Sahara marocain : L’allumette suédoise…

La classe dirigeante et l’opinion publique marocaines ont eu un lendemain d’Aïd El Adha douloureux. Alors que le géant mondial de l’ameublement en kit, IKEA, s’apprêtait à ouvrir en grande pompe son premier « mégastore » africain à Zénata, dans la proche banlieue casablancaise, on apprenait que l’inauguration officielle était reportée sine die, pour d’obscures raisons « administratives ». Dans le même temps, Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement, « sonnait le tocsin » en convoquant à la Primature les dirigeants des huit principaux partis politiques afin de les informer d’une question de la plus haute dangerosité, la probable et prochaine reconnaissance de l’entité fantoche RASD par le Royaume de Suède.

 

Cet habillage artificiel et à ce jour virtuel de l’organisation séparatiste F. Polisario, basé en territoire algérien, serait, en effet, susceptible d’être reconnu officiellement par la Suède dans les toutes prochaines semaines. L’affaire est effectivement d’importance et si le gouvernement suédois actuel, minoritaire au Parlement, constitué d’une coalition entre les sociaux-démocrates et les Verts, venait à prendre une telle décision, il s’agirait d’un revers indiscutable pour notre diplomatie, mais, surtout, d’un précédent grave.

 

En effet, la Suède est un Etat membre de l’Union européenne, jouit d’une stature incontestée de démocratie établie et présente depuis fort longtemps un modèle social exemplaire.

 

Où étions-nous ?

 

Le gouvernement minoritaire suédois qui, ô paradoxe, fait passer ses lois grâce aux vingt voix des députés d’extrême-droite qui siègent au Riksdagshuset de Stockholm, développe depuis son arrivée aux affaires une ligne ouvertement hostile à notre cause sacrée d’unité nationale et a pris en plusieurs occasion fait et cause pour les thèses séparatistes largement répandues dans ce pays grâce aux lobbies pro-algérien et pro-polisario.

 

C’est ainsi, entre autres, que les députés suédois qui siègent au Parlement européen ont majoritairement voté contre l’accord agricole Maroc-UE, se sont opposés à celui concernant la pêche, de même que la Suède avait accompagné la demande formulée par les séides d’Alger d’étendre le mandat de la Minurso au monitoring des droits de l’Homme au Sahara.

 

Cette attitude qui s’oppose à la marocanité de nos province sahariennes, s’inscrit en opposition totale avec la ligne que l’Union européenne a officiellement adoptée depuis longtemps, celle de favoriser un règlement politique et négocié au Sahara occidental marocain sous les auspices de l’ONU, considérant également que la proposition marocaine d’autonomie élargie est constructive et positive.

 

Stockholm viendrait ainsi briser cette unanimité des membres de l’Union européenne, ce que le Maroc ne saurait accepter.

 

Aujourd’hui donc, on mobilise à Rabat, on bat le rappel de tous les spécialistes et universitaires étrangers qui connaissent et défendent notre cause nationale, on s’apprête à envoyer dans la capitale suédoise les dirigeants politiques qui constituent l’ossature de notre « union sacrée », et on fait sentir aux milieux d’affaires de ce pays qu’ils auraient à pâtir fortement de cette démarche incongrue et déplacée, alors que les reconnaissances internationales de la RASD fondent comme neige au soleil.

 

Mais n’est-il pas trop tard ?

 

Certes, les dirigeants politiques nationaux seront reçus au Parlement suédois dans une quinzaine, mais, de toute évidence et malgré les mises au point dans la plus épaisse langue de bois de la légation suédoise à Rabat, qui joue avec les mots en parlant de la position « actuelle » de son gouvernement, pour les groupes parlementaires de Stockholm, « leur religion est faite « depuis fort longtemps. Pourtant le Maroc, sa diplomatie, son ambassade sur les lieux mêmes n’ont rien vu venir ! Ce qui paraît, pour le moins aussi inadmissible que scandaleux !

