Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, spécialiste du Maroc – c’est du moins ainsi qu’il aime à se présenter et que le présentent ses amis ici et ailleurs – a commis un nouvel article sur le Maroc, consacré cette fois au ministre de la Justice Mustapha Ramid.

L’article est rédigé avec le même « souffle » que celui qui avait servi à confectionner la vidéo d’al-Qaïda. Voilà… ou, comme le disait Touria Jabrane à Mohamed Miftah dans la pub : « Dis-moi d’enlever le joint de sécurité et laisse tomber les sous-entendus ». Dans cet article, Cembrero remonte, avec une certaine perfidie, à l’année 2003, et dit en substance à Ramid auquel il s’adresse qu’ils avaient partagé moult secrets du temps où l’Etat profond (n’est-ce pas ainsi que des PJDistes s’expriment dernièrement ?) le combattait, et que lui, Cembrero, journaliste consciencieux, se proposait de sortir les anciens dossiers pour les dévoiler au public.

  

Cela ne veut rien dire et le dicton français (et pas espagnol pour cette fois) nous rappelle que « seuls les sots ne changent pas d’avis ». Or, Ramid n’est pas un sot, de même que tous les autres du PJD qui ont compris, à un moment ou à un autre, que le débat au Maroc sera pacifique ou ne sera pas. Et c’est la raison qui a fait sortir Cembrero de ses gonds, lui et ceux qui sont derrière lui.

  

La situation du Maroc est ce qu’elle est, et nous avons tenté depuis la nuit des temps de leur expliquer qu’elle est unique, mais ils n’ont pas voulu comprendre. Nous avons dit exception, mais ils nous ont rétorqué que « il n’y a guère d’exception et que vous êtes tous embarqués sur la même galère, les orientaux ». Nous avons insisté : « Nous sommes le Maroc (occident en arabe) et c’est là la preuve que nous nous dissocions totalement des fléaux qui nous arrivent d’orient ». Nous avons répété : « Nous sommes uniques », mais ils ont encore réagi : « Vous êtes comme les autres, avec tout le monde, avec le troupeau qui ira là où le mènera le printemps arabe ». Mais nous avons encore dit, et redit : « Absolument pas, nous n’avons pas été habitués à courir après les autres et ce n’est pas aujourd’hui que nous allons nous y mettre, et c’est ainsi que nous sommes faits, peuple, dirigeants, classe politique, et le reste ».

 

Les « cuministes » (allusion typiquement marocaine, venant de cumin, cette plante qui ne produit son arôme qu’une fois broyée) n’ont guère prêté attention à cela, bien qu’ils soient peu nombreux, et leur influence encore bien moins importante. Ces gens nous ont encore administré la preuve qu’ils sont comme le cumin, ne faisant effet que lorsqu’ils sont « travaillés ». Nous leur avons dit : « Non, nous ne ‘travaillerons’ personne, nous laisserons le temps faire son effet et alors, vous comprendrez ». Puis nous avons attendu, et alors ils ont encore réagi, montrant clairement ce qu’ils préparent pour ce pays, et montrant par la même occasion que ce qu’ils préparent est bien insignifiant.

 

Le peuple, tout le peuple, ne les connaît pas et, bien heureusement, n’a même jamais entendu parler d’eux, ignorant que des gens se réunissent de Washington à Madrid, en passant par Paris, pour imaginer les contours de ce qu’il pourrait être, ce peuple. Celui-ci est convaincu que toute chose qui concerne son pays doit se faire à partir de ce pays, à partir d’ici. Cembrero écrit donc beaucoup, sachant pertinemment que pas un Marocain ne le connaît, pas plus qu’il ne connaît qui le rétribue pour écrire. Et d’autres que Cembrero écrivent à leur tour et pensent que le peuple, dans son entier, attend avec la dernière impatience de lire toutes ces perles tout droit sorties de l’esprit, de la bouche ou des autres sens de ces auteurs.

 

Mais relisons cet article, autrement : quand nous avons pris connaissance de la pensée de Cembrero alors qu’il révélait des secrets qu’il partageait avec Ramid, nous avons espéré et appelé à la rémission de ces responsables qui sont les nôtres. La plupart estime que la meilleure façon de passer leurs messages était de s’adresser à la presse occidentale, de rédiger des tribunes dans le Monde, dans el Païs, dans le Washington Post, afin que les concernés par leurs écrits n’en ignorent rien.

 Nous sommes pour l’ouverture sur les médias étrangers. Nous sommes en faveur de la communication avec les autres, mais pas concernant nos affaires internes. Accordez-vous un peu plus de valeur à vous-mêmes, car ces gens de l’extérieur font commerce de vos propos et attendent le moment opportun pour s’en servir, et ils savent que vos actes ne sont pas gratuits, pas plus qu’ils ne sont en faveur de la défense de la presse, et encore moins de la vérité. Ils savent que vous les instrumentalisez pour exercer vos pressions, et donc ils vous utilisent à leur tour, comme vous le faites avec eux. Dans les nations qui se respectent, les gens parlent des affaires extérieures de leur pays dans la presse étrangère et réservent leurs problèmes internes pour leurs médias internes.

 

Optez donc pour des journaux qui vous appartiennent, ou des journaux qui ne rédigent pas une ligne qui vous déplairait, ou encore des journaux qui se disent indépendants mais qui ne vivent que par et grâce à vous, peu importe… mais cela est bien meilleur que de parler à un étranger de choses domestiques, et de lui dire par exemple ce qui a été rapporté par Cembrero et qu’il avait recueilli de la bouche même de Ramid : « Il faut que vous parliez de cela dans votre journal ».

 Eux donc, et bien qu’ils aient fait usage de vos paroles et qu’ils les aient gardées bien au chaud, vous méprisent au fonds d’eux-mêmes car ils savent que les responsables de leurs pays – opposants soient-ils ou non – n’iraient jamais évoquer des problèmes internes dans des médias étrangers. Jamais, jamais ils ne feront cela. Alors, de grâce, débarrassez-vous de cette « résidence générale » qui habite vos esprits et qui donne le sentiment à ceux qui sont ignorés dans leurs contrées qu’ils sont les meilleurs journalistes au monde uniquement parce qu’ils contactent les journalistes étrangers qu’ils fournissent en informations qu’ils se gardent bien de donner à la presse de leur propre pays.

 

Il s’agit pour moi de la leçon la plus importante à tirer, le reste n’étant que balivernes qu’on peut lire et qui nous arracherons un sourire, en attendant le salut, en attendant que les choses se clarifient et que les relations des uns et des autres apparaissent au grand jour, entre autres travers de mêmes natures.

 Les mots ont un sens, c’est sûr.

 

Mokhtar Larhzioui

02/10/2013