Ghardaïa: le grand naufrage politique d’un régime au bord de l’implosion

La répression livrée par le régime d’Alger contre les populations de la ville de Ghardaïa vient apporter une preuve supplémentaire quant au naufrage d’un régime délétère qui tient en otage tout un peuple. Ghardaïa, affectueusement surnommée la perle du sud algérien en raison de la beauté de son paysage et la richesse de son héritage culturel, est depuis plus d’un an le théâtre d’une répression sanglante perpétrée par un régime ayant clairement fait vœu d’immobilité face aux revendications de libération exprimées par le peuple algérien dans sa totalité.
Fidèle à sa tradition de semer la division pour fuir ses crises internes et servir ses desseins de maintenir la main mise sur le pays, le régime d’Alger n’a pas hésité à user de tous les moyens à sa disposition pour instrumentaliser les divisions entre les minorités arabes et mozabites et faire régner la terreur dans le but de s’imposer comme l’ultime salvateur.
Dans l’une de ses nombreuses analyses de la mentalité du régime algérien, Jeremy Keenan, célèbre chercheur britannique et professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de Londres, a pertinemment souligné que ce régime a depuis toujours eu tendance à créer la terreur et la division pour les exploiter à son avantage.
Cette politique est appliquée sur le plan régional, notamment au Sahel, et à l’intérieur du pays, renchérit le Pr. Keenan, relevant que le régime algérien, de par sa nature, n’a pas intérêt à voir la paix et la stabilité s’instaurer. Des témoignages rapportés par la presse internationale et algérienne confirment ces desseins qui ne trompent plus personnes.
Pour les habitants de Ghardaïa, la ville est prise en étau entre plusieurs intérêts, ceux des autorités qui voudraient se maintenir au pouvoir et ceux personnels, a récemment écrit "Le Quotidien d’Algérie". Nombreux sont les observateurs qui n’ont pas manqué de relever la main du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dans l’instrumentalisation des divisions ethniques pour mieux servir les intérêts des locataires du palais d’Al-Mouradiya.
Amar Saâdani, qui n’est autre que le Secrétaire général du Front National de Libération (FLN, au pouvoir) a accusé ce service de renseignements, qui contrôle tous les aspects de la vie en Algérie, de tentatives de déstabilisation du pays. Selon Saâdani, le DRS aurait manigancé les événements sanglants de Ghardaïa.
"Le fauteur de ces troubles, c’est le chef du service de renseignements", lance le Secrétaire général du FLN à l’adresse du général Mohamed Mediene, dit Toufik, chef du DRS. Le journal électronique algérien "tamurt.info" va dans le même sens en soulignant que le régime algérien est dépositaire d’une longue histoire d’instrumentalisation des divergences et se nourrit de la violence envers le peuple pour assurer sa pérennité.
"Ce qui se passe à Ghardaïa (...) en est un exemple édifiant", note le journal, soulignant que personne n’a compris exactement pourquoi le régime attise le feu dans cette région qui a vécu des siècles dans la sérénité et la paix. Après le terrorisme et les événements de la Kabylie, le régime a besoin d’un autre conflit pour assurer sa pérennité.
Cette fois-ci, il jette son dévolu sur la région des Mozabites, renchérit l’auteur de l’analyse. Sur le plan international, les analyses consacrées à la répression des revendications sociales, culturelles, économiques et politiques à Ghardaïa se sont axées sur la nature dictatoriale du régime algérien. Ainsi, l’analyste allemande Susanne Kaiser estime que les clashes qui ont eu lieu à Ghardaïa sont le fruit de la marginalisation sociale et politique des minorités.
Depuis l’indépendance de l’Algérie, les minorités berbères ont été réduites à un simple rôle folklorique, indique-t-elle, relevant que les revendications de cette minorité ont été toujours considérées comme une trahison au système établi et imposé par le régime. Les conflits en cours dans cette ville du sud algérien signifient que la situation sociale et politique en Algérie demeure largement explosive, ajoute l’analyste, soulignant que l’avenir de l’Algérie reste enveloppé par l’incertitude en raison des tensions qui ne cesse de s’accentuer à tous les niveaux dans ce pays.
Tout en signant le naufrage d’un régime insouciant de la sécurité voire du bien-être de son peuple, les évènements de Ghardaïa sont venus dévoiler devant l’opinion publique locale et internationale le désarroi d’une élite dirigeante désorientée qui verse dans les incantations chimériques et les duperies au lieu d’ouvrir la voie à son peuple pour réaliser le rêve jusque-là insaisissable de la démocratie qu’il caresse depuis l’indépendance.

15/08/2014