Le nouvel envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara, Horst Köhler a officiellement pris ses fonctions le 8 septembre et s’est déjà réuni avec des hauts responsables à l’ONU, a indiqué dimanche l’organisation onusienne dans un communiqué. Une tournée dans la région est également prévue avant octobre prochain. Quels sont les enjeux de ce premier déplacement de l’Allemand dans la région ? Les réponses du politologue et expert dans les questions sur le Sahara et l’Afrique, Abdelfettah El Fatihi.

Antonio Guterres s’est félicité dimanche du projet de tournée de Horst Köhler, son nouvel envoyé spécial pour le Sahara occidental. L’occasion pour le secrétaire général de l’ONU de souligner «l’importance de cette visite pour relancer le processus politique dans un nouvel esprit et une nouvelle dynamique, conformément à la résolution 2351 (du 29 avril 2017) du Conseil de sécurité», indiquent les Nations unies dans un communiqué.

Bien qu’aucune date n’ait été avancée, le déplacement de Horst Köhler doit intervenir dans les prochaines semaines, et ce avant le 15 octobre. Quels sont les enjeux de sa visite et quelle est la situation qui prévaut actuellement sur le terrain ? Le politologue et expert des questions relatives au Sahara et à l’Afrique, Abdelfettah El Fatihi nous livre son analyse.

Quels sont, d’après vous, les enjeux du prochain déplacement du nouvel envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU dans la région ?

La visite de Horst Köhler dans la région est naturelle après l’échec de la mission de Christopher Ross. Un échec évoqué dans les conclusions qu’il a présentées au Conseil de sécurité, dans lesquelles il a affirmé qu’il lui était impossible de trouver des points de convergence entre les deux parties pour des pourparlers directs censés déboucher sur un règlement politique. Il a aussi constaté la persistance de la divergence des positions.

D’un autre côté, après le rapport 21-53 rendu public en avril dernier, il y a eu plusieurs actualités, notamment l’affaire Guerguerate, les détails sur le retour des éléments de la Minurso que le royaume avait expulsés ainsi que le nouveau cadre de travail de la mission onusienne dans la région, soit plusieurs variables et facteurs qui doivent être connus par le nouvel envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU.

La rencontre revêt-elle une importance capitale ?

La visite est purement introductive afin de prendre connaissance de la situation actuelle sur le terrain. Elle déterminera aussi la relation entre Köhler et la représentante spéciale pour le Sahara (Kim Bolduc, ndlr) pour faire le point sur les détails du travail de la Minurso.

Ceci dit, la rencontre est aussi liée à l’agenda du nouvel envoyé spécial du secrétaire général, qui doit présenter vers le 15 octobre son premier rappel partiel sur l’affaire du Sahara, en attendant le rapport final présenté annuellement en avril.

La situation aujourd’hui est que le déplacement s’inscrit dans le cadre de la prise de connaissance des dossiers sur le terrain et dans les préparatifs visant à trouver les éléments en commun et les points de convergence pour débuter des pourparlers directs. Cela intervient même si les choses s’annoncent difficiles à ce stade, mais il faut savoir que Horst Köhler préparera une nouvelle feuille de route pour un premier rapport qui sera présenté à Antonio Guterres. Ce qui est important, c’est que Köhler se basera sur le principe de trouver un règlement politique, c’est-à-dire qu’il tentera de voir ce qui pourra rapprocher les deux positions afin d’organiser des négociations directes.

Le climat est-il favorable pour parvenir à l’organisation de pourparlers directs entre le Maroc et le Polisario ?

Généralement et au niveau régional, on peut dire qu’il n’y a pas eu de changement remarquable sur le terrain qui nécessite l’accélération du processus visant à parvenir à une solution politique. Il y a peut-être des tensions, notamment régionales, mais elles ne sont pas susceptibles de changer grand chose face à la question centrale.

Il faut rappeler que le Maroc tient à sa position et à sa proposition, qui restent assez fortes par rapport à celles du Front Polisario. Il faut aussi signaler qu’il y a une faiblesse sur le terrain avec des problématiques sociales et économiques. Là aussi, il faut rappeler que la stratégie du Maroc visant à l’épuisement à long terme du Front porte ses fruits, compte tenu de sa souveraineté territoriale et administrative sur le territoire.

Le royaume s’est toutefois montré flexible dans sa relation avec les Nations unies et présente toutes les cartes et les options pour cela. Cet engagement est d’ailleurs démontré dans le dernier rapport sur le Sahara. Le Maroc s’est également montré favorable à des pourparlers directs. Le problème réside chez le Front Polisario qui croit toujours à des solutions inapplicables dans le contexte actuel.

Dans ce contexte, quelles sont les solutions présentées par le Maroc face à plusieurs problématiques liées à ce différend régional ?

Plusieurs dossiers épineux susceptibles de présenter un problème ou une crise et d’impliquer encore plus l’opinion internationale ont été bien gérés par le royaume. Pour le dossier de Guerguerate, le Maroc a impliqué l’ONU qui devient responsable et le problème n’existe plus aujourd’hui. Pour ce qui est des eaux territoriales du Sahara, le problème a été légalement réglé et les navires circulent désormais librement. Pour le terrorisme, le retour du Maroc à l’Union africaine permet à cette dernière de s’impliquer davantage dans les questions en rapport avec le terrorisme, mais aussi la migration. Le Maroc a imposé plusieurs fronts au Polisario. Donc pour plusieurs questions qui inquiétaient la communauté internationale et qui avaient pour causes le dossier du Sahara, le Maroc a présenté des solutions.

Justement, si vous dites que la solution n’est pas urgente, qu’est-ce qui inquiète aujourd’hui la communauté internationale ?

Ce qui inquiète aujourd’hui, c’est le Front Polisario et surtout son incapacité à concevoir une solution au problème des Sahraouis à Tindouf. La communauté internationale veut intervenir, notamment sur le plan humanitaire à travers la question des réfugiés et les programmes destinés à cette tranche mais rencontre des entraves de la part du Front qui ne veut pas régler cette problématique et refuse de recenser cette population. Il y a un vrai problème pour savoir comment on considère ces réfugiés, quelle aide et quels moyens pour contrôler cette aide.

Donc on n’a plus rien à reprocher au Maroc qui devient un acteur reconnu notamment sur le plan africain à travers des initiatives et des projets économiques. Le Polisario ne présente qu’une problématique politique et n’a rien à présenter à l’Afrique.

19/09/2017