Le pouvoir militaire algérien s’échine insidieusement à créer des liens de parenté entre la situation du Sahara occidental marocain et la question palestinienne. Qu’en est-il dans les faits ? Avant de quitter la Palestine, les Britanniques avait tenu à dessein à la mettre en 1947 sous tutelle des Nations Unies. Manœuvre qui livra ses objectifs en 1948 par l’adoption de la résolution 181 décidant la création d’un Etat juif aux cotés d’un Etat arabe. Le rejet d’Israël par ses voisins lui permit au fil des défaites militaires arabes de grignoter de nouveaux espaces jusqu’à la mère de toutes les défaites, celle de juin 1967, annexant Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem est, le Sinaï égyptien et le Golan syrien. Les résolutions onusiennes qui s’ensuivirent, notamment la résolution 242 de novembre 1967, appellent sans ambiguïté au « retrait de l’armée israélienne des territoires occupés ». Depuis, en dehors du Sinaï, rien n’a changé. Bien au contraire, la situation a empiré : mépris total de toutes les décisions de l’ONU, massacre à l’arme lourde des Palestiniens, déclaration de toute Jérusalem capitale éternelle d’Israël, construction des colonies juives dans les territoires occupés, destruction systématique des maisons palestiniennes, persécution des habitants pour les pousser à l’exode, refus du retour des refugiés…

Pour le Sahara, commençons par la fin. Le Maroc n’a jamais cessé de réclamer pour les « réfugiés » de Tindouf l’ouverture des camps et leur retour au pays. En face, Alger s’y refuse obstinément et décline jusqu’à leur recensement ce qui a provoqué récemment la colère de l’ONU exaspérée par les atermoiements des généraux algériens. Au plan développement économique et pour mettre fin aux mensonges algériens, le roi Mohammed VI a rappelé en novembre 2014 que « depuis la récupération du Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la patrie unie.» Se faisant l’écho de ce discours en juin 2015, Mohamed Hassad, ministre marocain de l’intérieur, goguenard, s’est permis d’inviter « le premier ministre [algérien] Sellal à visiter [les] Provinces du Sud. Ce sera pour lui, avait-il ajouté, l’occasion d’effectuer d’intéressantes comparaisons avec certaines régions de son propre pays».

La décolonisation du Sahara est un acte purement marocain. C’est Rabat qui s’empressa dès le début des années soixante de l’inscrire à l’ordre du jour des Nations Unis. Et il n’est pas nécessaire de revenir à toutes les opérations de résistance pour le démontrer, on se limitera à un article d’Elsa Assidon paru dans Le Monde Diplomatique de février 1978. « Le 10 février 1958, écrit-elle, des troupes françaises pénétraient dans le Sahara espagnol pour y rétablir l’ordre en coordination avec l’armée franquiste. Du côté français, cette intervention était baptisés « Ecouvillon » ; elle mettait en ligne 5 000 hommes, 600 véhicules et 70 avions et apportait un soutien logistique aux 9 000 soldats espagnols. Objectif de l’opération : refouler vers le Nord les « irréguliers » marocains de l’Armée de libération nationale (A.L.N.) qui, grâce au soutien de plusieurs tribus locales, harcelaient la garnison espagnole et l’obligeaient à rester cantonnée dans trois villes côtières, Villa-Cisneros [Dakhla], El-Aïoun et Cap-Juby [Tarfaya]».

« L’idée d’un Etat au Sahara est née dans l’esprit d’une des pires dictatures fascistes du 20ème siècle, celle du général Franco. Ne voulant pas rétrocéder le Sahara occidental au Maroc à l’inverse de ce qu’elle fit pour Tarfaya, rappelons-le Cap Juby, et Ifni, l’Espagne trouva dans l’Algérie un allié inespéré. Pour contrecarrer les desseins coloniaux de Madrid, Hassan II réussit à faire porter l’affaire devant la Cour internationale de justice par l’ONU. Madrid et Alger constitueront une belle paire pour faire rejeter par la Cour la prise en compte du droit ante-colonial qui régissait dar al islam au profit du droit d’inspiration européenne et coloniale. Toutefois le tribunal de La Haye réussit tant bien que mal à combiner les deux. Ce dont se saisit Hassan II avec beaucoup d’habilité pour organiser la marche verte contraignant l’Espagne à la signature des accords de Madrid du 14 novembre 1975. Et si l’ONU continue à s’appuyer dans sa démarche sur la résolution 1514 relative à l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, elle a aussi tenu compte de la réalité historique de la région. Elle n’a jamais qualifié le Maroc d’occupant, ni le Sahara de territoire occupé. Se fondant toujours sur une « solution mutuellement acceptable », c’est encore l’ONU, qui créa la brèche dans cette résolution en invitant à la fin des années quatre-vingt-dix à la recherche d’une troisième voie dans laquelle s’engagea le Maroc mais pas l’Algérie.

Par Naïm Kamal

17/10/2015