C’est depuis 1991, date de l’instauration du cessez-le-feu au Sahara Occidental, que les négociations entre le Maroc et le F. Polisario se suivent et se ressemblent sans la moindre lueur d’espoir pour une solution consensuelle définitive.

Les parties sont taries d’idées et souffrent de cette tare originelle, à savoir que ni l’une ni l’autre n’a été, à ce jour, capable d’imposer une solution, encore moins se distinguer par une proposition originale résolutoire du conflit.
En un mot, chacune d’elles est figée dans sa position, incapable d’avancer une piste susceptible de permettre à l’autre de passer le paillasson de la porte du blocage, qui dure depuis maintenant quarante ans.
Il faut dire toutefois que le poids le plus lourd dans ce conflit, repose sur les épaules du Maroc, bien plus que sur celles du F. Polisario, et ce, pour plusieurs raisons:
C’est lui qui a annexé le territoire et jouit de sa possession effective.
Il a procédé à des investissements massifs dans le territoire, construisant ainsi ses infrastructures majeures et modernes. Sans parler du fardeau de maintien de l’ordre et de la sécurisation du territoire.
Il est incapable d’imposer la marocanité du Sahara Occidental, si bien qu’il est resté, sans aucune reconnaissance internationale, enfargé dans le carcan juridique Onusien, avec le statut de simple administrant du territoire.
L’intégration effective des sahraouis aux institutions marocaines, en tant que citoyens à part entière, tant pour ceux qui sont à l’intérieur du territoire que ceux qui y sont revenus des camps du F. Polisario, se fait toujours attendre. Au point que la réconciliation maroco-sahraoui, souhaitée par plusieurs, n’arrive pas à se concrétiser; tellement les sahraouis sont restés sur la touche et le clivage géoculturelle perdure après quarante ans d’administration continue.
Il est donc du devoir du Maroc vis-à-vis des populations sahraouies, de l’opinion publique marocaine et internationale, de démontrer une hauteur et une réelle volonté de recherche d’une solution au conflit.
À cet égard, le Maroc ne peut plus adopter, dans sa recherche d’une solution au conflit, la même attitude que le F. Polisario, mouvement de libération qui tire sa légitimité du strict droit à l’autodétermination, dépendant de ses alliés, ce qui le place, de fait, dans une position de tutelle et de précarité existentielle.
Certes, le Maroc propose au F. Polisario un plan d’autonomie élargie au Sahara Occidental, avec un parlement et un gouvernement propres, mais du coup, il dénigre, décrédibilise à outrance celui-ci, nie sa légitimité, voire son existence!
Pourtant, analysée objectivement sur le plan pratique de sa mise œuvre, l’autonomie élargie proposée par le Maroc porte intrinsèquement dans ses plis et son sillage la reconnaissance implicite du F. Polisario, voire la nécessité d’en faire de lui un «allié stratégique» sur le moyen et le long terme. Autrement, le plan marocain est pratiquement inapplicable, puisque le Maroc ne peut négocier avec lui-même la mise en œuvre de son propre plan!
S’il est vraiment sincère dans sa démarche autonomiste qu’il propose au F. Polisario, en tant que partie au conflit, il doit négocier avec celui-ci en tant que potentiel partenaire et cesser son discours violent et viscéralement belliqueux et négationniste à son égard.
J’irais même plus loin. Si le Maroc veut réellement une solution du conflit avec le F. Polisario sur la base de son plan d’autonomie, pour ainsi répondre aux impératifs des résolutions de Nations-Unies, notamment la résolution 1514 de 1960, il doit défendre et renforcer politiquement ce même Polisario afin que celui-ci puisse se libérer des griffes des ennemis de la paix et ainsi décider librement de son destin, en tant que mouvement politique d’autodétermination au Sahara Occidental.
En conclusion, le Maroc ne peut proposer au F .Polisario une solution, qu’il juge crédible, généreuse et globalisante, demander à la communauté internationale de l’entériner, mais agir exactement dans le sens contraire.
Autrement, continuer à nier ou ignorer l’existence de l’incontournable c’est «jouer à l’autruche» et, à mon avis, constitue une approche irrationnelle qui ne fait que perdurer indéfiniment le blocage en place, depuis quarante ans, et ce, au détriment des populations sahraouies, lesquelles sont prisent, hélas, en sandwich entre les belligérants manifestement sans perspectives.

*Maître Takioullah Eidda est avocat au Québec, Canada

06/05/2014