Légionnaires espagnols tués après une attaque des résistants marocains à Edchera en janvier 1958 (joumada al- thani 1377 H). Source: histocliop.blogspot.fr

La Guerre d’Ifni est le nom donné aux opérations militaires menées par les Ait Ba’mranes entre octobre 1957 et avril 1958 (1377 H) contre les troupes coloniales espagnoles pour libérer Ifni de l’occupation espagnole.

Contexte

A partir de la fin du XIX° siècle, l’Espagne, amorça son processus coloniale au sud du Maroc en trois étapes :– Rio de Oro (oued ad Dahab ou Souss ad Dakhla) en 1885 (1302 H),– La Sol Marriscos espagnol (Saguia el Homra) en 1912(1330H),– L’enclave d’Ifni (sidi Ifni) la même année.

Soldat espagnol pendant la Guerre d’Ifni en 1957. Sidi Ifni. Source: aquellasarmasdeguerra.files.wordpress.com

 

Par ailleurs, elle avait administré sur la côte atlantique : Cap Blanco (Lagouira), Borba (Cap Barbas), Villa Cisneros (Dakhla), Cap Bojador (Boujdor), July (Tarfaya) et Ifni. Ce territoire était délimité au sud et à l’est par une ligne avec la zone française, de Lagouira jusqu’à Daya al Khadra.

En 1946 (1365 H), tous les sites de la région ont été regroupés dans ce qu’on appelle l’Afrique occidentale espagnole.

Après avoir obtenu son indépendance en 1956 (1375 H), le Maroc a manifesté son intérêt pour la décolonisation des possessions espagnoles et commencé à proclamer qu’elles étaient marocaines, en se fondant sur ses liens historiques et géographiques avec cette région.

Les manifestations hostiles à l’occupation d’Ifni s’intensifient le 10 avril 1957 (10 ramadan 1376 H). C’est dans ce climat que se produisent des émeutes et une série d’assassinats de collaborateurs espagnols. En réponse à cette aggravation de la situation, le chef d’état espagnol Francisco Franco envoie deux bataillons de la légion espagnole en renfort à Laâyoune en juin 1957 (dhou al-qi’da 1376 H).

 

Forces en présence

En décembre 1957 (joumada al-awwal 1377 H), le rapport de force en présence à Ifni et aux Sahara est composé de 7000 espagnol (8 à 9 bataillons, dont 500 paramilitaires du bataillon Gabardine) acheminés à partir d’Algesiras et des Iles Canaries, contre environs 2500 combattants majoritairement issus de la tribu des Aït Ba’ amranes et du Sahara.

 

Combattants de l’ALM (Armée de Libération Marocaine) en 1957

 

 

Le siège d’Ifni par l’ALM

Le 23 octobre 1957 (23 rabi’ al-awwal 1377 H), deux villages des environs de Sidi Ifni (Goulimine et Bou Izargen) ont été repris par les Aït Ba’ amranes. C’est le début du siège d’Ifni.

Le 21 novembre (27 rabi’ou al-thani), les services de renseignement espagnols d’Ifni rendent compte que l’attaque marocaine sur la région de Goulimine était imminente. Le 23 novembre (29 rabi’ou al-thani), les lignes de communications avec les avant-postes espagnols à la frontière ont été coupées, tandis que 2000 combattants Aït Ba’ amranes prenaient d’assaut les garnisons du territoire d’Ifni, l’aérodrome et l’arsenal de Sidi Ifni.

L’incursion marocaine à Sidi Ifni a été facilement repoussée le 5 décembre 1957 (12 joumada al- awwal 1377 H), mais tous les avant-postes espagnols ont été perdus ou abandonnés aux Aït Ba’ amrane. Les localités de Tiliouine, Tagragra et Tlat Sbouia se sont retrouvées isolées.


Extrait des premières images de la bataille des sables à Ifni, Paris Match, édition du 1° décembre 1957, 09/2014. Source: ifniville.com

 

Le 9 janvier 1958 (17 joumada al-thani 1377 H) les forces Aït Ba’ amranes l’emportent sur les troupes espagnoles qui se replient sur un réduit de 10 à 15 km de rayon autour de Sidi Ifni. De lourdes pertes ont été enregistrées dans les deux camps. Depuis le début des hostilités les espagnols on perdus 62 morts, 125 blessés et 30 prisonniers.

