Quand mon père me parlait du Sahara

Les vérités ne sont pas seulement une question de foi inébranlable. Il faut convertir de temps à autre cette foi en arguments didactiques pour convaincre l’autre. Dire que le Sahara est marocain, sans argumenter, sans expliquer pourquoi le Sahara fait partie du Royaume, est une approche négative.

Née à Assilah, mon père m´as toujours martelé que j´étais un «Sahraoui horr» (Sahraoui pur). Ces mots ont forgé mon imaginaire. Adolescent, j´ai fait de mon père le Don Quichotte des histoires impossibles. Lui, il est resté fidèle à ses convictions. Devant l’incrédulité d´un adolescent du Nord, lecteur de Marx, Freud et «Cent ans de Solitude», il n’a cessé de rappeler que j´étais un «Sahraoui horr».

Un ami, un des fondateurs du Polisario, a repris la charge, répétant sans cesse la nécessité de «saharaniser» le Maroc. C’est l’endurance qui finit par l’emporter sur le génie. L’art de répéter sans perte d´espoir, mené par les deux hommes, montre que le Maroc a toujours été «sahraoui» et aimant sa «hourrya» (liberté).

Que le Sahara soit marocain, c’est une réalité que le peuple marocain et ses institutions assument comme une vérité inaltérable. Le Maroc est aussi un intégrateur de diversité. De même que la géographie du pays présente une grande variété, les hommes et les femmes qui vivent au Maroc apportent un multiculturalisme et multilinguisme qui enrichissent le pays.

Les vérités ne sont pas seulement une question de foi inébranlable. Il faut convertir de temps à autre cette foi en arguments didactiques pour convaincre l’autre de la justesse de la cause nationale. Penser avec des outils universels la réalité plurielle du Royaume du Maroc est nécessaire pour nous, pour ceux qui veulent nous connaitre et pour ceux qui tergiversent à reconnaître la vérité, profitant du vide que nous créons. Dire que le Sahara est marocain, sans argumenter, sans expliquer pourquoi le Sahara fait partie du Royaume, est une approche négative.

Le Maroc doit travailler continuellement la rénovation du discours qu´il a sur lui-même et sur sa mémoire, institutions, territoires, symboles… La cause nationale a besoin de militants convaincus, créatifs, connaisseurs du sujet et des interlocuteurs. Nous devons convaincre par la légitimité de la pensée. Convaincre par nos tripes ne dure pas longtemps.

Le manque d’un discours sur la marocanité du Sahara réfléchi, innovant et adapté aux contextes du moment, ne participe pas à contrer l´invention d´une identité qui n´a jamais existé. Il est plus facile d’inventer une victime, que raconter la vérité de celui à qui l´on lui fait porter le chapeau du méchant loup. Sachant que nous parlons ici de la divergence de vues entre un peuple et une minorité faisant partie de ce même peuple.

Nos frères et sœurs dissidents sont piégés dans un tourbillon géopolitique caduc qui est à la fois dangereux pour eux et pour toute la région. Ne pas assumer le respect de la pluralité, compte tenu des changements dans le monde, risque de les exclure d´un beau rendez-vous avec l'avenir. Seul l’apprentissage de la démocratie peut les amener à l´intelligence de défendre leur singularité à l´intérieur des institutions du Royaume. Leur apport à la démocratie sera immense. Nos concitoyens sahraouis méritent une vie digne chez eux, au Maroc.

Le grand ennemi de la réconciliation est la peur. Peur incrustée dans les tréfonds des individus. La dépendance organique des dissidents sahraouis par rapport à l´Algérie ne facilite pas la tâche. Il faut qu’ils acquièrent leur indépendance du parrain algérien avant de regarder ailleurs.

Enfin, l’élite sahraouie est appelée à faire valoir son véritable courage politique et humaniste, capable d´atteindre des compromis et nécessaire pour faire du Maghreb une région stable et prospère, où ils seront des acteurs indispensables chez eux.
Par El Arbi El Harti

22/10/2015