Pour bien comprendre le dossier du Sahara Marocain

I. Historique du Sahara Marocain 

L'historique et les origines de la crise au Sahara marocain remontent à bien longtemps. En effet, le conflit qui oppose le Maroc à l'Algérie, par le biais du Polisario, demeure assez récent par rapport aux origines de la remise en cause de l'intégrité territoriale de l'Empire chérifien marocain. Une intégrité territoriale dont le recouvrement, par le Maroc, se fait par étapes et parsemées de contraintes plurielles persistant à remettre en cause la souveraineté d'un Etat en raisons, notamment, d'intérêts économiques et stratégiques de pays tiers.

« La souveraineté du Maroc face aux intérêts économiques et stratégiques »

A quand remonte et comment apparaît le conflit du Sahara marocain ? Pour comprendre l'avènement, la nature et les raisons du conflit du Sahara, quelques précisions liminaires sont nécessaires, tout d'abord sur le Sahara, son intérêt économique et stratégique, et ensuite sur la teneur des liens entre les tribus sahraouies et les Sultans du Maroc.

 

1. L'intérêt pour le Sahara

Le plus vaste désert du monde, le Sahara, est partagé entre plusieurs Etats limitrophes. Les frontières, dans le désert, et tout particulièrement à l'orée des colonisations, ne signifient pas grand-chose pour des peuples et tribus du Sahara, nomades par définition. Pourtant, le désert, pour aride qu'il soit, se trouve avoir un sous sol riche en ressources naturelles. De surcroît, le Sahara marocain longe une côte maritime riche en ressources halieutiques. Ainsi, ce n'est pas sans raisons si l'Espagne, en l'an 1884, prend pied au Sahara, d'autant plus que le territoire se trouve à cent cinquante kilomètres, à peine, des îles Canaries, sous administration espagnole.

L'Algérie, qui se trouve occuper une très grande partie du Sahara, connaît un problème de frontières, sur le Sahara, avec le Maroc, qui, en 1963, donna lieu à un conflit, entre les deux pays, connu sous le nom de « la guerre des sables ». Face aux revendications marocaines sur une partie historique du Sahara marocain, occupé par l'Algérie, cette dernière organise et soutient, tous azimuts, un mouvement séparatiste et sécessionniste, en l'occurrence le Polisario.

 

2. Les liens entre les tribus du Sahara et les Sultans du Maroc

Bien avant le début du 20ème siècle et les protectorats, français et espagnol, sur le Maroc, ce pays porte alors le nom d'Empire chérifien marocain et s'étend depuis les côtes du Rif jusqu'au sud de l'actuelle Mauritanie. Le Maroc d'antan revêt une structure étatique qui se rapproche d'un Etat fédéral plutôt que centralisé et de type jacobin. Les tribus de l'Empire chérifien, qu'elles soient situées au Nord ou au Sud du pays, exercent en toute autonomie le pouvoir local et gèrent leurs propres affaires. Les compétences du pouvoir central exercées par le Makhzen, représenté par le Sultan, n'ont rien d'un pouvoir absolu qui s'exercerait sur l'ensemble du territoire. L'autorité du Sultan est politique et spirituelle. Le Sultan est le ciment autour duquel se réunit l'ensemble des tribus, qui forment une partie du Bled Siba. Le Maroc est, à l'époque, loin de toute modernité. Il vit encore, en ce temps là, bien à l'écart des révolutions industrielles et agricoles connues en Europe à la même période.

Deux liens, essentiels, donnent à connaître de la relation de rattachement entre les tribus et les Sultans successifs du Maroc. D'abord, LA BEÏA, l'allégeance des tribus, et, ensuite, la nomination de certains représentants du Sultan dans et parmi ces mêmes tribus. Si l'autorité du Sultan n'est pas entière et globale, elle n'en est pas moins réelle. Le Sultan fait prélever les impôts, nomme les caïds, les juges et autres agents d'autorité. Il reçoit surtout l'allégeance des tribus, ce qui fait de lui le chef qui gouverne l'ensemble du territoire.

 

3. La remise en cause de l'intégrité territoriale de l'Empire chérifien marocain

Les agressions contre l'intégrité territoriale du Maroc sont plurielles en raison d'un appétit vorace des Etats colonisateurs qui conduira à un véritable dépeçage du pays, en dépit d'une résistance farouche des tribus du Sahara, du Rif et d'ailleurs.