 

On a beau jeu à chaque fois que notre cause sacrée est malmenée à l’extérieur de souligner l’activisme de nos adversaires. Mais que font les nôtres pendant ce temps ?

 

Le Maroc, comme c’est le cas aujourd’hui, se contente de déployer une démarche réactive alors qu’elle aurait dû être ACTIVE et anticipative !

 

Le gouvernement suédois que dirige M. Stefan Löfven a été constitué le 3 octobre 2014, au lendemain d’élections législatives tenues le 14 septembre de cette année-là. Douze mois ont passé depuis cette date et Rabat n’a rien fait entretemps.

 

N’était-ce pas en 2012 que le même parlement suédois avait voté à la majorité une motion réclamant la reconnaissance de la RASD. Motion qui n’avait pas valeur exécutoire pour le gouvernement de ce pays. N’était-ce pas un premier signal fort puissant ?

 

D’autres manifestations de cette hostilité ont été évidentes, notamment au Parlement européen sur des accords liant le Royaume à l’UE.

 

Mieux encore, les sociétés suédoises qui avaient placé des fonds dans des entreprises qui achetaient du phosphate à l’OCP ont été priées de retirer leurs « billes », sous la pression d’ONG de ce pays.

 

Qu’avons-nous fait ? Rien, rien et d’autant plus rien que le Maroc n’a pas d’ambassadeur à Stockholm depuis plus d’une année. Est-ce concevable ?

 

Qui aurait pu alerter Rabat sur ce qui se tramait ? Le chargé d’affaires ? Sans doute, à moins qu’il ne fût occupé à « faire des affaires » ? Allez savoir…

 

Mais le mal est fait, le mal est là et avant de louer le dynamisme de nos ennemis, avant de pleurer sur les mauvaises interprétations des diplomates étrangers, avant de couper net toute relation commerciale ou d’affaires avec la Suède, il serait sans doute nécessaire de « battre sa coulpe » et de faire son autocritique.

 

NOUS SOMMES LES PREMIERS RESPONSABLES DE CETTE SITUATION !

 

D’abord, parce que notre représentation diplomatique en Suède n’a pas été à la hauteur.

 

Ensuite, parce que notre ministère des AE semble étrangement passif ou uniquement focalisé sur d’autres problématiques, en oubliant de pratiquer une veille stratégique qui permettrait d’appréhender toutes les menaces contre notre intégrité territoriale. Avons-nous seulement dans les services de M. Mezouar une « division Europe » ? À quoi joue-t-elle ?

 

Encore, parce que la diplomatie marocaine semble sous-estimer l’importance des sociétés civiles et des organisations non-gouvernementales qui, notamment en Europe du Nord, savent peser efficacement sur les pouvoirs publics.

 

Enfin et surtout, parce qu’il nous paraît qu’hormis les « grandes ambassades », les pays les plus importants pour le Royaume qui bénéficient d’une attention soutenue, les autres sont quasiment laissés ou livrés à eux-mêmes.

 

C’est tellement vrai qu’il y a aujourd’hui près d’une vingtaine d’ambassadeurs qui sont toujours en poste, ici et là, mais, ayant atteint l’âge de la retraite, ils ne perçoivent plus leurs salaires !!! Et dire que Salaheddine Mezouar a occupé le poste de Grand argentier…

 

« L’affaire suédoise » ne doit pas être le déclencheur d’un processus de reconnaissance qui pourrait se répandre dans d’autres capitales européennes, notamment nordiques.

 

Certes, le Maroc doit réagir, avec célérité et détermination. Mais, de grâce, quand le danger sera éloigné, ne baissons pas les bras, poursuivons la veille, agissons dans tous les pays où les adversaires de notre cause sont présents et actifs. C’est en permanence que le Maroc, sa diplomatie, ses partis politiques, ses syndicats, sa société civile doivent se mobiliser pour faire échec aux menées des séparatistes et de leurs maitres algériens.

 

Evitons qu’une « allumette suédoise » ne mette le feu à toute la boîte…

 

Fahd YATA

 

30/09/2015