Dans cet entretien en épisodes, Yabiladi publie chaque semaine une partie de sa rencontre avec Bachir Dkhil, ancien membre-fondateur du Front Polisario et revenant au Maroc au début des années 1990.

A travers des épisodes hebdomadaires avec Bachir Dkhil, celui-ci revient sur la situation du Sahara occidental avant la création du Front Polisario, les conditions de la création de l’organisation séparatiste, ainsi que l’intervention de l’Algérie. Plus tard, il évoquera son retour au Maroc et sa manière de voir l’évolution d’un conflit qui dure depuis plus de quarante ans. 

 

Dans ce premier épisode, l’ex-membre du Polisario rappelle la situation dans le Sahara des années 1960. Natif de Laâyoune le 8 avril 1954, Bachir Dkhil nous indique que sa ville était très petite, avec peu d’habitants. Cependant, «toutes les conditions de vie étaient favorables pour s’y installer». Concernant la situation politique et économique de la région à l’époque, Bachir Dkhil nous déclare :

 

«Dans les années cinquante, l’Armée de libération et les forces coloniales étaient là. Mais depuis le début des années soixante et jusqu’aux années soixante-dix, la paix régnait à Laâyoune. Ma génération qui est née dans les années 1950 a été élevée dans un système familial nomade, tout en bénéficiant d’une scolarisation conformément à un système occidental.»

 

 

Bachir Dkhil décrit par ailleurs un environnement où le temps et les frontières ne semblent pas être des notions établies, de même que l’appellation «sahraoui». L’ex-membre du Polisario rappelle que surplace, «le monde était perçu comme étant divisé uniquement en deux, entre musulmans et chrétiens».

 

 

Souvenirs d’attaques aériennes...

 

Il explique que la région vivait ainsi de manière «isolée du monde arabe et musulman», dans la mesure où «les premières relations extérieures, ces années-là, remontaient à l’opération militaire espagnole «ligne de sable», contre les protestations des habitants de la ville de Laayoune».

 

C’est là que Bachir Dkhil a un déclic : «J’ai commencé à sentir que cette situation n’était pas normale et qu’il fallait faire quelque chose pour la changer.»

 

Revenant sur son enfance durant la fin des années 1950, Bachir Dkhil dit se souvenir «d’attaques aériennes et de tirs à balles réelles, ainsi que des soldats en tenues militaires». Il se rappelle que ses frères eux étaient membres de l’Armée de libération, «composée alors de sahraouis et de non-sahraouis».

 

«Les membres de l’Armée de libération venus du nord du Maroc vers le Sahara avaient refusé de rendre les armes, après l’accord d’Aix-les-Bains. Ils combattaient l’occupation espagnole. Mais les Français sont intervenus et à la suite de l’opération Ecouvillon, de nouvelles frontières ont été imposées. Des familles entières ont été séparées. Il fallait secouer le cocotier pour changer la situation.»

 

Appartenance

 

Quant au sentiment d’appartenance dans la région, au cour des années 1960, Bachir Dkhil rappelle que «le monde était moins complexe. Il n’existait ni partis politiques, ni associations. Il y avait une population que liaient la religion musulmane et l’appartenance à la terre. Les gens aiment la paix, la justice et les problèmes qui existaient n’étaient pas de grande envergure».

 

Dans le sud, la population se sentait également liée au pouvoir central, comme le rappelle notre interlocuteur :

 

«Notre relation avec les rois ne datait pas de 1975. Nous sommes musulmans achârites et malékites. Nous accomplissions des prières au sultan dans les mosquées et les contenus de l’enseignement originel à Laâyoune ne différaient pas de ceux enseignés à Fès, Rabat, ou dans d’autres villes du Maroc.»

 

25/02/2018