A. Les agressions et invasions contre le Maroc

A l'aube du vingtième siècle, le Maroc est loin d'être développé, organisé, et doté d'une armée moderne à même de combattre les invasions étrangères. C'est dans ce cadre que les espagnols vont venir prendre pied dans le Sahara au « Rio de oro » (Oued Ed Dahab), en l'an 1884. Bien avant, ces mêmes espagnols avaient pris pied à Melilla et Sebta.

B. La partition du Maroc et la résistance des tribus

Avec la signature des actes d'Algésiras, l'Europe réussit la partition du Maroc entre la France et l'Espagne outre une zone dite internationale à Tanger. Or, ce qu'il est intéressant d'examiner, c'est cette période d'invasions et de résistances farouches aux pénétrations étrangères, dans l'ensemble du territoire marocain. Alors même que les espagnols recherchaient des traités avec les chefs des tribus, dans le Sahara, ces derniers les invitaient à traiter avec le Sultan. La toute première résistance à l'Acte d'Algésiras viendra avec la destitution du Sultan Moulay Abdelaziz et son remplacement par Moulay Abdelhafid, désigné comme le Sultan du Jihad et soutenu par les tribus du Sahara marocain.

 

4. Progressions et contraintes pour le recouvrement de l'intégrité territoriale du Maroc

Le recouvrement de l'intégrité territoriale du Maroc connaît des contraintes multiples, tout d'abord, avec les anciennes puissances occupantes et, ensuite, en raison des politiques et manipulations du voisin algérien. Le Maroc privilégie, tour à tour, la libération armée et les voies pacifiques. Ainsi, après une indépendance partielle du Maroc, le recouvrement progressif de l'intégrité territoriale du pays vient buter, dans le cas du Sahara, sur un conflit armé par Polisario interposé. Mais, déjà nombre de personnes fuient les camps du Polisario, tandis que des négociations et un cessez-le -feu interviennent entre le Maroc et le Polisario, en attendant un référendum difficile à mettre en œuvre.

 

A. Une indépendance partielle du Maroc

Les résistances des marocains ne purent venir à bout des moyens des puissances européennes. Le pays subit le colonialisme sous couvert des protectorats, français et espagnol. Après la seconde guerre mondiale, la résistance reprend le combat armé avec l'Armée de libération nationale. La France, comme suite aux pourparlers d'Aix Les Bains, consent à accorder l'indépendance au Maroc, en se retirant des zones qu'elle occupait. Quelques mois après, en 1956, l'Espagne se retire également de la zone Nord, en maintenant, cependant, ses positions sur Sebta, Melilla, les îles chaffarines, Sidi Ifni, Tarfaya et le Sahara. Ainsi, d'empire, le Maroc est réduit à une « indépendance » qui le limite dans l'étendue de son territoire.

 

B. De l'armée de libération nationale à l'armée de libération du Su

L'Armée de libération nationale se divise en deux ; tandis que les uns intègrent les Forces armées royales du Maroc nouvellement indépendant, les autres reprennent le combat, en tant qu'Armée de libération nationale du Sud, pour la libération du Sahara. Depuis le Caire, l'Emir Mohamed Abdelkrim El Khattabi dénonce une indépendance partielle et tronquée du Maroc et encourage à la libération de l'ensemble du pays. L'opération écouvillon, menée conjointement par la France et l'Espagne, vient à bout de l'Armée de libération nationale du Sud.

 

C. Le Maroc privilégie les voies pacifiques

Le Maroc, nouvellement indépendant, privilégie les voies pacifiques. Tan Tan et Tarfaya, puis Sidi Ifni sont récupérées, respectivement en 1958, puis 1969. Les revendications et négociations se poursuivent bilatéralement entre le Maroc et l'Espagne et dans le cadre de l'Organisation des Nations Unies. A la demande du Maroc, le dossier du Sahara est inscrit, en 1963, parmi les territoires à décoloniser.

 

D. La genèse du Polisario

Des Etudiants de la faculté de droit de Rabat, originaires du Sahara, militent pour le retrait des espagnols. Ils organisent une manifestation à Tan Tan, qui leur vaudra la répression. Leurs requêtes trouveront des oreilles du côté d'Alger. Le Polisario (le front pour la libération de Sakia El Hamra et Rio de oro), vient de naître en territoire algérien. Il sera désormais un puissant instrument armé aux mains des algériens. Il sera le bras armé de l'Algérie qui lorgne sur une voie vers l'océan Atlantique et qui alimente sournoisement, voire ouvertement, le conflit du Sahara marocain.

