Polisario: L'arbre qui cache la foret d'une succession

Le polisario serait-il en train de vivre une grave crise de succession ? A en croire certaines sources, les unes différentes des autres mais recoupées, il traverserait le moment le plus crucial de son histoire. Et pour cause ! Mohamed Abdelaziz, « président de la fantomatique rasd » (République arabe sahraouie démocratique), gravement malade, ne serait plus dans les grâces des dirigeants algériens, et notamment du sinistre DRS (Département du Renseignement et de la sécurité) que dirige encore, même s’il est affaibli, Mohamed Toufik Médiane, dit « Toufik ».

« Abdelaziz Al-Marrakchi », comme l’avait appelé le Roi Hassan II, aura beau se masquer le visage, il demeurera toujours le ressortissant marocain qui, trahissant son pays natal, est tombé en 1976 dans l’escarcelle des services algériens qui en ont fait un « président marionnette », une pacotille sans substance. Le Roi Hassan II rappelait ainsi aux responsables algériens qu’ils étaient mal venus, et très mal inspirés de venir raconter à la communauté internationale que les membres du polisario constituaient un « peuple sahraoui », alors que le frère de « Abdelaziz Marrakchi » s’appelle Lahbib Rguibi, avocat de son état et exerçant, entre autres, son métier au barreau d’Agadir. Le défunt Roi, outré du comportement anti-marocain de Kadhafi qui armait et finançait à volonté le polisario, fournira en août 1984 une preuve supplémentaire à ce dernier de la marocanité de Abdelaziz Marrakchi : il avait fait venir à Rabat le père de « Abdelaziz al-Marrakchi », al-Khalihli Rguibi , ancien militaire des FAR qui vivait à Kasba Tadla avec sa famille et y menait une vie tranquille….Feu Hassan II eut le coup de génie de le présenter au dirigeant libyen, d’abord fourvoyé par les dirigeants algériens depuis 1973 , enfin confondu par la triste réalité qui est au conflit du Sahara ce que la fausse note est à la symphonie.

On se rappellera qu’après cette visite au Maroc de Kadhafi, un tournant majeur s’était produit, ce dernier révisant sa vision du conflit et mettant fin subitement à son soutien au polisario, mettant l’Algérie dans une mauvaise passe, confrontée qu’elle était à la détérioration des soutiens divers du leader libyen, chiffrés en millions de dollars…

Depuis quelques mois, en effet, avec persistance les rumeurs se multiplient donc sur le sort – déjà fixé – du chef pantin du polisario que les dirigeants algériens s’apprêtent à lâcher et qui n’en finit pas de broyer du noir et de ruminer sa déception. Il est acculé à quitter le « pouvoir », éclaboussé par les scandales successifs sur les détournements des fonds que l’Union européenne accorde depuis des années aux populations de Tindouf, usé jusqu’à la corde par le jeu meurtrier des services algériens mis en œuvre contre lui, enfin arrivé au bout de son aventure comme le serait tout mercenaire…

La face cachée de la mascarade du polisario serait-elle pour autant dévoilée ? Rien n’est moins sûr. Cependant, qui sera le successeur éventuel de Mohamed Abdelaziz al-Marrakchi ? Jusqu’à il y a quelques semaines, le nom d’un certain Mohamed Lamine Bouhali, « ministre de la défense de la rasd », était cité et avait les faveurs des responsables politiques algériens. Son rôle lui dictait, comme toujours, d’en appeler à une guerre contre le Maroc au lendemain de la cuisante défaite subie, en avril dernier, au Conseil de sécurité qui a voté la Résolution 2218 en sa défaveur…

A cet ancien membre de l’armée algérienne, connu pour ses fougues violentes, les responsables du DRS lui préfèrent pourtant une autre figure : Abdelkader Taleb Omar, « premier ministre de la rasd » qui a l’art des finasseries et joue à l’élève discipliné, docile et qui s’est imposé à l’ombre de Abdelaziz al-Marrakchi. Au XXVème Sommet de l’UA (Union africaine), tenu, en juin dernier, à Johannesburg ( Afrique du Sud), Abdelkader Taleb Omar – disciple de l’autre Abdelkader (Messahel) – a trôné sur la photo officielle des membres de l’UA, en lieu et place de Abdelaziz…

Une manière de pause ? Si le DRS a jeté son dévolu sur lui, ce n’est pas de gaieté de cœur, mais c’est parce qu’il entend réorienter la stratégie de guerre politique, et diplomatique du polisario à un moment où sa capacité a été anéantie, où encore la même guerre– tel un miroir grossissant – oppose violemment les prétendants à la succession de Abdelaziz Bouteflika, réduit à des ultimes gestes et farouchement lancé dans un combat de revanche personnel avec un certain « Toufik »…

PAR HASSAN ALAOUI

16/08/2015