La diplomatie algérienne a multiplié les erreurs durant ces dernières années. Elle s’est complètement discréditée lors des révoltes arabes. En Lybie, y compris militairement, ses faveurs allaient au régime de Kaddafi, plus par peur de contagion que par affinité idéologique. On assiste maintenant à une tentative de come-back. Lors de la visite en Algérie du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, les responsables algériens ont mis l’accent sur la lutte anti-terroriste et leur prétendue compétence dans le domaine, sauf que le responsable français a lui même déclaré qu’à ce niveau, la collaboration était limitée. En Lybie, le constat est terrifiant. L’Etat n’existe plus, le gouvernement est déclaré illégal par la cour constitutionnelle, les groupes armés font la loi. Une partie, et non pas l’ensemble, des militaires algériens plaident pour une intervention, sous couvert de l’Union Africaine, en vue de réduire les groupes armés et de réinstaller un Etat. L’Algérie n’a jamais participé à aucune mission de paix, affichant sa volonté de ne jamais faire intervenir son armée en dehors de ses frontières. On peut rappeler que 340 soldats algériens ont été fait prisonniers à Amgala, mais ce n’est pas l’essentiel. Ce qui l’est par contre, c’est qu’Alger change totalement de registre avec, pour seul but, une ambition de leadership régional. C’est l’Algérie qui a dynamité les pourparlers politiques entre les nouvelles autorités maliennes et les touaregs. Mais quelques semaines après, l’Algérie officielle se rend compte que la situation en Lybie et en Afrique Sub-saharienne met en danger sa propre sécurité. Il faut y répondre, dans le cadre d’un antagonisme avec le Maroc que la nomenklatura ne veut pas abandonner. L’Algérie veut avoir un leadership dans la région en s’émancipant de la règle qui voulait que ses armées ne quittent pas le pays. Mais, il n’y a aucune vision derrière. Que va faire une force d’intervention en Libye ? Désarmer, sûrement pas, et même si, et après ? Il y a dix fois plus d’armes que de citoyens en Libye, construire un Etat par une armée occupante, on a vu ce que cela a donné en Afghanistan ou en Irak. L’approche est suicidaire, voire idiote. Il faut resituer les mouvements algériens dans leur contexte. Parce qu’ils ont été prisonniers des dogmes de la guerre froide, les dirigeants de nos voisins de l’Est n’ont pas été présents dans la guerre contre le terrorisme, alors qu’ils ont été les premiers à l’affronter, et n’ont pas compris le sens de l’histoire lors des révoltes appelées le Printemps Arabe. Ils tentent de reprendre la main, mais sans vision. L’aspiration sécuritaire se révèle saine quand elle est partie intégrante d’une vision globale où le développement, la démocratie, la culture, sont fortement présents. Chercher un leadership en s’appuyant sur sa force militaire n’est plus de mise depuis 20 ans. C’est exactement le retard de la diplomatie algérienne par rapport aux réalités de la région .
Ahmed Charai

14/06/2014