Pour les Marocains, les différents volets de l'escalade qu'ont connu les relations Maroc-Algérie, ce mois-ci (escalade autour du rapport Tannock au Parlement européen, de la tournée de Christopher Ross dans la région, des manifestations organisées à l'occasion de cette tournée à Laayoune et Smara, du message du Président Bouteflika à Abuja et des faits qui s'en sont suivis) ont jeté la lumière sur une réalité cinglante:

 

dans le conflit du Sahara, le Maroc est certes confronté à plusieurs guerres, mais les principales –et les plus acharnées- sont celles que lui livre le pouvoir algérien.

Elles sont au nombre de trois.

Une guerre diplomatique qui, à la stupéfaction de l'opinion publique mondiale, mobilise depuis 40 ans la diplomatie algérienne sur le seul dossier du Sahara, comme s'il y allait de l'intégrité territoriale-même de l'Algérie ; et qui cherche à imposer un Etat-croupion au sud du Maroc.

Puis une guerre de déstabilisation, grande découverte algérienne qui s'ajoute depuis quelques années à la guerre diplomatique et qui se traduit par des manifestations récurrentes de séparatistes dans les villes du Sahara sous contrôle marocain. «Manifs» que l'Algérie fomente par l'intermédiaire de ses affidés parmi ceux que le Maroc appelle «les séparatistes de l'intérieur» (par opposition à ceux que le pouvoir algérien abrite à Tindouf) et que, selon plusieurs preuves détenues par les autorités marocaines, le régime algérien finance généreusement.

Et enfin, une guerre d'«intox» qui accompagne tout cela, diabolisant le Maroc, l'acculant constamment à la défensive et s'ingéniant à retourner contre lui tout fait, tout argument et toute situation... Quels qu'ils soient.

Autre constat: cette stratégie algérienne a pour effet d'éloigner, de plus en plus, le dossier du Sahara du terrain juridique, où le Maroc a des arguments et des documents irréfutables le confortant dans ses thèses et où, par contre, le pouvoir d'Alger n'a pas de grande marge de manœuvre ; pour le cantonner aux terrains diplomatique et polémique, où il suffit d'une bonne capacité de nuisance et de manœuvres assidues pour, si ce n'est remporter la victoire, au moins bloquer le dossier.

Ainsi entraîné dans l'arène diplomatique, le Maroc en oublie ses arguments juridiques et historiques, au point que ses adversaires osent même s'aventurer sur ce terrain pour le battre également en brèche.

Pourtant, ces arguments juridiques et historiques sont solides. Ils constituent les certitudes sur la base desquelles le Maroc revendique son Sahara en toute légitimité.

A commencer par les liens du Royaume avec ce territoire. Qui se souvient encore qu'ils remontent, au moins, à 1524, lorsque les Saadiens avaient chassé les Espagnols, dont la «Sociedad Pesquerías Canario-Africanas» avait entrepris de construire un débarcadère à Dakhla (ex-Villa Cisneros) ? Qui a en mémoire que c'est encore à Dakhla, en 1887, que les Espagnols ont vu leur garnison détruite par le Sultan Hassan 1er ? Sans égrener les détails fastidieux des preuves du constant attachement du Maroc au Sahara, il suffirait de rappeler qu'en 1956, dès après l'indépendance, l'armée de libération marocaine avait été fondée avec pour objectif de libérer en particulier les territoires sous contrôle espagnol (Ifni, Tarfaya et le Sahara occidental) ; que cette armée avait harcelé les troupes coloniales espagnoles jusqu'à la récupération d'Ifni et de Trafaya ; et que le Maroc avait inscrit sa revendication du Sahara, auprès de l'ONU, dès la fin des années 50.

Deux autres arguments ne sont plus mis en avant par le Maroc.

Celui d'abord de la décolonisation du Sahara. Les adversaires du Maroc pavoisent en réclament cette décolonisation, la présentant comme une arme contre le Royaume. Or, c'est à la demande du Maroc, qu'en 1963, la question du Sahara occidental avait été inscrite sur la liste des territoires non autonomes auprès de l'ONU, alors que ce territoire était encore une colonie espagnole. A l'époque, le Polisario n'existait même pas. Il allait être fondé 4 années plus tard. Aujourd'hui, après avoir récupéré ses territoires auprès de l'Espagne (accord de Madrid), le Maroc attend aussi que la 4ème commission de l'ONU tranche sur cette question de décolonisation du Sahara, mais il demande que la décolonisation soit reconnue en sa faveur (vu que, selon ses adversaires, l'accord de Madrid n'avait transféré que les territoires, non la souveraineté).

L'autre argument concerne le peuple sahraoui. Le Maroc a soutenu devant la CIJ que le Sahara n'était pas terra nullius (territoire sans maître) et qu'il n'y avait pas de peuple sahraoui, mais des tribus sahraouies qui étaient liées au pouvoir central marocain par la Beïa (acte d'allégeance), comme c'était le cas pour toutes les régions du Maroc, à l'époque. Ce que l'on veut présenter comme «peuple sahraoui», aujourd'hui, ce sont les opposants marocains nés dans les provinces du Sud du Maroc (le chef du Polisario est né à Marrakech) et les générations nées à Tindouf, qui ont ouvert les yeux sur ce conflit et ont été, à leur corps défendant, abreuvées d'idées séparatistes. Or, même s'il devait leur être reconnu qu'ils constituent un «peuple», la moitié de ce «peuple» -on l'oublie trop souvent !- veut le rattachement au Maroc et y vit en y partageant les mêmes avantages et les mêmes difficultés que le reste de la population. Si un référendum sous supervision de l'ONU n'a pu être organisé dans les années 90, c'est bien parce que, côté Polisario, on leur refusait le droit de voter, au prétexte que seuls devaient participer au référendum ceux qui figuraient sur le dernier recensement effectué par l'Espagne avant qu'elle quitte le territoire.

Une dernière certitude du Maroc. Elle concerne la question des droits de l'homme. Le Maroc, là aussi, fait face à une stratégie diabolique. Elle consiste à pousser régulièrement les habitants du Sahara à des manifestations séparatistes qui, fatalement, dégénèrent, pour ensuite accuser le Maroc de violation des droits de l'homme. Et ce, jusqu'à ce que la communauté internationale soit convaincue de la nécessité de charger l'ONU du contrôle des droits de l'homme au Sahara. Ce qui aurait pour conséquence de transformer le Sahara en territoire sous tutelle de l'ONU. Les adversaires du Maroc réussiraient alors à retirer au Maroc la seule carte qui compte -et qu'il s'est ingénieusement assuré d'avoir en mains avec la marche verte dont le 38ème anniversaire est célébré ce 6 novembre- celle du territoire. L'on saisit le pourquoi de l'intensité de la rage avec laquelle est menée cette bataille autour de cette question de mécanisme de contrôle des droits de l'homme. Le Maroc le sait désormais, il n'y a pas là qu'une guerre des mots. Il ne faut donc pas perdre de vue les fondamentaux juridiques sur lesquels on peut ensuite bâtir toutes les plaidoiries diplomatiques et médiatiques.

 

Bahia Amrani

09/11/2013