Sahara Occidental : les causes d’un conflit entre le Maroc et l’Algérie. par F. ARMAND

Le Sahara Occidental fait l’objet d’un conflit entre le Maroc et l’Algérie. Les principaux antagonistes sont enlisés dans ce conflit depuis quatre décennies. Au fur et à mesure de son prolongement et de son développement, le problème du Sahara Occidental s’est manifesté selon divers aspects de telle sorte que les raisons essentielles de ce conflit ont fini par manquer de lisibilité.

Sahara Occidental : Aspects historiques.

Au premier abord, le conflit dont le Sahara Occidental fait l’objet semblerait s’expliquer par une volonté du Maroc et de l’Algérie de s’approprier chacun pour soi les territoires du Sahara Occidental dans une perspective d’expansionnisme et d’hégémonie politique. Selon cette hypothèse, il faudrait admettre que le territoire du Sahara Occidental soit terra nullius, c’est à dire qu’il ne serait actuellement la propriété de personne. Or, s’il a pu en être ainsi en des temps extrêmement reculés, où d’ailleurs toute notion de propriété terrienne n’était pas encore apparue, il n’en n’est plus ainsi depuis déjà fort longtemps car la présence culturelle, économique et politique du Maroc au Sahara Occidental est établie depuis de nombreux siècles, comme cela est attesté par un grand nombre de données historiques incontestables ainsi que le confirment des sources historiques majeures et des vestiges de constructions qui portent la marque évidente de l’architecture marocaine dans les provinces du sud du Maroc (cf. Robert Rezette in « Le Sahara Occidental et les frontières marocaines », Nouvelles Editions Latines, Paris 1975). Cette présence naturelle et ancienne du Maroc dans les territoires du Sahara Occidental peut justifier que ceux-ci soient la propriété du Maroc.

S’il est possible de déterminer aisément la présence historique de la culture marocaine au Sahara Occidental, les contestataires de la marocanité du Sahara Occidental prétendent que cette présence historique n’était pas légitime et qu’en certaines occasions l’autorité politique des rois successifs du Maroc était contestée par les populations saharaouies. Cependant, François Rézette rappelle que ces tribus insoumises reconnaissaient la « baraka » du sultan ainsi que sa prééminence morale et son autorité spirituelle. Il est clair que ces tribus, d’un point de vue seulement politique, n’avaient besoin d’aucun cadre organisationnel en raison des conditions de vie particulières dans le désert.

Pour toutes ces raisons et pour d’autres encore, le Maroc considère que le Sahara Occidental constitue son prolongement géographique, historique, humain, culturel et religieux et toutes ces dimensions ont été prises en compte dans le jugement que la Cour de Justice de la Haye a rendu en octobre 1975 dans lequel elle soutient l’existence de formes d’organisation du pouvoir non étatiques au sens de la souveraineté territoriale telle qu’elle est envisagée par les autorités coloniales afin de justifier les liens privilégiés qui unissent le Sahara Occidental au Maroc (cf. Hassan Alaoui, « Guerre secrète au Sahara Occidental », Editions Encre d’Orient.

Dès lors, si le Sahara Occidental et le Maroc sont unis par des liens très anciens et profonds, la marocanité du Sahara Occidental est alors incontestable, l’Algérie ne peut revendiquer aucune propriété légitime sur ce territoire. Ainsi, les aspects historiques ne permettent pas de justifier la volonté de l’Algérie de s’approprier le Sahara Occidental à travers.

Sahara Occidental : Aspects économiques.

On pourrait penser que le problème du conflit entre le Maroc et l’Algérie au sujet du Sahara Occidental s’explique par des raisons économiques car si l’Algérie pouvait récupérer les terres sahariennes afin de s’accaparer ses richesses pétrolifères, elle pourrait aussi négocier des contrats d’exploitations avec les compagnies pétrolières américaines alors que ces contrats profiteront très prochaine au Maroc. Cependant, cette situation d’instabilité géopolitique dans la zone géographique du Sahara Occidental qui est provoquée par les tensions persistantes du conflit entre le Maroc et l’Algérie dues aux velléités de l’Algérie pourrait remettre en question les projets d’exploitation des entreprises pétrolières. Il serait en revanche plus efficace que les cinq pays du Maghreb renforcent leur union dans le cadre de l’UMA afin de rassurer les projets des investisseurs étrangers dans cette zone mais surtout de promouvoir le développement économique du Maghreb. Un rapport du Peterson Institute a amplement mis en relief les avantages économiques dont bénéficieraient les peuples d’une Afrique du Nord dont les frontières pourraient enfin s’ouvrir (cf. le rapport de International Crisis Group du 8 février 2007). Les chefs d’entreprise maghrébins souhaiteraient pouvoir déployer leur activité dans un espace qui transcende les divisions nationales (cf. Francis Ghiles in « Une coopération au point mort, le Non Maghreb coûte très cher au Maghreb » in Le Monde Diplomatique, juin 2010. Cette situation de « Non Maghreb » entretenue par le conflit au sujet du Sahara produirait un manque à gagner du fait de la panne de l’UMA qui serait de l’ordre de 2% du PIB annuel en moyenne pour le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie ainsi qu’un manque à gagner aux environs de 3 milliards de dollars pour la région dans son ensemble, selon le rapport de International Crisis Group du 8 février 2007.

Cependant, aucune perspective de coopération économique ne peut s’envisager ou se réaliser si le Maroc n’est pas reconnu dans ses frontières sahariennes. Ainsi, on ne peut soutenir véritablement que la motivation essentielle de s’approprier le Sahara Occidental soit pour l’Algérie une motivation exclusivement économique puisque sa tentative d’appropriation contribue à perturber la zone économique du Maghreb et par conséquent à freiner le développement économique de l’Algérie elle-même.

