La crise diplomatique entre le Maroc et l'Algérie est à son paroxysme, suite aux déclarations du ministère algérien des Affaires étrangères, posant des conditions à la réouverture des frontières. Le Maroc a réagi.

Cela fait 19 ans que les frontières terrestres sont fermées, suite à l'attentat contre l'hôtel Asni de Marrakech. Malgré cela, le Maroc n'a jamais cessé d'appeler à la construction de relations forte avec l'Algérie. Il a toujours cru à l'union du Grand Maghreb et a appelé à plusieurs occasions à l'ouverture des frontières. Par contre, l'Algérie, n'a jamais hésité à multiplier ses attaques aveugles et injustifiées contre son voisin marocain. Elle n'a pas non plus lésiné sur les moyens pour soutenir le Polisario contre le Maroc dans l'affaire du Sahara.

Alger aurait dépensé 200 milliards de dollars dans sa guerre secrète contre le Maroc, affirme le site d'informations algérien «Algeria Times». Pour la seule visite d'information de la Fondation Robert Fitzgerald Kennedy, au Sahara marocain et dans camps de Tindouf, fin août, l'Algérie aurait dépensé 140 millions de dollars. Ces dépenses visaient principalement à obtenir de cette Fondation, présidée par Kerry Kennedy, un rapport anti-marocain.

 

 

C'est ainsi que, dans son rapport, la Fondation Robert-Kennedy fait état d'un «climat de peur» à Laâyoune, Dahkla et Smara et accuse le Maroc de ne pas respecter les droits humains. Ledit rapport est depuis très contesté au Maroc et la Fondation RFK accusée de partialité. L'Algérie ne s'est pas arrêtée là, puisqu'elle a aussi accusé dernièrement le Maroc de cibler son territoire au moyen de drogue. Pourtant, le Royaume, qui croit avec force à l'émergence des pays du Maghreb, renouvelle à chaque fois son appel à l'ouverture des frontières. Et il faut relever que les rapports commerciaux entre le Maroc et l'Algérie continuent de se développer malgré les relations tendues entre les deux pays.

 

Relations très tendues

 

Actuellement, la crise diplomatique entre le Maroc et l'Algérie est à son plus haut niveau, suite aux déclarations du ministère algérien des Affaires étrangères. Selon ce dernier, l'Algérie a posé trois conditions pour rouvrir les frontières. Ces trois conditions, telles qu'énumérées par le porte-parole de ce ministère, ont trait à «l'arrêt immédiat de la campagne de dénigrement médiatique et la position hostile grandissante envers l'Algérie; la coopération complète, pragmatique et efficiente en vue d'arrêter les attaques contre l'Algérie au sujet du trafic de drogue; et l'obligation pour le Maroc de reconnaître définitivement que l'Algérie a une position constante et irréversible envers l'affaire du Sahara occidental». Le Maroc a de son côté réagi à ces accusations, notamment à la deuxième condition (les allégations liées au trafic de drogue et de contrebande). Ainsi, Youssef Amrani, ministre délégué aux Affaires étrangères, a rappelé qu'aujourd'hui, c'est le Maroc et sa jeunesse qui sont victimes de la profusion des psychotropes et des drogues dures introduites frauduleusement à partir du territoire algérien. Et de s'interroger: «Pourquoi l'Algérie n'évoque-t-elle pas ces questions lors des contacts entre les responsables des deux pays? Pourquoi l'Algérie n'a-t-elle toujours pas répondu à la proposition officielle marocaine de mettre en place un comité conjoint MAE/MI pour traiter de l'ensemble de ces questions? Et depuis quand la lutte contre les trafics se fait à travers la fermeture des frontières et l'arrêt de la coopération douanière et policière?». Le Maroc n'a à recevoir de leçon de quiconque, a lancé le ministre, soulignant qu'aujourd'hui, l'action du Royaume contre le trafic de drogue est reconnue tant sur le plan bilatéral qu'au niveau de la communauté internationale. «Je renvoie tous ceux qui dénigrent les efforts du Maroc à consulter les rapports du Département d'État américain et des institutions onusiennes compétentes (ONUDC et l'OICS) qui ont tous loué l'action du Maroc dans ce domaine», a insisté Amrani, précisant que lorsque la confiance et la volonté politique existent, la coopération bilatérale ne peut être que concluante et fructueuse dans ce domaine. «C'est le cas de notre coopération avec l'Espagne et avec nos pays frères africains», a rappelé le ministre. La lutte contre les trafics de tout genre est une responsabilité partagée, a affirmé le ministre, ajoutant qu'il appartient à l'Algérie de s'investir pleinement dans le cadre d'une approche concertée pour faire face à ces fléaux.

