Les Européens, qui se croient malins, sont plus certainement doués pour s’empêtrer dans des problèmes dont ils ont de la peine, par la suite, de s’en sortir. Et finissent par ne plus savoir comment s’en tirer, quand ils découvrent que la « communication » (le verbiage en termes simples) n’est pas le remède miracle à tous les maux qu’ils s’infligent eux-mêmes. Ainsi donc, quand la Cour de justice de l’Union Européenne a accepté le recours du Polisario, déposé il y a quatre ans, comme partie plaignante contre 

l’accord agricole et de pêche liant le Maroc à l’Union Européenne, elle a enfoncé cette dernière dans un piège dont elle ne sait plus maintenant comment s’en sortir. Car, quelque devait être le verdict de ce tribunal dans cette affaire, le mal était déjà fait.

Il est quand même étonnant que l’instance judicaire de l’UE ne se soit pas posé la question de savoir comment le Polisario se prétend front de libération alors que la pseudo-RASD se veut, depuis belle lurette, être un Etat. L’UE s’est alors inscrite en porte-à-faux par rapport au processus de règlement du conflit mené par l’ONU, puisqu’elle a considéré que le Polisario était en droit de parler au nom des habitants des régions Sud du Maroc. Il est, toutefois, tout aussi évident que la diplomatie marocaine a également pêché par absence de réaction à ce niveau du déroulement des évènements, n’ayant pris conscience de la gravité de la situation qu’une fois le verdict de la Cour de justice de l’UE prononcé. 

A présent, nos amis européens ne savent plus à quel saint se vouer. Le Maroc est un partenaire de l’UE dans plusieurs domaines, pas seulement en matière de commerce des produits agricoles et de pêche. Il est fort peu probable que les Européens aient vraiment envie de sacrifier ce partenariat sur l’autel d’une cause aussi fausse que celle des mercenaires polisariens au service d’Alger, ne serait-ce que pour continuer à bénéficier de la coopération avec les Marocains en matière de lutte contre le terrorisme et d’immigration clandestine. Ils peuvent déjà s’estimer heureux que le Maroc n’ait pas transformé la Méditerranée occidentale en une Mer Egée-bis, pour faire pression sur l’UE, comme n’a pas manqué de le faire la Turquie tout récemment. 

Après tout, il n’y a pas que Da’ech qui sème mort et désolation au Moyen Orient, AQMI et Boko Haram ne sont pas moins sanguinaires en Afrique de l’Ouest et centrale. Nombre de nos frères africains aimeraient également fuir leurs régions dévastées par les conflits pour se réfugier en Europe, comme ils le font déjà à travers la Libye et la Méditerranée orientale. Il suffit de fermer les yeux, par compassion, et laisser filer des boat people en les accompagnant de reportages de presse qui décrivent en détails leur détresse. Nos voisins espagnols ne vont pas manquer d’apprécier…

 

Et vogue la galère, au sens propre et figuré ! 

Bien sûr, les Marocains ne mangent pas de ce pain là. Ils ne vont pas sacrifier la réputation de partenaire sérieux durement acquise par le Maroc à ce petit jeu, parce qu’ils escomptent un comportement tout aussi responsable de la part des Européens. Le Royaume n’a pas, non plus, à se mêler des affaires intérieures de l’UE, les Européens étant assez adultes pour régler eux-mêmes ce problème d’annulation de l’accord agricole et de pêche prononcé par leur instance judicaire, créé de toutes pièces. La balle est dans leur camp.

Cette affaire devrait cependant encourager le Maroc à diversifier les débouchés pour ses produits agricoles. La Russie, par exemple, revenue en force sur les devants de la scène internationale ces dernières années et qui a décidé de se passer des produits agricoles européens, en réaction aux sanctions qui lui ont été infligées, offre des opportunités sur lesquels lorgnent les professionnels marocains du secteur agricole avec beaucoup d’appétit. 

Il serait, peut-être, également temps de songer à mieux protéger les ressources halieutiques nationales de la surexploitation, les chalutiers européens pouvant toujours aller tendre leurs filets du côté de Lahmada de Tindouf, de manière à s’assurer que la contrepartie financière sera tout autant détournée par la bande à Abdelaziz, comme le sont déjà les aides humanitaires. Ce n’est pas ce qui va empêcher le Maroc à continuer d’investir massivement dans ses régions Sud, dans des proportions sans commune mesure avec les recettes tirées de l’exploitation de leurs richesses.

Bref, le message adressé par le Maroc à son partenaire européen, en espérant qu’il sera bien reçu et compris, est d’une limpide simplicité : « Touche pas à mon Sahara ! ».

 

01/03/2016