Il y a quelques semaines le Front Polisario indépendantiste, soutenu par l'Algérie, a mené des incursions dans l'extrême sud  du Maroc en violation d'un accord militaire établissant une zone tampon et menace  de reprendre les armes, sachant qu’il est incapable de le faire car la décision militaire revient aux autorités algériennes. 

Depuis l’éclatement du conflit artificiel autour du Sahara marocaine, l’Algérie a été le principal acteur dans ce drame et le premier soutien de la thèse séparatiste du Polisario. Il est indéniable que son rôle tout au long du déroulement du conflit est d’une importance cruciale. Il serait donc erroné de sous-estimer l’ampleur des conséquences de ses prises de position en faveur des séparatistes qu’il soutient depuis le début des hostilités  contre le Maroc.

L’Algérie le plus important défenseur diplomatique, militaire et financier du Polisario, contribue à rendre la situation plus complexe et plus opaque. Cela fera quarante-trois ans cette année que le conflit empoisonne la vie politique de la région.  La naissance d’une entité indépendante serait par nature faible, miné par les influences extérieures et qu’il représenterait donc au final un risque pour la stabilité de toute la région.

L’engagement de l’Algérie dans ce conflit, qui n’est d’ailleurs plus à démontrer, est dicté par des considérations politiques et stratégiques : les Algériens, qui souhaitent pérenniser ce conflit pour éviter de rouvrir le dossier des frontières héritées de la période coloniale, savent que le maintien d’un niveau de tension paraît nécessaire pour leur permettre de limiter les velléités du Maroc. En favorisant le statu quo et en s’opposant à l’ouverture de la frontière entre les deux pays, l’exécutif algérien punit doublement les Marocains.

L’annexion du Sahara et l’obtention d’une débouchée sur l’Atlantique ont toujours fait partie d’un plan national algérien des différents gouvernements de ce pays. Il répond à une visée hégémonique et expansionniste d’un régime manipulé par l’appareil militaire. Il est vrai que la marche verte avait suscité des craintes de la part des Algériens, qui voyaient dans l'extension du Maroc vers le sud, une menace potentielle de leurs frontières et de leurs zones considérées comme stratégiques.

En outre, le conflit du Sahara marocaine exprime l’ambition de l’Algérie de s’assoir comme leadership de la région. Par conséquent, la compétition pour le territoire est une compétition pour plus de puissance. Cette volonté farouche des autorités algériennes, en s’opposant à l’annexion du Sahara par le Maroc et en engageant ce dernier dans une interminable bataille d’influence sur le plan africain et international, a d’une certaine façon pour but de contrer le développement d’un rival potentiel. Il s’agit d’affaiblir le Maroc pour éviter qu’il ne devienne une puissance concurrente au plan régional. Dans ces conditions, pour l’Algérie, avoir un voisin moins puissant est un gage de sécurité.

Le problème du Sahara marocaine est devenu pour l’Algérie, au fil des ans, un sujet de démarcation et de positionnement politique. Il permet en revanche de freiner les ambitions régionales du Maroc. La revendication d’un Etat fantoche dans le Sahara par une entité nomade incapable de gérer durablement un pays ne pourrait servir que les intérêts de l’Algérie, qui cherche à tout prix à faire basculer illégitimement le rapport de forces dans la région en sa faveur.

Les algériens n’ont pas la moindre intention à revenir au conflit armé et se contentent d'un harcèlement régulier devant les instances internationales et le refus d'un arrêt officiel des hostilités même s'il ne se passe rien. Pour l’Algérie, le maintien de ce conflit lui convient parfaitement. 

De Hassan Benouachane (chercheur en sciences politiques à fsjes Rabat Agdal)

10/04/2018