Voici un article où je parlais de Diplomatie parallèle ( ou complémentaire) dans laquelle je montrais déjà en 2009, le role de la société civile dont j'ai découvert son importance à travers les tournées que nous avions effectuées aux USA et en Europe.
Lisez ce témoignage et partager..Merci.
Ali Najab

   1- Question ? Comment les anciens détenus marocains considèrent-ils la nouvelle position du Maroc ?

           Rép. Ali Najab :   

                                    Je dois d’abord apporter une petite  précision : nous n’étions pas des anciens détenus pendant les 25 années  de notre captivité. Nous étions des prisonniers de guerre. Et c’est  important sur le plan du droit international..

   Pour répondre à  votre question, nous ne pouvons pas ne pas être d’accord avec le choix  de notre pays parce que, en tant qu’anciens combattants, nous sommes  toujours à la disposition de notre pays pour continuer à mener le combat  pour l’intégrité territoriale de notre pays. D’ailleurs nous l’avons  déjà fait en menant des actions de sensibilisation un peu partout, aux   USA ( où nous avons donné une conférence de presse conjointe avec John  Mc Cain au Sénat), en Europe, à l’ONU à New York et à Genève pour la  libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains restés à  Tindouf, mais aussi pour expliquer au monde entier, la mascarade que le  polisario joue à Tindouf en connivence avec l’Algérie. Nous avons  d’ailleurs été très écoutés que ce soit au Sénat et au Congrès ou encore  chez Human Rights Watch ou Freedom House à Washington ou encore chez  Amnesty International. A la 4 ième Commission de l’ONU à New York, j’ai  été autorisé de faire un témoignage sur le calvaire que nous avons vécu à  Tindouf et sur les violations des Conventions de Genève par l’Algérie  et le polisario dans le traitement des prisonniers de guerre marocains.  Nous avons mené des actions à l’ONU à Genève, chez le CICR et même à  Caracas au Venezuela. Toutes ces actions, nous les avons menées dans le  cadre de notre association appelée : « Association Marocaine des  Ex-Prisonniers de Guerre de l’Intégrité Territoriale » même si cette  association n’est pas vue d’un bon œil par les autorités chez nous.

       Pour revenir à votre question concernant la nouvelle position du  Maroc. Si vous voulez parler de l’Autonomie que notre pays propose comme  solution définitive au problème du Sahara sous souveraineté du Maroc,  alors oui ! Nous ex-prisonniers de guerre, nous soutenons et nous  appuyons fermement cette proposition. En dehors de ce qu’en a dit la  presse, on ne sait pas ce qu’il y a dans ce projet d’autonomie. Mais  personnellement je fais confiance à ceux qui l’ont élaboré : ahl Makka  adra bi chiaabiha comme dit l’adage populaire. Mais il ya un Mais. Même  si de nature je suis optimiste, les années que j’ai passées à Tindouf  m’ont appris à me méfier. Prenons l’hypothèse suivante :

       Supposons que le polisario accepte cette autonomie. Il va y avoir des  élections au Sahara pour former le gouvernement et le parlement de cette  autonomie. Il n’est pas impossible de voir Mohammed Abdelaziz et sa  clique gagner ces élections. On va donc se retrouver avec une  gouvernance polisarienne. La police locale risque d’être formée  d’anciens combattants polisariens. Jusqu’ici ce n’est pas grave. Mais ce  qui risque d’arriver c’est qu’au bout de deux ou trois années  d’autonomie, rien n’empêche Mohammed Abdelaziz et sa clique au pouvoir,  d’endoctriner la population et de déclarer une indépendance unilatérale  du Sahara bien sur en connivence avec l’Algérie. Les reconnaissances  vont pleuvoir de tous les cotés grâce aux pétrodollars algériens comme  dans les années quatre vingts. Nous interviendrons militairement ?  Impossible car nous allons nous retrouver face au même polisario cette  fois-ci dilué dans la population civile. Et toute tentative militaire  serait suicidaire. Vous allez me dire que tout cela, c’est de la science  fiction. Je veux bien. Vous allez me dire aussi qu’il y aura des  garanties internationales. Mais personnellement je ne crois pas à la  morale dans les relations internationales. Seuls les intérêts comptent.  Et puis quel sera le rôle de notre armée ?  Va-t-on la réduire à  quelques unités cantonnées dans des casernes bien déterminées sans  liberté de manœuvre ? Si tel était le cas qui va assurer la sécurité  d’un territoire aussi large que le Sahara quand on connaît déjà les  trafiques de toute sorte (d’armes, de contrebande voir même de bandes de  terroristes etc.) qui s’y opèrent de temps en temps de nos jours. Voilà  donc pourquoi je demeure sceptique. Mais au risque de me contredire je  vous dis que je suis optimiste pour l’avenir de notre Sahara

