêt des frontières avec l’Algérie.

 

Dans son esprit une solution politique était toujours possible et dans tous les cas de figure l’évitement une guerre qui, in fine, ne profiterait à personne était souhaitable. Elle ne ferait que tirer les deux pays, déjà en proie avec les problèmes de développement, vers le bas.

 

Hassan II qui était toujours préoccupé par une issue sans vainqueur ni vaincu, multiplia les gestes dont l’intéressante proposition d’un couloir donnant à l’Algérie un accès à l’Atlantique.

 

Au milieu des années quatre-vingt, le roi Fahd d’Arabie Saoudite entrepris une médiation entre les deux capitales qui déboucha aux rencontres sur les frontières du coté d’Oujda. C’est à partir de ce moment qu’on a commencé à agiter l’idée d’une solution dans le cadre de la souveraineté marocaine.

 

Dans la foulée de cette action, il eut la reprise des relations diplomatiques, la visite du roi à Alger à l’occasion du sommet arabe de 1988, la rencontre de Zeralda en marge de ce sommet, la création de l’UMA à Marrakech en 1989, l’audience toujours à Marrakech par le défunt roi d’une délégation du Polisario.

 

Tout le monde commençait à espérer la dilution du problème du Sahara dans la construction unitaire. Ce fut une utopie de plus.

 

C’est qu’entre temps la situation changea de bout en bout en Algérie. Le coup d’Etat blanc contre Chadli Benjedid, l’entrée du pays dans une sanglante guerre civile, la remise au goût du jour des sorties diplomatiques ostentatoires de l’Algérie contre Maroc, puis l’attaque terroriste en 1995 contre l’hôtel Atlas Asni par des « Français » d’origine algérienne, qui transpirait le coup fourré, finirent par ramener la situation au point zéro. Toutefois sans rupture des relations diplomatiques.

 

Si jamais rien n’a été bien dans les meilleures des relations du monde, le contact en dents de scie a été maintenu, même après l’arrivée de Abdelaziz Bouteflika dont l’amour-haine pour le Maroc n’a pas d’égale en Algérie.

 

Est-ce la maladie du chef de l’Etat algérien qui a poussé la caste dirigeante à créer une fixation sur le Maroc ? Difficile de répondre. Mais force est de constater, sous prétexte de moderniser son armée et de faire face au terrorisme qui menace son vaste pays sur l’ensemble de ses nombreuses frontières, l’Algérie s’est lancée dans un programme d’armement sans précédent augmentant son budget de 277%. 7 milliards de dollars en 2007, 10 milliards en 2010 alors qu’elle est en train de contracter un autre contrat avec la Russie estimé à 12 milliards. Elle se place ainsi au premier rang, devant l’Egypte, des achats militaires en Afrique du Nord, pendant que la Maroc est à la troisième place.

 

Rien qu’à voir cette course effrénée, il y a de quoi nourrir les plus grandes inquiétudes sur les intentions d’Alger. Fort heureusement, la capacité et la qualité opérationnelles de ses troupes permet à Rabat de rétablir profondément le rapport des forces.

 

Les dirigeants algériens, eux-mêmes inquiets des succès diplomatiques du roi Mohammed VI en Afrique et en occident, tentent de sortir de leur torpeur en faisant feu de tous bois pour nuire à l’image du Maroc. Guerre marocaine de cannabis pour miner la jeunesse algérienne, dépossession de l’Algérie de ses biens pétroliers à travers la contrebande de l’essence aux frontières orientales du Maroc, chasse à l’homme à travers l’arrestation de Marocains en situation irrégulière et écrits de presse à leur encontre dignes de l’extrême droite européenne, tout y passe et le reste à l’avenant.

 

La diplomatie algérienne ne supporte pas que le plan d’autonomie marocain soit jugé crédible et pris au sérieux par la communauté internationale. Elle contre-attaque sur le terrain des droits de l’homme, notamment au Sahara en créant par une poignée de séparatistes de l’intérieur des situations de confrontation avec les forces de l’ordre pour les instrumentaliser auprès des pays occidentaux et des instances internationales. Quitte à manipuler les images et les faits.

 

Elle a cru tenir sa revanche quand le conseil de sécurité des Nations Unies a été à deux doigts d’adopter une résolution élargissant les prérogatives de la MINURSO aux droits de l’homme. La manière imparable par laquelle la diplomatie royale a retourné la situation lui est restée en travers de la gorge.

 

De la même manière, Alger a essayé d’isoler le Maroc des questions sécuritaires de la région du Sahel pour faire cavalier seul avec les Etats de cette région, oubliant jusqu’à l’efficace coopération du royaume sur les questions du terrorisme. Sous le fallacieux prétexte que la Maroc n’a pas de frontières commune avec le Sahel. Comme si le terrorisme connaissait ou reconnaissait les frontières.

 

L’attaque du complexe pétrolier de Aïn Aminas à la suite de l’intervention de la France au Mali, dans laquelle le Maroc n’a pas été un acteur neutre, a fini par perturber le raisonnement algérien. N’a-t-elle pas entraîné dans son sillage le démembrement en cours du DRS, puissant département qui regroupe en son sein tous les services de sécurité ; intérieure, extérieure, forces spéciales d’intervention, police judiciaire, communication et orientation de la presse…

 

La présence du roi du Maroc et l’absence de Bouteflika à la cérémonie d’installation du nouveau président malien a fini par mortifier une élite algérienne génétiquement les nerfs à fleur de peau et déjà à bout de nerfs. Furieux, le très nationaliste journal algérien El Watan a commis à cette occasion un éditorial au vitriol contre le pouvoir de son pays.

 

A partir de là, le virulent message présidentiel d’Abuja apparait pour ce qu’il est, une étape supérieure et supplémentaire dans cette logique d’escalade. Tout est maintenant de savoir si les dirigeants algériens sauront raison garder.

08/11/2013