Carte de la bataille d’Ifni en 1957 en Afrique Occidentale Espagnole ; garnisons espagnoles et mouvement des attaques rebelles. 09/2014. Source: elpais.com

 

La bataille de Tiliouine

À Tiliouine, 60 soldats du corps de tirailleurs d’Ifni ont défendu les avant-postes contre plusieurs centaines de Marocains. Le 25 novembre 1957 (2 joumada al-awwal 1377 H), une tentative de sauvetage a été menée par les autorités espagnoles. Les Espagnols ont utilisé durant cette opération des armes allemandes (5 bombardiers Heinkel He 111 ou CASA 2111 et 5 Junkers) pour attaquer les positions marocaines avant le véto des États-Unis (allié du Maroc).

Début décembre, les membres de la Sixième Légion espagnole ont brisé l’étau autour de la ville et repris une fois encore l’aérodrome pour une opération de sauvetage. Tous les civils et militaires ont été évacués par la route vers Sidi Ifni, où ils sont arrivés le 6 décembre 1957 (13 joumada al-awwal 1377 H).Après la destruction complète des fortifications, Tiliouine a été complètement abandonné.

Au final, les premières attaques avait eu un certain succès. En l’espace de deux semaines, elles s’étaient emparée de l’essentiel de la région et avait isolé les unités espagnoles dans la capitale Sidi Ifni. Les assaillants avaient lancé un ensemble attaques simultanées à travers le Sahara occupé (territoire situé à 200 km au sud d’Ifni), pour s’y approvisionner en interceptant des garnisons et en piégeant des convois et des patrouilles ennemis.

Les unités marocaines, ravitaillées et renforcées, assiégèrent Sidi Ifni dans l’espoir d’inciter à un soulèvement populaire. La ville résista à ce siège sans grand incident jusqu’en 1958 (1377H).

Le 12 janvier 1958 (20 joumada al-thani), les résistants attaquèrent sans succès la garnison espagnole de Laâyoune. Vaincus et forcés à la retraite par les Espagnols, les combattants marocains ont concentré leurs efforts dans le sud-est de la colonie. Mais l’occasion de la revanche se présenta dès le lendemain à Edchera, lorsque 350 hommes de deux compagnies espagnoles effectuant une mission de reconnaissance ont été pris sous le feu de 500 combattants marocain dans les dunes.

L’intervention française et les accords d’Angra de Cintra

En février 1958 (rajab 1377 H), les troupes franco-espagnoles ont lancé une offensive de grande envergure qui a permis de démanteler la résistance marocaine au Sahara Occidental.

Pour la première fois, des attaques aériennes ont été lancées, la France et l’Espagne déployant 130 appareils (60 espagnols et 70 français). Sur le sol sont intervenus 9000 soldats espagnols et 5000 français. Le lieutenant-général Lopez Valencia, capitaine général des îles Canaries, commandait les forces espagnoles.

Attaquée par air et au sol, les Marocains déplorent 150 morts. Le 10 février 1958 (20 rajab 1377 H), l’armée espagnole organisée en colonne motorisée a expulsé les Marocains qui occupaient Edchera puis Tafurdat et Smara.

Le 2 avril 1958 (12 ramadan 1377 H), des accords sont signés à Angra de Cintra (golfe de Cintra, région de Dakhla) entre le gouvernement espagnol et le Maroc. Celui-ci obtient la rétrocession de région de Tarfaya (Cap Juby), entre le Drâa et le parallèle 27º 40′, à l’exclusion de Sidi Ifni et du reste du Sahara espagnol.

L’Espagne a abandonné Ifni en 1969 (1389 H), conformément à la résolution 2072 de l’Organisation des Nations Unies (1965/ 1384 H), qui appelle à la décolonisation d’Ifni et du Sahara occidental. Mais elle a conservé le Sahara occidental jusqu’au début de la marche Verte (1975/ 1395).

RÉFÉRENCE.YARA, Ali Omar, 2003, L’Insurrection sahraouie; de la guerre à l’état, 1973-2003, Paris, L’Harmattan

SITOGRAPHIE.Site Wikipédia, « Guerre d’Ifni » 

04/01/2015

Commentaires (1)

  • anon
    Ouadghiri (non vérifié)

    Merci pour ce travail professionnel afin de sauvegarder la mémoire de notre peuple.
    Vive le Maroc

    mai 11, 2015