Samir Bennis: le rapport de Ban Ki-moon sur le Sahara, un grand pas pour le Maroc

Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a publié vendredi dernier son rapport annuel sur le conflit du Sahara. Au grand dam du Polisario, l'Algérie et l'Union africaine, le rapport de cette année tient compte de certaines des préoccupations majeures du Maroc concernant le conflit.

Contrairement aux rapports présentés au Conseil de sécurité durant les deux dernières années, le rapport de vendredi ne recommande pas la mise en place d'un mécanisme de surveillance des droits de l’homme au Sahara. Selon le paragraphe 78 de la copie avancée du rapport, la surveillance des droits de l'homme sera confiée au Haut-Commissaire aux droits de l'homme (HCDH), aussi bien dans les camps de Tindouf qu’au Sahara.

Le silence observé par les sites acquis aux thèses du Polisario montre que le rapport n'a pas été perçu comme favorables aux positions du mouvement séparatiste.

Contrairement aux années précédentes, où les sites pro-Polisario accueillaient avec jubilation le rapport du SGNU et se faisaient écho des recommandations qu'il contenait en ce qui concerne la mise en place d'un mécanisme de surveillance des droits de l'homme dans le Sahara et les camps de Tindouf, cette fois-ci ils ont simplement publié les dépêches des agences de presse internationales telles que l'AFP et Reuters.

Le rapport de Ban Ki-moon reconnaît les efforts déployés par le Maroc pour promouvoir les droits de l’homme, y compris l'adoption d'un nouveau code sur la justice militaire et son adhésion au Protocole facultatif à la Convention contre la torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Cette référence aux progrès réalisés dans la défense des principes des droits de l'homme démontre que le Maroc a jouit de plus en plus de la confiance des acteurs influents de la communauté internationale dans les efforts qu'il a consentis depuis l'avènement du roi Mohammed VI au trône pour promouvoir les droits humains conformément aux normes internationales.

Le rapport reconnaît également l'une des préoccupations majeures que le Maroc n’a eu de cesse de porter à l'attention de la communauté internationale en ce qui concerne la prolifération des organisations terroristes dans le Sahara et la région du Sahel, et la frustration des jeunes vivant dans les camps de Tindouf, ce qui est susceptible qui de les amener à adhérer à ces organisations terroristes. Ces facteurs sapent la sécurité et la stabilité dans la région, d'où l'accent mis par le rapport sur la nécessité de trouver d'urgence une solution au conflit.

Appel à un recensement dans les camps de Tindouf

Mais l'un des aspects positifs les plus importants du rapport est le fait que Ban Ki-moon, pour la première fois, met l’accent sur la nécessité de procéder à un recensement dans les camps de Tindouf, reconnaissant ainsi une des revendications de longue date du Maroc.

«Je note des questions sur le nombre de réfugiés ayant besoin d'une assistance continue. Celles-ci soulignent la nécessité de traiter l'enregistrement de la population de réfugiés, » souligne Ban Ki-moon au paragraphe 77 de son rapport annuel.

Il est vrai que le rapport ne fait aucune mention du récent rapport de l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF), lequel a jeté la lumière sur l'implication de l'Algérie et le Polisario dans le détournement de l'aide humanitaire destinée aux camps.

Cependant, en se référant aux « questions sur le nombre de réfugiés ayant besoin d'aide », le rapport se fait écho tacitement du scepticisme du Maroc par rapport au nombre de réfugiés signalés par l'Algérie et le Polisario aux organisations gouvernementales et non gouvernementales internationales qui fournissent l’aide humanitaire à la population des camps.

Les investissements marocains au Sahara

Le rapport note également les investissements importants que le gouvernement marocain a consentis pour améliorer l'infrastructure routière et portuaire dans les provinces sahariennes. Cette mention représente une reconnaissance des efforts colossaux que le Maroc a déployés depuis 1975 pour construire des villes à part entière dans le Sahara.

Ce faisant, le rapport de Ban Ki-moon réfute une des allégations colportées par les partisans du Polisario selon laquelle le Maroc profiterait des ressources naturelles du Sahara. Ces allégations sont infondées, car toutes les avancées qui ont été accomplies dans la construction d'infrastructures ont été rendues possibles grâce à la solidarité et le sacrifice du reste des Marocains vivant dans les autres régions du royaume.

En reconnaissant les contributions financières du Maroc dans le Sahara, le rapport onusien se fait écho de l’un des messages clés contenus dans le discours du roi Mohammed VI de novembre dernier, quand il a souligné les sacrifices que les Marocains ont faits au cours des quatre dernières décennies pour permettre aux Sahraouis de mener une vie digne.

« Il est un fait que ce que produit le Sahara ne suffit pas à satisfaire les besoins de base de ses populations. Et je le dis en toute franchise: Les Marocains ont supporté les coûts de développement des Provinces du Sud. Ils ont donné de leurs poches, et prélevé sur les moyens de subsistance de leurs enfants, pour que leurs frères du Sud puissent vivre dignement », dit le Roi Mohammed VI.

« Depuis la récupération de notre Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la Patrie unie », at-il ajouté.

