Le mur construit par les Forces Armées Royales (FAR) pour sécuriser les zones habitées par les civils au Sahara Marocain a laissé une partie de nos provinces du Sud non habitée entre la frontière algérienne pour une partie assez large et pour une partie exiguë au long de la frontière mauritanienne. C’est une partie de notre territoire national qui a été communément citée sous le nom de « no man’s land ».

La raison d’être de ce mur était bien pensée et mesurée par SM le Roi Feu Hassan II : Les incursions de la guérilla menées à partir de l’Algérie par les milices du « polisario » aidées par l’Armée Nationale Algérienne (Amgala) et organisées pour s’attaquer à tout ce qui est marocain, civil et militaire, ne devaient plus atteindre les paisibles citoyens civils à Smara, Laayoune, Dakhla et autres, car cela gênait leur sécurité et leur développement. Seul donc ce mur efficace, savamment pensé par Feu SM Hassan II devait être installé à une distance raisonnable de ces agglomérations civiles pour les sécuriser et les protéger.

Ce choix savant, laissait à bon escient une partie du territoire national en deçà de la limite frontalière de nos provinces sahariennes, afin de garder un no man’s land que les FAR dominaient par air et par terre et où aucune présence des forces ennemies ne pouvait plus survivre à la vigilance des FAR. L’idée était également de fournir aux FAR un terrain de poursuite des agresseurs sans avoir à réaliser les frappes dans les territoires de Etats voisins.

Cet état de fait a brisé la force de l’ennemi et a consacré l’échec de leur option militaire. Il a amené ipso facto les séparatistes et leur mentor l’Algérie à signer l’accord de cessez-le-feu et les a obligés à accepter la conduite par l’ONU du processus de recherche d’une solution politique négociée du conflit.

Ce no man’s land ainsi crée, situé au-delà du mur, est donc d’une extrême importance car il ne peut d’aucune manière être considéré comme un territoire libéré par les séparatistes. A cet effet, il nécessaire de bien définir ce terme :

Un no man’s land, expression anglaise signifiant « terre sans homme » est une zone non habitée située entre deux frontières ou deux lignes de front, la ligne de front dans notre cas est le mur construit par les FAR, alors qu’à la signature du cessez-le-feu les séparatistes n’avaient aucune présence fixe au-delà du mur à l’intérieur du territoire du Sahara marocain. La position figée et fixe des séparatistes était soit la frontière algérienne soit les camps de Tindouf.

Il est à rappeler que pendant la Première Guerre mondiale, le no man’s land connu, était la zone située après les barbelés entre les deux tranchées opposées. Un no man’s land a ainsi été établi sur le front de l’Ouest pendant les guerres de tranchées.

Un autre no man’s land a été établi et constituait une partie des mesures de sécurité du rideau de fer entre l’Occident et le bloc de l’Est : une zone interdite de 5 km à l’arrière de celui-ci, lors de la Guerre froide, avant la chute du mur de Berlin.

Les infrastructures formant le mur de Berlin comportaient un no man’s land s’étendant sur le territoire de la RDA, le long du premier mur construit en 1961 sur les limites avec Berlin-Ouest. L’accès à cette zone côté est-allemand était bloqué grâce à la construction d’un deuxième mur. Le no man’s land était surveillé par des gardes-frontière du régime communiste qui avaient pour ordre d’abattre toute personne se trouvant dans la zone entre ces deux murs.

Un autre no man’s land est la Zone coréenne démilitarisée de 4 km de large qui sépare les deux Corées.

A préciser que le no man’s land indique que toute présence humaine dans cet espace est considérée comme une agression. Tout intrus sera abattu par l’une ou l’autre des factions qui le considère venant de l’autre. Par extension, l’expression désigne toute zone de conflit armé où les factions occupent des positions opposées et figées.

A la signature du cessez-le-feu un protocole a été établi par la MINURSO qui stipule qu’aucun mouvement armé ne devait être effectué par l’une et l’autre des parties dans la zone du no man’s land. Et une série de rapports sur les mouvements armées dans les différentes zones est devenue chose régulière dans tous les rapports de la MINURSO.

Ledit protocole ne précise aucunement la présence d’un quelconque contrôle du «polisario» sur le no man’s land. Le Maroc s’est abstenu d’attaquer les incursions civiles sporadiques des éléments qui se faufilaient dans le territoire à partir de l’Algérie, car elles paraissaient n’avoir aucune intention de sédentarité. Cela ressemblait plutôt à un mouvement de pasteurs poursuivant leurs camelins ou leurs caprins. Mais sous les yeux de la MINURSO, ceux-ci ont commencé à s’installer petit à petit durant les presque vingt-cinq dernières années comme nomades poursuivant le pâturage.

Face à la complaisance de la MINURSO, des campements de nomades ont vu grossir leurs rangs là où il n’y en avait pas. Les responsables du « polisario » ont commencé à les visiter en catimini d’abord, pour ensuite les faire visiter à des délégations étrangères les présentant sous la dénomination « les territoires libérés ».

Aujourd’hui, cette couverture onusienne doit cesser.

La MINURSO doit reconnaître son tort et reconnaître sa responsabilité. Elle doit présenter à l’Envoyé Personnel du Secrétaire Général le tréfonds du dossier car le no man’s land a toujours été partie inséparable et inaliénable du territoire marocain.

Le Maroc ne peut et ne doit être puni pour sa bonne conduite et sa bonne coopération avec la MINURSO et avec les différents Envoyés du Secrétaire Général de l’ONU.

Mohamed Maelainin, ancien ambassadeur

03/04/2018