Le Maroc a connu ces dernières années d’importants bouleversements, au niveau national autant qu’international. Au niveau national, les dernières élections législatives, en plus de démontrer le vide idéologique abyssal qui caractérise notre scène politique actuelle, avec la fin définitive, et désormais actée du clivage gauche-droite, elles ont également eu le mérite de mettre en avant, l’inexistence d’une mouvance politique, capable de fédérer les marocains dans leur majorité.

 

Nous avons en effet le choix entre des libéraux de droite, des libéraux de gauche et des libéraux néoconservateurs. Je dis « libéraux », mais il faut le comprendre au sens empirique du terme. Aucun de ceux-là n’a bien entendu jamais effleuré un livre d’Adam Smith, de Von Hayek ou de Milton Friedman. Le terme de « technocrates », semble ainsi plus approprié pour désigner cette « macronisation » de la politique marocaine. Rien de bien enthousiasmant, d’où tout naturellement un taux de participation de 42%.

 

Au niveau international, le bilan semble plus reluisant. Les récents clashs avec l’UE ces deux dernières années, semblent avoir accéléré la dynamique de redéploiement du Maroc sur le continent africain, avec pour apothéose, l’heureux retour du Maroc dans l’Union Africaine, voulu, porté et réalisé avec brio par SM le Roi, et la volonté d’intégrer la CEDEAO, sans oublier le renforcement du partenariat stratégique avec Moscou.

 

Cependant, là encore, il est impératif de constater que malgré une perception intuitive des enjeux géopolitiques actuels, ce retour africain du Maroc, n’est pas encadré par une doctrine géopolitique claire et structurée, qui serait fondée sur une idéologie nationale portée par tout un peuple. Alors à tous ceux qui ont la nausée juste en entendant le mot « idéologie », sachez que dans « idéologie » il y a le mot « idée », et que ces mêmes bien-pensants qui se croient libres de toute influence idéologique, sont généralement les « idiots utiles » d’une idéologie implicite qui les dépassant : le libéralisme.

 

Les gens vivent d’idées, de croyances et d’aspirations. Faute de quoi, ils sont condamnés à n’être que des consommateurs stériles et des citoyens lambda, atomisés, manipulables et aliénables. Car l’idéologie permet de structurer une communauté et en lui donnant du sens, notamment en répondant de manière claire et sans ambiguïté aux questions suivantes :

 

Qui somme-nous ?

D’où venons-nous ?

Où allons-nous ?

Qu’est-ce que le bien et le mal ?

Qui sont nos amis ? nos ennemis ?

Et si on ne propose pas aux marocains notre propre idéologie dans un cadre « souverain », on nous imposera celle d’un autre, ce qui est somme toute est déjà le cas. Qui est aujourd’hui capable de répondre sans détour et sans la moindre hésitation à la question suivante : « qu’est-ce qu’être marocain ? » « Qu’est-ce que l’âme marocaine ? ». Car comment s’opposer au libéralisme acculturant et déracinant et au radicalisme religieux, si on est incapable de proposer nous-mêmes notre propre idéologie nationale et notre propre projet de société ?

 

Ainsi, notre idéologie devra avoir pour substrat premier notre propre « identité nationale », dans toute sa richesse et diversité, et notre propre spiritualité, et devra traduire sur un plan national et international notre « épistémè nationale », notre « idiosyncrasie » et notre « paradigme civilisationnelle », qui reste à construire ou à redécouvrir.

 

Et dans ce monde numérique dans lequel nous évoluons, où la guerre des images prime de plus en plus sur celle des idées, il sera par la suite indispensable de mettre en place une machine de guerre informationnelle, qui aura pour mission de diffuser notre vision et nos intérêts nationaux dans différentes langues et dans le plus grand nombre de pays. Le peuple marocain, de par son histoire, sa culture et sa destinée, mérite mieux qu’une flopée de technocrates arrivistes et de rentiers, et se doit d’être à la hauteur de sa destinée historique, sous peine de se diluer culturellement dans cette grande soupe mondialiste néolibérale.

 

Il est désormais temps de donner naissance au Maroc à une nouvelle dynamique politique, qui s’inscrirait dans le vrai clivage actuel, à savoir « souverainisme-mondialisme ». La naissance d’un nouveau parti politique marocain, porté par une jeunesse marocaine enracinée, patriotique, royaliste et éclairée, accompagnée par une doctrine marocaine souverainiste mais ouverte sur le monde, devient de plus en plus un impératif de survie pour notre pays.

 

L’impératif de « souveraineté » n’étant pas une fin en soit, mais le cadre optimal pour faire émerger une idéologie et une doctrine géopolitique nationale, dont la finalité, est de se donner les moyens économiques, culturels et politiques, en vue de réaliser le bien-être et l’épanouissement du peuple marocain dans sa globalité, dans le cadre d’un projet de société adéquat à notre identité plurielle, et fédérateur, à travers un modèle de société non pas imposé, mais porté par tous les marocains.

 

Mais pour cela, nous devons enfin réaliser que sans idéologie nationale, nous sommes perdus, semblable à un navire qui ignore vers quel port il navigue, et que par conséquent, aucun vent ne peut lui être favorable.

LuxeRadio.ma

03/05/2017