 

E. La marche verte et le recouvrement du Sahara marocain

Le Maroc se saisit de l'Organisation des Nations Unies et de la Cour Internationale de Justice, qui prononce un avis, en 1975, en faveur des thèses marocaines. En reconnaissant que le Sahara n'était pas terra nullius, et qu'il y avait des liens d'allégeance entre les tribus du Sahara et les Sultans du Maroc. Au lendemain de cet avis consultatif, le Maroc de Hassan II engage la marche verte. Les accords tripartites de Madrid, du 14 novembre 1975, consacrent le retrait des espagnols et le partage du Sahara entre le Maroc et la Mauritanie. La Mauritanie ne peut faire face à la guérilla du Polisario et préfère se retirer, en 1979, en faveur du Maroc. Ce dernier récupère son Sahara.

 

F. Un mur de sable contre les opérations de guérilla

Mais la récupération du Sahara par le Maroc n'est pas pour plaire à l'Algérie qui lâche des raids du Polisario sur le Sahara. La guerre s'enlise entre le Maroc et un Polisario soutenu, armé et financé par l'Algérie et la Libye. Le Maroc édifie un mur de sable, entre 1980 et 1987, pour protéger la partie côtière du Sahara soit environ 80% du territoire récupéré, et faire face aux intrusions et opérations de guérilla du Polisario. Entre temps, le Polisario perd le soutien libyen qui fait preuve de plus de sagesse que l'Algérie.

 

G. Polisario ou RASD ?

Le Polisario, groupe politique séparatiste armé, aux mains de l'Algérie proclame la République arabe sahraouie démocratique, en 1976, depuis Tindouf. Avec la période de la guerre froide, entre les deux blocs, consacrés par les accords de Yalta, il est loisible à l'Algérie « socialiste » et à ses partenaires de faire qu'un certain nombre d'Etats reconnaissent la « RASD ». Plusieurs se rétractent par la suite. La « RASD » porte mal son nom. Le discours démocratique est loin de répondre à la réalité et aux règles et principes de gestion du Polisario. Aux yeux de l'opinion publique avertie, le Polisario et la « RASD » montrent leurs limites et tares : Comportement stalinien, tortures, détournement des aides humanitaires, violations graves des droits humains, etc.

 

H. Considérations finales : L'autonomie, comme solution

Devant les difficultés et impasses des plans et solutions préconisés par les plans Baker, le Maroc prend l'initiative d'une solution intermédiaire qui devrait satisfaire chacun, à savoir l'autonomie. Une large autonomie tenant compte des spécificités de la région. Une voie conciliant entre les droits de l'Etat, à l'intégrité territoriale et les droits des peuples à disposer d'eux-mêmes et à la libre et authentique autodétermination. Une solution juste, durable, démocratique et pérenne, à laquelle il est difficile de se dérober. Sauf à persister dans la mauvaise foi.

 

5. Le cessez le feu et les difficultés du référendum

Une dynamique pour la recherche d'une paix durable s'engage. Le Conseil de sécurité des Nations Unies met en place, avec la Résolution 690, du 19 avril 1991, la MINURSO. Un cessez le feu intervient à partir du 6 septembre 1991. Cependant, le référendum bute sur l'identification du corps électoral devant y participer. Les tribus du Sahara étant par définition nomades, et le désert n'ayant pas de frontières, lesquelles doivent y participer ou pas ? Les plans Baker I et II sont une impasse.

 

6. Considérations finales : L'autonomie, comme solution

Devant les difficultés et impasses des plans et solutions préconisés par les plans Baker, le Maroc prend l'initiative d'une solution intermédiaire qui devrait satisfaire chacun, à savoir l'autonomie. Une large autonomie tenant compte des spécificités de la région. Une voie conciliant entre les droits de l'Etat, à l'intégrité territoriale et les droits des peuples à disposer d'eux-mêmes et à la libre et authentique autodétermination. Une solution juste, durable, démocratique et pérenne, à laquelle il est difficile de se dérober. Sauf à persister dans la mauvaise foi. 

Lahcen Hammouch

05/09/2014