Guerres et paix au Sahara Par le Pr. Hubert SEILLAN

Les marques qui montrent les traces de la marocanité du Sahara atlantique au cours des siècles sont nombreuses, riches d’origines diverses, juridiques et religieuses bien sûr, mais aussi économiques, financières, archéologiques, culturelles.

Quatre d’entre elles méritent d’être mises en exergue: l’allégeance, l’Empire, le Protectorat français et la scission du pays du fait de la colonisation espagnole.

Le sujet du Sahara marocain se rattache à la tradition de l’allégeance, dont la source contractuelle est l’expression forte du caractère volontaire du lien. Cette tradition qui a une portée géographique bien plus étendue que le territoire du Royaume ne saurait à elle seule être source de souveraineté au sens constitutionnel moderne. Elle en est néanmoins un indice déterminant (que les Marocains connaissent bien, mais qui doivent encore d’être expliqué pour d’autres publics).

 Carte tirée du magazine L’Histoire nov. 2008: «Vie et mort des empires berbères», de Pascal Buresi. Pour ceux qui étaient distraits à l’école, rappelons que les Almoravides ont régné de 1040 à 1240; après avoir conquis l’Espagne, ils ont été battus par les Almohades qui, eux, étaient installés à Tinmel depuis 1120, et qui ont régné  jusqu’à être battus, en 1269, par les Mérinides. Ces derniers sont allés jusqu’à Tunis.  

 

C’est elle qui explique et permet de comprendre que le Maroc ait été vu au cours des siècles comme un Empire et pas seulement comme un Royaume. La notion évoquait un ensemble territorial dont chacune des parties disposait d’une certaine autonomie dans son organisation interne. Ce fut le cas avec l’Empire romain, puis avec l’Empire ottoman. C’était aussi vrai avec l’Empire chérifien, bien que de dimensions plus modestes. Ce que n’ignoraient pas les puissances européennes et en particulier, Louis XIV et Napoléon quand ils s’adressaient au Sultan.

Au XI 

Xe siècle, le Maroc connut comme nombre d’autres empires, sa période de déclin. Des désordres aux sources et aux manifestations multiples ont conduit les Sultans à rechercher l’appui de la France, sa voisine par l’Algérie. Et ce fut la Convention de 1912 qui institua le Protectorat. La chance des deux parties d’avoir un Lyautey pour architecte. On connaît son respect pour les traditions, pour la fonction monarchique et religieuse du Sultan, son souci constant et ferme d’enrichir le pays plutôt que de le piller, d’affermir et de moderniser ses institutions. Cette démarche a permis d’établir un climat de confiance dans la durée. Pays unifié et pacifié, le Maroc a cependant dû affronter les séquelles de la colonisation espagnole.

Il avait été divisé en trois parties distinctes, le Nord et le Sud espagnols et le centre garanti par le Protectorat. Alors que le Nord y revenait sans autres discussions en 1956, le Sud resta sous domination espagnole jusqu’en 1975. Ce partage est la source des discussions juridiques actuelles sur la province. C’est donc un sujet récent.

Quarante ans plus tard…

Un sujet qui doit être apprécié avec méthode, c’est-à-dire par rapport au contexte politique mondial à cette date. La guerre froide opposait alors les pays alignés sous la bannière de l’Union soviétique et ceux qui avaient choisi la voie libérale. Le Sahara marocain a dès lors été utilisé comme une opportunité permettant de mettre du désordre dans le camp occidental. On peut considérer qu’il a été pris en otage par le camp de l’Est, qui cherchait à étendre son influence. Ce dernier a suscité la création d’une organisation ad hoc, le Front Polisario, à fin de dépôt des statuts d’une République arabe sahraouie démocratique.

Cette décision a eu des effets indirects, puisqu’elle impacte toujours le fonctionnement de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et la construction de l’unité maghrébine.

Quarante ans plus tard, l’Union soviétique a disparu, le Sahara marocain a profondément changé. Il est engagé très fermement dans des démarches nationals de développement fondées sur ses potentialités géographiques et humaines. Comme nous l’avons déjà souligné, il bénéficie paradoxalement de la situation qui lui a été imposée par la démarche Polisario. Des séquelles positives en quelque sorte.

Carte de Bernard Lugan; Histoire du Maroc édition 2011 (voir aussi le blog de Bernard Lugan: http://bernardlugan.blogspot.com/). L’historien a été «déprogrammé» à Saint Cyr, célèbre école militaire française, pour avoir pris position contre un rapprochement franco-algérien dans des conditions «humiliantes». L’école a fait savoir que les qualités de l’historien Lugan n’étaient pas contestées»

Les enjeux ne sont donc plus de même nature. Ils sont en outre différents depuis que la guerre s’est installée dans le grand Sahara et dans certains pays limitrophes. Le contraste avec le Sahara marocain est flagrant. Insécurité là, sécurité ici. Misère et souffrance là, développement ici. Le Maroc a valeur de modèle et son Sahara de point de départ de la conquête de la paix. Afin que le grand Sahara redevienne un espace de droit.

On est donc autorisé à attendre de ces changements une évolution des positions. Il est en effet raisonnable de considérer que ces enjeux de la guerre froide n’ont plus de sens aujourd’hui.

En France, sous l’Ancienne Monarchie d’avant la Révolution de 1789 la mort du Roi était saluée par cette formule: «Le roi est mort, vive le Roi». Elle nous inspire: «Le Sahara occidental est mort, vive le Sahara marocain». 

Pr. Hubert SEILLAN

Auteur de quelque 13 livres, Hubert Seillan enseigne à l’Université de Bordeaux où il est spécialisé dans les analyses de risques. Il a ouvert une nouvelle discipline «le droit du danger». Il a fondé les Editions Préventique, une  maison qui s’occupe de publier une revue bimestrielle et plusieurs collections de livres et manuels sur la sécurité  des biens et personnes  (voir aussi son analyse précédente sur une sorte de trompe-l’œil unitaire du Sahara (d’Egypte à l’Atlantique), unité qui sert souvent de fondement pour contester la marocanité de l’ouest saharien; leconomiste.com du 19 juin 2015) .

06/07/2015