Sahara Occidental : Aspects politiques.

On explique souvent que l’opposition entre le Maroc et l’Algérie au sujet du Sahara Occidental est provoquée par la volonté du Maroc de maintenir sa souveraineté nationale sur le Sahara Occidental alors que l’Algérie soutiendrait le Polissario qui se prétend le représentant du peuple saharaoui qui souhaiterait accéder à l’autodétermination et qui revendiquerait aussi l’indépendance du Sahara Occidental. Mais peut-on sérieusement considérer que des populations saharaouies qui vivent depuis bientôt quarante années entourées par des commissaires politiques algériens et cubains soient en capacité de faire un choix éclairé quant au mode de gouvernance qu’ils envisagent pour leur avenir ? Dès lors, cette revendication de la part du Polissario pour un Sahara Occidental indépendant s’avère pleine d’ambigüité, voire même fallacieuse, en conséquence de quoi on ne peut expliquer de la sorte, c’est à dire par une opposition entre souveraineté et indépendance, le conflit entre le Maroc et l’Algérie de manière satisfaisante.

La position du Maroc dans ce conflit qui l’oppose à l’Algérie est celle de la légalité, légalité reconnue par la Cour Internationale de Justice de la Haye en 1975, comme nous l’avons évoqué précédemment, alors que l’Algérie recherche une position de leadership. Mohamed Boudiaf affirmait que « l’affaire du Sahara est l’affaire du peuple marocain mais en Algérie uniquement celle d’un clan au pouvoir » (cf. Hassan Alaoui in « Guerre secrète au Sahara Occidental » page 166. mais cette motivation de l’Algérie pour le leadership ne suffit pas à expliquer cette tentative de spoliation des terres sahariennes du Maroc puisque ce comportement de l’Algérie déstabilise la zone économique du Maghreb et s’avère ainsi nuisible au développement économique de l’Algérie elle-même, comme nous l’avons évoqué auparavant. D’ailleurs, la recherche d’une position de leadership ne conduit pas nécessairement à un comportement expansionniste car le Maroc aussi ambitionne d’occuper une position de leader au Maghreb mais il n’a jamais songé à spolier des territoires qui appartiennent à l’Algérie.

Si l’on veut comprendre les motivations qui conduisent l’Algérie à vouloir prendre possession des territoire du Sahara Occidental, il faut porter son attention sur la nature de l’Etat Algérien. La légitimité est un élément fondamental dans la structure de l’identité d’un état, si la légitimité d’un état est contestable, celui-ci souffrira immanquablement d’une reconnaissance insuffisante de la part des citoyens et donc de la nations, Un tel état demeurera alors dans une situation d’inachèvement et ne pourra aucunement être qualifié d’état-nation et donc d’état national. Un état de ce type manque d’identité et sera enclin à rechercher un palliatif à la légitimité qui lui fait défaut. Il s’engagera ainsi dans des projets d’édification expansionniste afin de compléter son identité dans la dimension purement extérieure, spatiale et matérielle, celle-ci se trouvant par nature davantage accessible dans la mesure où son obtention ne nécessite pas systématiquement le recours au consentement de la part d’autrui. Cette volonté de puissance a pour but de compenser ce manque d’identité, c’est à dire ce manque d’achèvement de soi, au moyen d’acquisition territoriales dans le but de bénéficier d’une augmentation de sa superficie géographique. Mais cette tentative de compensation au niveau quantitatif ne sera jamais en définitive qu’une sous-compensation d’un niveau plus qualitatif inaccessible tant qu’une remise en question en profondeur ne sera pas envisagée et assumée.

Il est certain aussi que cette attitude expansionniste de l’Algérie fut suggérée et encouragée par la situation post-coloniale lorsqu’en 1962 la France a offert à l’Algérie des territoires marocains qui étaient autrefois rattachés à Marrakech ou à Agadir (c’est le cas de Tindouf). Mais si l’Algérie désire à nouveau s’établir dans les frontières pré-coloniales que la France lui avait attribué alors que le Maroc avait enfin pu récupérer ses territoires par la suite, elle persiste en cela dans une attitude néo-coloniale à l’égard du Maroc. Cette persistance dans une attitude néo-coloniale montre là aussi le manque d’identité véritable de l’Etat Algérien puisque celui-ci a intériorisé et conservé les tendances et les structures propres qui sont celles du colonisateur, c’est à dire de celui qui s’efforce précisément d’affaiblir son identité, ce qui revient à dire que par l’adhésion systématique et prolongée à un tel mode de conduite néo-coloniale, c’est l’Etat Algérien qui à son tour contribue à affaiblir lui-même sa propre identité, ce qui est tout à fait incohérent et même paradoxal. C’est donc ce manque de légitimité et d’identité qui incite l’Etat Algérien à entrer en conflit avec le Maroc afin de s’approprier les territoires sahariens qui sont ceux du Maroc.

Conclusion

Quelle solution peut-on envisager pour résoudre ce problème du conflit entre l’Algérie et le Maroc au sujet du Sahara Occidental ? Le Maroc a proposé un projet d’autonomie élargie selon lequel toutes les tendances politiques seraient véritablement intégrées et représentées dans le cadre d’un Etat Saharien réellement indépendant. Cet Etat Saharien indépendant serait ainsi structuré comme un état démocratique dans lequel le Polissario ne représenterait pas la seule force politique. Mais ce processus d’autonomie élargie est pour l’instant bloqué à cause du Polissario et de l’Etat Algérien. Le problème du conflit au sujet du Sahara Occidental trouvera sa solution seulement lorsque l’Etat Algérien manifestera une volonté démocratique dans les processus de négociations en concertation avec le Maroc et la Communauté Internationale.

F. ARMAND pour infosahara.com

02/10/2014