Après 37 ans de rupture, le Maroc normalise ses relations avec Cuba. Un rétablissement à petit feu initié voilà plus d’une décennie. Retour sur les principales réunions entre les responsables des deux pays en pleine rupture.

 

Sur les traces de ses principaux alliés arabes du Conseil de coopération du Golfe, le Maroc rétablit ses relations diplomatiques avec Cuba après une rupture de 37 ans. De toute évidence, le séjour touristique de la famille royale sur l'île caribéenne a contribué à couronner un processus de rapprochement initié pas à pas dès le début du troisième millénaire.

C’est en avril 2000 en effet que «l’ancien vice-ministre cubain des Relations extérieures, M. Armando Guerra Menchor, avait fait part à l’ancien ministre de la Justice, M. Omar Azziman, de la volonté de Cuba de normaliser ses relations avec le Maroc, sans qu’aucun geste concret de la part de Cuba n’ait toutefois été livré», indique un document des Affaires étrangères datant de septembre 2014, divulgué plus tard par «Chris Coleman».

Il a fallu attendre six ans pour que le royaume accepte de voter en faveur de la résolution présentée annuellement, depuis 1992, par La Havane à l’Assemblée générale de l’ONU demandant la levée de l’embargo économique et financier qui lui est imposé par les Etats-Unis.

Fassi-Fihri avait discuté avec son homologue cubain en 2009 à New York

Le régime de Fidel Castro a rapidement saisi cette occasion pour afficher en 2007 «une position moins hostile» à l’égard du Maroc, notamment au sein du Mouvement des non-alignés, en assurant, parallèlement, qu’il procèderait dès lors à des «déclarations plus neutres» que celles réalisées dans le passé, lors du débat annuel sur la question du Sahara à la quatrième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU, lit-on dans le document.

En 2009, le premier contact de haut niveau a eu lieu à New York en marge des travaux de la 64e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Le ministre des Relations extérieures, Bruno Eduardo Rodríguez Parilla, s'était entretenu avec son homologue marocain Taïeb Fassi-Fihri. Le Cubain avait fait part de son «entière disposition en vue de fluidifier les relations entre La Havane et Rabat» et invité le Maroc à «dépasser» ce qu’il avait appelé «les incidents du passé». Il avait précisé que «Cuba a cherché à minimiser les relations de son pays avec la pseudo 'RASD' en inscrivant cette relation sous le chapitre de la coopération technique et humanitaire».

En dépit de ses déclarations de bonne volonté, La Havane n’a pas fléchi dans son appui au Polisario. Mais après le retrait de Fidel Castro de la tête de l’Etat, annoncé en février 2008, son frère Raúl est resté sur la même ligne. Il a néanmoins un peu freiné l’engagement de son pays en faveur du mouvement séparatiste, ce qui explique que durant les neuf dernières années, le Maroc était davantage en confrontation directe à l’ONU sur la question du Sahara occidental avec le Venezuela, l’Uruguay et dans une moindre mesure la Bolivie, qu'avec Cuba.

En 2018, Raúl Castro cèdera le pouvoir

Ce léger changement de cap en faveur de Rabat, le Maroc le doit en partie à ses alliés arabes du Conseil de coopération du Golfe. Ainsi, deux ans après la retraite de Fidel Castro, l’Arabie saoudite a enfin ouvert une ambassade à La Havane, alors que l’établissement des relations entre les deux pays remonte à 1965. En octobre 2015, le chef de la diplomatie des Emirats arabes unis avait effectué un voyage officiel à Cuba, couronné par la signature d’un accord sur le transport aérien.

Le timing de l’annonce de la normalisation des relations maroco-cubaines tombe à point nommé. En 2018, Raúl Castro devrait céder les commandes à son vice-président Miguel Díaz-Canel, un homme plus modéré que son mentor. Et même si la famille Castro s’accroche au pouvoir, le mieux placé pour diriger le pays est Alejandro Castro Espín, 52 ans, qui n'est autre que le fils de Raúl Castro. C’est lui en effet l’artisan des retrouvailles entre La Havane et Washington. 

 

23/04/2017