Méconnu, oublié, le conflit du Sahara Occidental oppose le Maroc au Front Polisario depuis plus de 30 ans autour de la souveraineté de vastes territoires désertiques d’Afrique du nord. Le Royaume Chérifien, qui administre le Sahara Occidental depuis la marche verte de 1975 estime être siens ces territoires depuis « la nuit des temps » et s’appuie sur un jugement de la cour internationale de Justice de la Haye qui reconnaît des « liens d’allégeances » des tribus sahraouies envers le trône marocain. Le Polisario, quant à lui, est soutenu politiquement, financièrement, et militairement par l’Algérie et revendique au nom du « droit de peuples à l’autodétermination » et revendique un référendum pour les populations sahraouies nomades des territoires. Il administre les camps de réfugiés de Tindouf, au sud-est de l’Algérie, où vivent, selon les estimations de 80 000 à 160 000 sahraouis.
Or, c’est précisément au sein de ces camps de Tindouf, qu’une révolte naissante aurait été étouffée dans l’oeuf par le Front Polisario en ce milieu du mois de Janvier, à quelques jours de l’arrivée dans la région du médiateur onusien pour le Sahara Occidental, l’ambassadeur américain Christopher Ross. Selon des sources sécuritaires algériennes contactées au téléphone par « Le Courrier Stratégique », près de 400 habitants membres de la tribu des Rguibates – à laquelle appartient l’inamovible secrétaire général du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz- ont ainsi organisé les 23 et 24 janvier une manifestation qui a débouché sur la prise de contrôle du siège de la sécurité du camp de « Smara ». Les manifestants réclamaient que la lumière soit faite autour de mauvais traitements infligés à des civils par des militaires du Polisario, quelques jours auparavant.

Toujours selon la même source, cette manifestation, a laquelle participaient des femmes et des enfants, aurait été réprimée de manière intraitable par les forces de sécurité du Front Polisario, soucieuses de ne pas laisser s’installer un climat de tension supplémentaire au sein des camps. L’armée algérienne, active dans les camps, serait ensuite intervenue pour tenter d’effectuer une médiation et de calmer les esprits. Malgré cela, plusieurs manifestants se seraient mis immédiatement en grève de la faim et ont installé depuis un campement devant le siège du Haut Commissariat au Réfugiés (HCR).

« Pour le Polisario comme pour Alger, ce climat pré-insurrectionnel dans les camps de Tindouf ne pouvait pas intervenir à un plus mauvais moment. »

En effet, la présidentielle algérienne approche à grands pas et les négociations entre le Maroc et le Polisario, sous les auspices de l’ONU sont au point mort depuis près de dix-huit mois. Si les camps de Tindouf venaient à être durablement déstabilisés, Alger comme le Polisario craignent que le Maroc ne s’engouffre dans la brèche pour pousser son avantage à travers le plan d’autonomie du Sahara qu’il a mis sur la table depuis le printemps 2007.

L’autre scénario cauchemar qui pourrait survenir et que craignent le Polisario et Alger serait une nouvelle radicalisation d’éléments du Polisario vivant dans les camps, quelques mois après que l’AFP aie fait état de connexions entre le Polisario et Al Quaida au Maghreb Islamique (AQMI).

Selon les observateurs, si le « printemps arabe » venait à gagner Tindouf, il existe un risque avéré qu’un mouvement de transhumance massif vienne à s’installer entre les camps et le Sahara Occidental administré par le Maroc, faisant craindre la survenance d’un risque humanitaire et sanitaire.

Andreï Touabovitch

30/01/2014