Le Sahara marocain contre les nouvelles barbaries

QUARANTE ans après le retour des Provinces du Sud sous l’autorité du Royaume chérifien, le contexte régional a changé considérablement et autant que la vie sur le territoire. 

A la fin des troubles endémiques qui ont caractérisé les relations entre les deux grands blocs capitalistes et communistes, le monde a connu quelques années de calme, mais une nouvelle sectorisation apparaît avec l’émergence d’un nouveau terrorisme se drapant des voiles de la religion islamique. 

Nouvelle conception sécuritaire

Des extrémismes religieux et des idéologies fanatiques se développent dans des conditions inquiétantes pour la paix dans le monde. Les conflits se multiplient, en Asie, autour du Golfe et de la Méditerranée qui, par effets métastasiques, se sont installés de manière durable au Sahara. Le contexte régional est donc très différent de ce qu’il était il y a dix ans seulement. 

La partie sahélienne du Sahara  est désormais une zone de non-droit où se sont installées des bandes terroristes et mafieuses, singulièrement associées. 

S’adossant aux Etats les plus faibles, comme le Mali, ou quasiment inexistants comme la Libye, celles-ci évoluent librement de la frontière marocaine jusqu’à la mer Rouge. De sorte qu’on peut penser que le Sahara est abandonné pour longtemps dans les oubliettes de l’Histoire. 

De très importants territoires comme en Syrie, en Irak, au Nigeria et dans l’immense Sahara, sont aujourd’hui écrasés par cette folie meurtrière et liberticide. De nouvelles stratégies de sécurité doivent être conçues. Les réponses ne peuvent plus être seulement militaires car c’est le cœur, le cerveau, la source qu’il faut anéantir. Les balles n’y suffisent jamais. 

Pour cela, nous disposons de l’expérience et des enseignements d’une extrême richesse de la démarche engagée par le Maroc sur son territoire saharien.

Observant la paix qui y règne et le développement qu’elle permet, nous pouvons dire que la solution, pour des territoires malmenés comme ceux du grand Sahara, se trouve dans une perspective globale sécurité-développement. 

Pourquoi la paix est-elle si forte et assurée de ce côté du Sahara? Parce qu’elle est appuyée par sa population. Pourquoi est-elle appuyée par sa population? Parce que celle-ci sait qu’elle conditionne son développement. Ainsi la sécurité est indispensable au développement et vice versa. La pacification d’un territoire envahi par les violences idéologiques et mafieuses n’aura aucun sens si rien ne vient au plan du droit, de la liberté, de l’emploi, de l’éducation, d’une explication de la religion, de la santé et du bien être en général. C’est ce pari qui a été fait avec succès au Sahara marocain. Il a été gagné. Il peut inspirer maintenant les actions au grand Sahara. Des actions qui ne pourront cependant pas être menées à bien sans une coopération régionale forte. 

Le Maroc doit nécessairement en être un pion central, en raison de sa légitimité africaine et de l’efficacité avec laquelle il conduit la sécurité et le développement dans ses provinces du Sud. La solution du problème algérien devient donc une nécessité impérieuse. Les sentiments du passé doivent s’effacer devant la nouvelle réalité du grand Sahara. Français, je me dois d’évoquer le modèle franco-allemand qui depuis plus de cinquante années assure la stabilité en Europe. 

L’approche globale
Le Sahara marocain contre les nouvelles barbaries  Par le Pr. Hubert SEILLAN
Au retour d’une opération de ratissage pas très loin de la capitale, le jour de l’Aid, l’armée a été prise en embuscade et a perdu neuf de ses hommes. Le fait que les  groupuscules islamistes parviennent jusqu’à la capitale, à plus de 2.000 km des zones sahéliennes d’insécurité,  inquiète les pays voisins et les alliés, d’autant plus que l’Algérie est un pays riche, dépensant près de quatre fois plus d’argent que le Maroc pour sa sécurité. Ces éléments  posent inévitablement la question du modèle de développement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est donc souhaitable que dans le même esprit, un accord régional permette d’accroître l’efficacité des dispositifs de prévention et d’intervention. 

La  démarche du Maroc  produit des fruits. Mais l’optimisme ne doit pas occulter le risque majeur du terrorisme mafieux. Une démarche purement défensive est à terme vouée à l’échec, tant les menaces sont sérieuses. La preuve nous en est donnée une nouvelle fois en ce 26 juin, alors que nous procédons à la dernière relecture de ce texte. Un nouvel attentat terroriste meurtrier vient de se produire en France sur un site industriel à risque. L’offensive est plus nécessaire que jamais. Considérons le modèle des provinces marocaines du Sud comme une arme formidable contre les risques de ces nouvelles barbaries criminelles. Il nous faut donc en exporter le principe et la méthode. Il nous faut l’exporter, car il est l’un des moyens d’action de la maîtrise des risques.

La recette marocaine

DANS cette perspective, le modèle des provinces du Sud pourrait guider d’autres stratégies, pour vaincre les nouvelles barbaries mafieuses qui colonisent les espaces laissés à l’abandon. De quoi s’agit-il? D’une démarche en quatre dynamiques interactives et convergentes. 

1- La croissance économique par la valorisation des atouts du territoire en ressources naturelles au seul profit des populations locales. Cette dynamique passe par une politique d’aide au lancement et au développement de petites et moyennes entreprises dirigées par les locaux. 

2- La promotion d’un développement humain dans le respect de la culture. Cette dynamique s’appuie sur un système juridique avancé en termes de droits humains. 

3- Le développement et l’aménagement territorial supposant une gestion durable des ressources naturelles. Cette dynamique suppose la protection de l’environnement et la répartition des bénéfices au profit des populations locales.

4- La participation des populations à une gouvernance responsable. Cette dynamique de proximité favorise une meilleure cohésion sociale et des choix plus en accord avec les besoins et les aspirations. 

Par le Pr. Hubert SEILLAN

Auteur de quelque 13 livres, Hubert Seillan enseigne à l’Université de Bordeaux où il est spécialisé dans les analyses de risques. Avocat près la Cour d’appel de Paris et président de l’Association girondine de recherche, d’échanges et de perfectionnement, il vient de publier deux analyses dans nos colonnes. La première réfutait l’erreur de concevoir le désert comme une unité socio-politique sans lien avec son environnement (19 juin 2015)  et l’autre revisitait, cartes à l’appui,  les frontières du vieil Empire chérifien (3 juillet 2015). 

23/07/2015