Quant à la troisième condition, à savoir la conditionnalité entre la question du Sahara marocain et le processus de normalisation entre les deux pays, le ministre a constaté que «l'Algérie place son soutien aux ennemis de notre intégrité territoriale au-dessus de toute considération, que cela soit la relation bilatérale et la construction maghrébine ou encore la construction d'un espace de paix et de prospérité partagée en Méditerranée». «Aujourd'hui nous constatons que l'Algérie rompt, de manière unilatérale, un engagement, convenu au plus haut niveau et réitéré à maintes reprises, de découpler la gestion du dossier du Sahara marocain de l'évolution des relations bilatérales», a fait remarquer le ministre. «Je considère que l'Algérie se contredit. Il s'agit là d'un nouveau discours. Plus encore, d'une position nouvelle», a-t-il dit, ajoutant que l'Algérie est appelée à clarifier sa position. Si elle se considère partie à ce différend régional, elle doit s'impliquer, de bonne foi et dans un esprit de compromis, dans la recherche d'une solution politique négociée, selon les paramètres définis par le Conseil de sécurité, a estimé Amrani, rappelant que la dernière résolution du Conseil de sécurité a appelé l'Algérie à remplir ses obligations internationales à l'égard des populations des camps de Tindouf en permettant leur recensement, la protection et la liberté de circulation.

 

Les rapports commerciaux ont toujours existé

 

Avec 936 millions de dollars de produits importés d'Algérie en 2011, le Maroc était, il y a deux ans, le deuxième client arabe de l'Algérie après la Tunisie. En 2010, ces importations totalisaient 713 millions de dollars. Les importations algériennes en provenance du Maroc sont plus faibles avec 281 millions de dollars. Les premiers fournisseurs de l'Algérie sont l'Arabie Saoudite (467,2 millions), la Tunisie (407,75 millions) et l'Egypte (380,56 millions). A l'occasion du 24ème anniversaire de l'Union du Maghreb Arabe, le 17 février dernier, le Roi Mohammed VI avait réaffirmé l'attachement du Maroc à «l'option maghrébine comme enjeu stratégique incontournable» et plaidé pour «l'instauration d'un nouvel ordre maghrébin, fort et agissant».

En 2011, Lakhdar Brahimi, ancien ministre algérien des Affaires étrangères, avait estimé qu'il était impossible de parler d'un Maghreb arabe uni sans une ouverture des frontières entre l'Algérie et le Maroc. Les frontières coûteraient chaque année 2 points de croissance au Maghreb. Ces frontières fermées ont contribué à l'apparition de la contrebande dans la région est du Maroc, surtout celle des carburants. Rien qu'à Oujda, il n'y a plus que 6 stations-service qui fonctionnent encore alors qu'elles étaient 36 stations-service. Les gens achètent moins cher le carburant algérien. En effet, 30 litres de carburant se vendent à 100-120 DH. Et la contrebande des carburants ne s'est pas arrêtée à la région orientale du Maroc. Elle s'est également étendue à quelques régions et même à Fès. Le Maroc perd annuellement 6 milliards de DH suite à cela. Les sociétés de distribution des carburants installées au Maroc regrettent cette situation, surtout que les contrebandiers n'écopent d'aucune peine d'emprisonnement, mais paient uniquement des amendes, chose qui ne freine pas ce fléau. Malgré l'appel à l'ouverture des frontières auquel l'Algérie s'oppose vivement en avançant que le Maroc est le seul bénéficiaire, le Royaume compte, comme il l'a toujours fait, sur ses propres moyens pour se développer et assurer l'essor de ces provinces orientales. Il en a et les moyens et les compétences...

Badia Dref

06/07/2013