Le retrait unilatéral des FAR de Guerguerate obéit à des considérations politiques et économiques. Le Maroc prive ainsi le Polisario et ses relais au Conseil de sécurité d’un important argument, alors que moins de deux mois nous séparent de l’échéance d’avril... Et met la balle dans le camp de l’ONU.

 

Le retrait unilatéral des forces marocaines de la zone au sud de Guerguerate soulève des questions. Malheureusement, les communicants officiels se sont montrés très avares en explications auprès de l’opinion publique, se contentant d’annoncer la nouvelle dans une langue de bois dépassée. Pourtant, une recherche dans les archives des déclarations de hauts responsables de la diplomatie du royaume donne plus de précisions.

 

Les travaux que mènent le Maroc à Guerguerate sont «éminemment civils et limités dans le temps, et ce jusqu'à la finalisation de la construction de la route. Cet objectif est stratégiquement sécuritaire et le Maroc est résolument déterminé à le réaliser». Ainsi avait expliqué en septembre dernier le représentant permanent à New York, l’ambassadeur Omar Hilale, aux membres du Conseil de sécurité et à l’ex-secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

 

Ce que le Maroc gagne politiquement

 

Force est de constater qu’à moins de deux mois de l’échéance d’avril, le Maroc ne souhaite pas donner des arguments au Polisario et à ses relais à l’ONU qui le dépeindraient comme un Etat «belliqueux» et «agresseur». Une manière pour lui de ne pas répéter la même erreur lorsque les autorités marocaines avaient expulsé, en mars 2016, plus de 80 agents de la composante civile et politique de la Minurso. Une décision qui avait contraint le royaume et ses alliés à l’ONU et à Washington de mener une forte campagne diplomatique afin d’en réduire aux maximum les conséquences.

 

Le vote, le 29 avril 2016, à la majorité absolue (10 pour, 2 contre et 3 abstentions dont celles de la Chine et la Russie) de la résolution 2285 est d'ailleurs le parfait exemple de la division des Quinze, alors les textes se rapportant à la question du Sahara occidental étaient auparavant adoptés à l’unanimité. Une différence de taille en diplomatie.

 

Cette année, Rabat peut aborder l’échéance d’avril avec confiance. Par ce retrait unilatéral de Guerguerate, elle exprime sa volonté de se conformer à une exigence de l’ONU, et ménage ainsi ses alliés officiels et officieux. D’un autre côté, le retrait unilatéral de Guerguerate permet au Maroc, surtout durant les semaines à venir, de pointer du doigt les velléités belliqueuses du Polisario. Pour rappel, Brahim Ghali et les siens se refusent jusqu'à présent à tout retour à la situation qui prévalait avant le 11 août.

 

Ce retrait unilatéral sera-t-il permanent ?

 

Le royaume ne peut en aucun tolérer d’être isolé de son espace vital : l’Afrique subsaharienne. C’est toute son offensive en direction du continent qui est en jeu. Le retrait décidé a permis une reprise de l’activité commerciale avec la Mauritanie et d’autres marchés.

 

Sécuriser le corridor de Guerguerat est hautement capital pour Rabat qui rêve de projets économiques ambitieux avec l'Afrique de l'Ouest.

 

En optant pour le retrait, le royaume accorde un cadeau à Antonio Guterres, mais non un blanc-seing. Cela permettra, sans aucun doute, d’asseoir l’autorité du nouveau secrétaire général. Et surtout de le mettre face à ses responsabilités au cas où le Polisario menacerait la sécurité de l’activité économique du royaume avec le continent par de nouvelles provocations.

 

Si les provocations du Polisario dans la zone de Guerguerate iraient crescendo et sans la moindre intervention des Nations unies, le Maroc serait alors libre de défendre ses intérêts stratégiques. Dans le cas contraire, Rabat offrirait au Polisario un neuvième «territoire libéré», comme elle l’avait fait précédemment avec Gouanit, Amghala, Bir Tirissit, Doukaj, M’Hairiz, Mijek, Zoug et le plus connu de la liste, Tifarity.

27/02/2017