Le ton adopté dans le rapport montre que le Secrétaire général de l'ONU a tenu la promesse qu'il avait faite au Roi Mohammed VI lors de leur entretien téléphonique du Janvier 22 dernier. Durant cet entretien téléphonique, le chef de l'ONU avait souligné que la MINURSO continuerait d'exercer son mandat actuel comme prévu par les résolutions du Conseil de sécurité, et que ses "rapports au Conseil sur cette question resteront objective et refléteront les faits."

Alors que le rapport de Ban KI-moon prend les préoccupations du Maroc en compte, il ne fait aucune allusion au rôle potentiel que l'Union africaine pourrait jouer dans la recherche d'une solution à ce conflit. Cette omission constitue en soi un revers pour le Polisario, l'Algérie, l'Afrique du Sud et l'Union africaine, qui n’ont ménagé aucun effort pendant les derniers mois pour influencer le contenu du rapport du Secrétaire général et le persuader d'inclure une recommandation sur la mise en place d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme au Sahara.

La fermeté du Maroc pousse l'ONU à prendre ses préoccupations en compte

Le ton conciliant du rapport est le résultat de la pression que le Maroc et ses alliés au sein du Conseil de sécurité ont mis sur le S.G l'ONU. Cette pression s’est manifestée par le refus de Rabat de recevoir le Représentant personnel du Secrétaire général, Christopher Ross, tant qu’il n’aura pas fourni par écrit un aperçu sur la nature des efforts qu'il entend engager pour aider les parties à parvenir à une solution politique et mutuellement acceptable au conflit, ainsi que par son refus de recevoir la chef de la MINURSO, Kim Bolduc.

Il ne fait aucun doute que la fermeté du le Roi Mohammed VI sur la question de l'intégrité territoriale du Maroc à l'occasion du trente-neuvième anniversaire de la Marche verte le 6 Novembre dernier, a également contribué à influencer la teneur du rapport. Lors de ce discours historique, le roi Mohammed VI a déclaré que "le Maroc restera dans son Sahara, et le Sahara restera dans son Maroc, jusqu'à la fin des temps", ajoutant que la proposition d'autonomie est le maximum que Maroc peut offrir afin de mettre un fin à ce conflit.

Le fait que le rapport inclut un long passage du discours royal porte à croire que le ton ferme adopté par le Roi Mohammed VI était présent dans l'esprit de l'équipe onusienne qui a préparé le rapport annuel du Secrétaire général.

Sur la base de ce qui précède, on peut conclure que la résolution qui sera adoptée par le Conseil de sécurité à la fin de ce mois sur le renouvèlement du mandat de la MINURSO n’inclura pas de référence à la mise en place d'un mécanisme de surveillance des droits de l’homme au Sahara.

Par ailleurs, eu égard au caractère compromettant du rapport de l'OLAF sur le détournement de l'aide humanitaire destinée aux camps de Tindouf, et la recommandation du SGNU, il y a fort à parier que le Conseil de sécurité appellera à un recensement de la population de Tindouf.

Au lieu de faire référence au recensement dans le préambule la résolution, il y a des chances que l'appel au recensement soit inclus dans le dispositif opérationnel de la résolution, ce qui donnerait plus de poids à cet appel.

Comme ce fut le cas dans les précédentes résolutions, le Conseil de sécurité devrait également renouveler sa confiance dans les efforts de l'Envoyé personnel du Secrétaire général pour aider les parties à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable.

Cela étant dit, malgré le fait que le rapport est légèrement positif pour le Maroc, la diplomatie marocaine n'a pas encore réalisé des percées qui ouvriront la voie vers le règlement du conflit. Il n’y a toujours pas de solution en vue et la route sera semée d’embuches pour tous ceux qui cherchent à mettre fin au conflit.

Et pour cause. Depuis le début de 2013, le Maroc a été forcé de faire face aux tentatives de l'Union africaine - à la demande de l'Algérie, l'Afrique du Sud et le Nigeria - de jouer un rôle dans le conflit. Et il ne fait aucun doute que l'Algérie et ses alliés africains et latino-américains vont intensifier leurs efforts pour bloquer le processus de négociation et avorter tous les efforts déployés par la diplomatie marocaine pour parvenir à une solution politique conforme aux intérêts du Maroc et à la proposition d'autonomie qu’il a présentée en Avril de 2007.

Par conséquent, le gouvernement marocain devrait rester plus vigilant que jamais pour empêcher les partisans du Polisario de défaire les progrès qu’il a réalisés au cours de l'année écoulée et de détourner l'attention de l'ONU de sa mission de base, qui est d'aider les parties à parvenir à une solution politique mutuellement acceptable loin de toute politisation de la question des droits humains.

A propos de l’auteur

Docteur de l’Université d’Aix-en-Provence en 2005 et diplômé d’études supérieures en sciences politiques, études ibériques et études diplomatiques, Samir Bennis avait entrepris des recherches postdoctorales diplomatiques à Madrid, avant de s’envoler à New York pour y conseiller la mission diplomatique d’un Etat-membre des Nations Unies. Ses centres d’intérêt académique englobent les relations maroco-espagnoles, la question du Sahara, ainsi que les relations entre l’Occident et le monde Arabe. Il a à son actif plus de 200 articles et un ouvrage sur les relations entre le Maroc et l’Espagne. Il est le co-fondateur de Morocco World News, premier site d’information sur le Maroc et le Moyen orient en anglais.

16/04/2015