En remontant dans le temps, il ressort que le Maroc n’a pas conduit au mieux, avant même d’entamer son processus de décolonisation, l’affaire du Sahara. Des erreurs, il y en a eu, beaucoup même, d’où cette situation de pourrissement qui a conduit, le 8 novembre dernier, à Laâyoune, à une confrontation musclée entre les indépendantistes et les forces de l’ordre.
Pour bien comprendre pourquoi on en est arrivé là, un rappel s’impose : il faut ici revenir à la longue histoire du tracé des frontières maroco-algériennes. Au commencement, le traité de Lalla Maghnia. Nous sommes en 1844. Le Maroc, accouru au secours de l’Emir algérien Abdelkader, vient de perdre la bataille d’Isly contre les troupes coloniales installées en Algérie. Devant l’incroyable machine de guerre française, le Maroc se trouve amputé par la force d’une bonne partie de ses territoires sur son flan est, comme Tindouf, Hassi Messoud et autres localités marocaines… Un véritable trésor de guerre que les cartographes français entretiennent soigneusement jusqu’à leur départ d’Algérie en 1962. Avant son indépendance, bien évidemment, l’Algérie était considéré définitivement comme un territoire français aux yeux de l’occupant.
Un an après, soit en 1963, le Maroc revient à la charge pour revendiquer ses droits territoriaux. Mais, forcément, nos voisins orientaux ne l’entendent pas de cette oreille : la Guerre des sables éclate entre les deux « pays frères », et le Maroc prend sur lui l’issue d’une paix des braves sans vainqueur, ni vaincu. Les territoires revendiqués par Hassan II resteront ainsi la propriété d’une Algérie appuyée militairement par le bloc soviétique.
Quelques années plus tard, Houari Boumediene, qui succède par un coup d’Etat militaire à Ahmed Benbella, fait le déplacement à Ifrane en 1972 pour rencontrer Hassan II. Les deux chefs d’Etats décident de conclure un accord de principe pour maintenir les frontières telles qu’elles ont été laissées par le colonisateur français ! En échange, aucune ingérence de l’Algérie dans le Sahara et un soutien total du Maroc pour parachever son intégrité territoriale. «  Le Sahara est à vous, nous n’avons jamais eu de prétentions sur ces territoires », confie Boumediene à Hassan II. Du donnant, donnant en somme. Sauf que le défunt roi a mal évalué son interlocuteur. Boumediene, en effet, ne tarde pas à récupérer à son avantage, avec un appui libyen conséquent, la cause des séparatistes du Polisario (voir Affaire d’Etat) en leur offrant le gite et le couvert. Au même moment, Hassan II a surpris ses ennemis (l’Espagne de Franco et l’Algérie de Boumediene) en lançant la Marche verte en novembre 1975. De l’autre côté de la frontière algérienne, à Tindouf, la proclamation d’un Etat sahraoui provoque une confrontation militaire qui ne prendra fin qu’en 1991 par une décision de cessez le feu de l’ONU.
Entre temps au Maroc, des voix proches des thèses indépendantistes se sont manifestées, avant même que Hassan II ne se rallie à la position de l’ONU sur la nécessité d’un référendum au Sahara. Parmi les tenants de cette thèse, figure bien sûr Abraham Serfaty, chef de file du groupuscule marxiste léniniste «Ilal Amam» devenu aujourd’hui «Annahj Addimocrati». Serfaty, paiera de sa liberté sa prise de position. Arrêté et emprisonné pour avoir comploté contre la Sureté de l’Etat, il est condamné à la perpétuité en 1977, avant d’être gracié par Hassan II en 1991. Le choix, par la suite, d’une consultation populaire par Hassan II se heurte également à l’opposition de l’USFP qui proteste et le fait savoir par un communiqué virulent. A leur tour, Abderrahim Bouabid et plusieurs autres membres de l’opposition, sont arrêtés et emprisonnés pour avoir contrarié le roi.
Partisans et pourfendeurs du même référendum se retrouvent alors en prison : une situation politiquement cocasse et saugrenue. D’autant qu’il s’avère rapidement que le référendum est irréalisable faute d’accord sur le corps électoral sahraoui. Depuis, les représentants du Polisario jouent l’obstruction, ouvertement appuyés par Alger. En fait, depuis cette période et jusqu’aux derniers évènements de Laâyoune, c’est le même commanditaire algérien qui, subrepticement, est passé d’une guerre larvée à la menace de guerre ouverte. Toute la région en paie aujourd’hui le prix.
Youssef Chmirou, directeur de la publication

05/03/2014