Le Forum de la MAP a invité le Professeur universitaire, Abdelhamid El Ouali, auteur de plusieurs publications, dont dernièrement «Le visage caché du conflit du Sahara». Devant un parterre de représentants de médias, de politiciens, d'intellectuels et de la société civile, l'invité a développé le thème «Les droits de l'homme et la question du Sahara».

Dévier la question du Sahara

Abdelhamid El Ouali a rappelé d'emblée la décision du gouvernement marocain de répondre favorablement au rapport du CNDH et de considérer la proposition de créer un système de surveillance des droits de l'homme au Sahara comme une opération qui vise à dévier la question du Sahara de son contexte normal. Car on ne s'explique pas pourquoi la situation au Sahara devrait requérir un tel système et pourquoi confier cette question à la Minurso. Que cherchent les adversaires du Maroc par cette acrobatie? Le plus important, précise M. El Ouali, est de remettre le règlement de l'affaire du Sahara sur les rails.

Le Sahara est stable

L'Universitaire El Ouali répond à ces adversaires du Maroc, qui ne cessent de clamer que la Minurso est habilitée à superviser des opérations de maintien de la paix et à surveiller la situation des droits de l'homme. Il souligne sans détour: «Le Maroc n'est pas dans la situation chaotique comme dans nombre de pays Africains et de désordre total comme c'est le cas en Centrafrique». Et de conclure qu'au Sahara, il y a un Etat respecté et responsable, doublé d'une stabilité. A la fin des années 90 et à la veille du décès de feu Hassan II et de l'avènement du règne de SM le Roi Mohammed VI, la situation allait changer pour le Sahara. «Il y a eu des acquis fondamentaux importants, notamment la création du CNDH et des réformes qui font du Maroc un pays leader en matière des droits de l'homme». Dans les grandes démocraties, la Grande-Bretagne par exemple, souligne M. El Ouali, les droits de l'homme n'ont vu le jour qu'au 13ème siècle. Il a fallu un siècle pour asseoir ces mêmes droits en France (1789).

L'Algérie prise de court

Donc, au Sahara marocain, nous ne sommes pas dans une situation nécessitant que la Minurso surveille la situation des droits de l'homme. «Au Sahara, rien ne justifie cette initiative (de surveillance par la Minurso)», assure le Professeur.

Il faut donc en déduire que les adversaires du Maroc aspirent à atteindre trois objectifs, selon l'orateur. Le premier, c'est torpiller la proposition marocaine d'autonomie au Sahara, celle-ci ayant causé des problèmes à l'Algérie du fait qu'elle a créé un réel élan d'enthousiasme dans le monde et pris de court le voisin algérien qui a choisi d'agir dans les coulisses et d'opérer par ONG interposées. Deuxième objectif: dire au Maroc et surtout à la communauté internationale que le Royaume n'est pas à sa place au Sahara et qu'il est une puissance coloniale. Ce qui revient à jeter à la poubelle l'accord de Madrid (1975), les résolutions du Conseil de sécurité et les résolutions de l'Assemblée générale cautionnant l'accord de Madrid... Mais, relève M. Abdelhamid El Ouali: «On ne peut fermer les yeux sur tout cela».

Le troisième objectif et le plus important consiste à recourir à la «timorisation» du Sahara. «Non à la ''timorisation'' du Sahara», s'exclame le Professeur en affirmant: «La tentative de timorisation du Sahara, ça nous renvoie à l'affaire de Timor en Indonésie aiguillonnée par des ONG internationales». Il faut donc veiller, du côté marocain et des puissances internationales éprises de paix, à assurer le règlement de l'affaire du Sahara tel qu'il a été conçu dans le cadre de la proposition du projet d'autonomie au Sahara, recommande l'universitaire.

Politique incendiaire

Pointant du doigt les Nations Unies, le Professeur El Ouali souligne qu'elles doivent arrêter leur politique actuelle qui est incendiaire, parce qu'elle risque de poser des problèmes, vu que le Sahara n'est pas le Timor oriental. De ce fait, assure l'invité du forum de la MAP, «on ne peut détacher le Sahara du Maroc. Aucun marocain ne l'accepterait, sinon nous nous acheminerons vers un état de guerre avec l'Algérie qui s'étendrait à l'Europe».

Une politique plus active

Quant au Maroc, El Ouali explique: «Ce qui lui manque, c'est une politique plus active dans l'affaire du Sahara. Nous avons fait la proposition d'autonomie, donc une autre façon d'être et de vivre au Maroc. Le sacrifice et le consensus sont énormes de la part du Maroc». Pour les juristes, l'autonomie est une belle idée, mais elle ne pourra être crédible si nous ne l'adaptons pas par le biais d'une dynamique de réformes.

Le Maroc, précise Abdelhamid El Ouali, a adopté une Constitution à la pointe des droits de l'homme. «Mais nous n'avons pas mis en pratique tout cela», déplore-t-il. Il fallait aller courageusement vers l'autonomie, construire quelque chose qui permette d'aller de l'avant. Il faut redonner vie à l'idée de régionalisation qui s'est perdue; une régionalisation bien mûrie et adaptée au contexte actuel.

La partie est très serrée

Le Professeur El Ouali conclut que la partie est très serrée, la marge de manœuvre du Maroc s'étant beaucoup réduite ces derniers temps. Il explique pourquoi: «Nous n'avons pas pris la mesure de ce que fait l'Algérie. Celle-ci a engagé une guerre qui n'utilise pas les armes traditionnelles. Nous sommes restés spectateurs, alors qu'elle a mobilisé moult experts étrangers en matière des droits de l'homme et des ressources naturelles, au moment où, au Maroc, l'Etat n'a ni initié, ni encouragé les Marocains à ce travail et surtout à contrecarrer les études d'Alger et à porter le coup adéquat à l'adversaire. «La diplomatie marocaine est, à mon sens, bien timide», a été le mot de la fin de M. El Ouali.

 

Mohammed Nafaa

21/04/2014