Dans le quatrième épisode de cet entretien hebdomadaire, Mahjoub Salek a évoqué comment la mort de Ouali Sayed, fondateur du Polisario, avait bouleversé l’édification des instances du Front et la continuité de ses projets. Ici, il revient sur les violations des droits humains dans les camps de Tindouf, ainsi que sur «le système stalinien» mis en place par le Front.

Ainsi, il indique qu’en préparation du troisième congrès, il a jugé essentiel que le comité exécutif évoque cette mort imprévue et d’en définir les responsables. En effet, Mahjoub Salek considère qu’une partie des membres du Polisario serait impliquée dans cette disparition. «Celui que j’ai chargé de l’opération à Nouakchott est revenu malade après la mort de Ouali Sayed et nous ne l’avons revu qu’à la fin de l’offensive», confie-t-il à Yabiladi.

Un tribalisme rampant

L’initiateur du mouvement «Khat Achahid» considère que son premier emprisonnement est la conséquence de cette proposition. Il est resté en captivité jusqu’à la fin du troisième congrès et l’élection de Mohamed Abdelaziz à la tête du secrétariat général. «Après quoi, il m’a rendu visite en prison pour présenter ses excuses et me remettre en liberté», ajoute notre interlocuteur. A la fin de cette détention, Mahjoub Salek a intégré l’entrainement militaire.

«Là encore, les différences tribales ont repris le dessus et j’ai été mis à l’écart, avant de me voir confier la gestion de la chaîne ‘Sahara libre’ à Alger pour servir la propagande du Polisario», ajoute encore l’ancien membre du mouvement.

Quant à ses rapports avec Mohamed Abdelaziz, l’ancien numéro 1 du Front, Mahjoub Salek indique qu’elles ressemblaient à toutes les relations de camaraderie entre militants, «sauf que l’ancien secrétaire général du Polisario était trop paranoïaque. Il ne faisait confiance à personne et était trop tribaliste», nuance notre interlocuteur.

Une formation des renseignements à l’algérienne

Concernant la situation des camps de Tindouf à l’époque, Mahjoub Salek nous indique que les décideurs du Front ont donné une importance primordiale au volet sécuritaire. Et d’ajouter :

«L’une des plus grandes erreurs commises par l’Algérie a été de former les services de renseignement du Polisario à l’image des siens. Ce modèle consistait en la mise en place de deux bureaux, l’un pour les PV où le Front faisait dire aux gens ce qu’il voulait, l’autre pour les aveux sous la torture en cas de refus.»

Selon Mahjoub Salek, «la direction des renseignements du Polisario a été confiée à un homme ignorant. Il avait été renvoyé de l’école à sa troisième année collégiale à Tan Tan car il n’avait pas réussi à passer au lycée. Ainsi, l’appareil sécuritaire du Front est devenu un véritable outil de répression, imposant son autorité par la terreur». Autant Ouali Sayed «était respecté pour ses convictions, sa modestie et sa ténacité», autant «ceux lui ayant succédé imposaient le respect par la force», fait remarquer l’ancien membre du mouvement.

Celui-ci se rappelle que «les espions, communément appelés ‘lehnoucha’ (les serpents), étaient omniprésents». D’ailleurs, il tient ces derniers responsables d’avoir fait du Front «un régime stalinien de terreur et de répression, à tel point qu’on pouvait douter des plus proches».

A ce moment-là, Mahjoub Salek vivait à Alger. A son retour aux camps en 1980, il a appris l’arrestation de l’un de ses amis, appelé Abdellah Massoud. Il se rappelle de cette arrestation inexpliquée : «Lorsque j’ai demandé au directeur de la Sûreté, Ahmed El Batal, pourquoi l’homme avait été interpellé, il s’est emporté en me criant que cela ne me regardait pas.»

Face à cette situation, il était cependant impossible de quitter les camps de Tindouf, d’après Mahjoub Salek, qui décrit «une région fermée à l’intérieur comme à l’extérieur». Dans ce sens, il évoque également les autorités du Polisario qui induisaient en erreur la population au sujet des disparus :

«Les gens pensaient réellement que les disparus avaient commis des erreurs impardonnables. Mais la vérité ne s’était révélée qu’au lendemain du cessez-le-feu, après que l’ONU a imposé au Front de remettre en liberté les prisonniers. A ce moment-là, tout le monde était choqué de voir les traces de torture sur les détenus. Comment une révolution qui défend les principes d’auto-détermination, de dignité et de liberté, peut tolérer des pratiques de torture barbare ?»

Depuis, les populations ont commencé à perdre confiance en leurs dirigeants et pour l’ancien membre du Front, ce dernier «en paie les frais encore aujourd’hui».

Les affres de la détention

Emprisonné une seconde fois par le Polisario, au début des années 1980, Mahjoub Salek évoque «des terreurs» jamais vues ailleurs.

«J’ai beaucoup lu sur les prisons dans les systèmes d’Apartheid, en Israël et même au Maroc, mais je n’ai jamais vu pareil que lors de cette deuxième détention. Nous vivions dans un cercueil, d’où on nous faisait sortir pour nous torturer avant de nous y ramener. On faisait attention à nous torturer jusqu’à approcher de la mort, mais en nous maintenant en vie. Nous étions soignés, pour ensuite être torturés de plus belle. Des gens y avaient perdu la vie, d’autres la raison. Le destin a voulu que j’en ressorte vivant pour témoigner de ces horreurs dans mon ouvrage ‘Les années de prison de la terreur’.»

Mahjoub Salek ajoute que lors d’une rencontre avec les instances du Polisario autour de la situation des droits humains, il a affirmé que «l’Algérie était généreuse dans tout, même dans les outils de torture hérités du Protectorat français». A la prison d’Errechid, il aura passé neuf ans et demi, loin de ses enfants qui n’ont eu aucun signe de vie de lui pendant toutes ces années.

«Au même moment où j’était emprisonné et torturé par le Polisario, mon père et mes trois frères subissaient le même sort à Kelaat M’Gouna à cause de moi, car j’étais chargé des médias du Polisario. Lorsque nous nous étions retrouvés et qu’ils me racontèrent leur détention, il m’avait clairement apparu qu’Errechid était un véritable enfer, même en comparaison avec Tazmamart et Kelaat M’Gouna.»



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15/05/2018