 2-  Question ?  Quel est votre avis sur les séparatistes de l’intérieur qui  doivent être plutôt de votre coté en tant que marocains qui avez  sacrifié votre vie pour le pays ?

    Rep. Ali Najab

                               -Ce n’est pas la première fois que des Marocains se  sont rendus chez le polisario à Tindouf. Abderrahmane ould Libek avait  rejoint le polisario en 1979 et qui était venu nous voir près de Rabonni  en présence de Omar Hadrami du temps où nous étions encore prisonniers.  Il y avait le cas de Abdelaziz Lamnebhi d’Ela Al Amam qui lui aussi est  venu au centre dit poste 5, nous souler de sa propagande anti  marocaine. Mais tout cela c’est de l’Histoire. Ils sont tous revenus  dans le cadre de la patrie miséricordieuse et tout est rentré dans  l’ordre. Le cas de Tamek et sa clique est différent. En arrivant à  Tindouf, ils ont fait des déclarations qui nuisent à leurs pays le Maroc  dont ils possèdent d’ailleurs une carte d’identité et un passeport,  mais surtout parce qu’ils se sont réunis avec des officiers de sécurité  militaire algériens. Le cessez-le feu en vigueur ne signifie nullement  que la guerre entre nous et le polisario est finie. La guerre continue  toujours sous  forme diplomatique. Et tout act ou déclaration allant à  l’encontre de l’intégrité territoriale du Maroc est un act de guerre  contre le Maroc. C’est pour cela qu’on les a qualifiés à juste titre de  traitres. Pourquoi pas d’ennemis aussi ? Et pourquoi ne pas les  considérer comme prisonniers de guerre tout simplement? Auquel cas il  faut les livrer au Comité International de la Croix Rouge pour les  remettre au polisario en échange par exemple avec les ossements de nos  46 soldats morts sous la torture et dont les tombes se trouvent toujours  à Rabonni (à 3 kms seulement du bureau de Mohammed Abdelaziz). Ainsi,  iront-ils vivre quelques mois avec le polisario et quand ils seront  convaincus, à l’instar de beaucoup d’autres, de la réalité du polisario,  ils pourront revenir vivre dans leur patrie miséricordieuse.

3- Question ? : Quelles autres actions selon vous peuvent être entreprises ?

   Rep. Ali Najab :

                             Je crois que tout a été tracé par SM le Roi  dans son discours à l’occasion du 34 ème anniversaire de la marche  verte. Je crois fermement que ce discours est un tournant très important  dans la gestion du dossier du Sahara. D’abord parce qu’il est d’une  fermeté inhabituelle et qui me réjouit en tant qu’ancien combattant. Les  cinq points que Sa Majesté a tracés dans son discours constituent en  somme une feuille de route on ne peut plus claire, précise et concise.  Et permettez moi de reprendre un passage entier du discours royal parce  qu’il réveil en moi les sentiments que nous éprouvions tous dans les  années 50 : «  Ou le citoyen est marocain ou il ne l’est pas .Fini le  temps du double jeu et de la dérobade. L’heure est à la clarté et au  devoir assumé. Ou on est patriote ou on est traitre. Il n’y a pas de  juste milieu entre le patriotisme et la trahison. On ne peut jouir des  droits de la citoyenneté et les renier à la fois en complotant avec les  ennemis de la patrie ». 

     Quelles autres actions…… ?  Je ne  comprends pas franchement pourquoi on n’a jamais rien fait depuis qu’on a  constaté que le polisario nous fait une vraie guerre non seulement sur  la scène internationale mais aussi et c’est plus grave, dans les campus  de nos Universités. A quoi bon donc de maintenir nos soldats sur le mur  de défense après avoir chassé le polisario du Sahara, si on permet à des  étudiants pro-polisario de mener sans coup férir, des campagnes en  faveur du polisario dans des villes comme Casablanca, Agadir Oujda,  Marrakech ou même Rabat. Cela peut être ressenti par nos soldats comment  une offense après tous les sacrifices qu’ils ont consentis pour chasser  le polisario à jamais du Sahara. C’est à méditer !

 4-Question ?: Comment peut-on imaginer une mobilisation générale ?

  Rep. Ali Najab :

                             C’est une excellente question. C’est vrai  qu’une mobilisation générale est nécessaire et indispensable. Avant le  cessez-le feu c’était à l’armée de jouer son rôle. Elle l’a fait au prix  de beaucoup de sacrifices certes, mais elle l’a fait quand même au  point où le polisario n’a plus droit de cité au Sahara même si le Maroc  lui a laissé Tifariti et Méjic pour lui permettre de délirer de temps à  autre !

    Mais le polisario, comme je l’ai dit ailleurs, continue à  nous faire la guerre sur la scène internationale sous d’autres formes.  L’Algérie le dote chaque jour de moyens de nuisance extraordinaires  quand ce n’est pas elle-même qui utilise ces moyens de nuisance pour  avorter toute proposition marocaine pour le règlement du conflit.  Aujourd’hui un retour à la guerre avec le polisario est pratiquement  impossible depuis que ces véhicules de guerre sont en calle sèche.

    Par conséquent, l’arme du Maroc réside sur le front interne. Un front  uni. Il faut d’abord sensibiliser en permanence et non épisodiquement le  peuple marocain sur l’affaire du Sahara en lui expliquant d’abord ce  qu’est le polisario et en lui expliquant la mascarade que l’Algérie joue  à Tindouf depuis plus de trois décennies déjà. Ceci d’une part. D’autre  part définir une stratégie d’actions diplomatiques sur la scène  internationale qui devront être menées souvent et non épisodiquement par  des équipes formées de parlementaires compétents. Ensuite il faut  impliquer nos Universités (Professeurs et Etudiants compris) dans la  recherche d’idées pouvant renforcer notre diplomatie sur la scène  internationale. D’une façon générale nos intellectuels, nos hommes  d’affaire devraient s’impliquer davantage eux aussi en faisant une  diplomatie parallèle en mettant à profit leurs réseaux de relations à  l’étranger. Enfin, pourquoi ne pas parler aussi de l’affaire du Sahara  dans les écoles primaires et dans les Lycées ? Il est impardonnable que  nos enfants connaissent mieux l’Histoire du Barsa ou celle du Réal de  Madrid et ne connaissent pas l’Histoire du Sahara ou celle de la lutte  pour l’indépendance. Notre système éducatif a beaucoup de pain sur la  planche dans ce sens. Le rôle de la presse est extrêmement important  dans la sensibilisation des marocains sur le problème de l’intégrité  territoriale. Certains journaux devraient s’arrêter de présenter chaque  fois  le polisario comme une victime. Je suis consterné de constater que  certains anciens militants d’el Amam continuent de prendre position en  faveur d’un référendum d’autodétermination au Sahara. Je voudrais tout  simplement leur rappeler la fameuse phrase de feu Hassan II :je cite :«  si le Maroc ne regagne pas le Sahara, je (Hassan II) dois être inquiet  quant à l’avenir du Maroc en tant qu’Etat et en tant que Communauté »  fin de citation.

   Interview accordée par :

 

  le capitaine Ali Najab ex-prisonnier de guerre

 

  à L’Observateur du Maroc

 

  parue dans le N°  53 du 13 au 19 Novembre 2009                         

 

Interview effectué par M. Arif Hakim ( Rédacteur en Chef.)

21/09/2017