Le Conseil de sécurité de l’ONU intégrera cinq nouveaux  membres en janvier 2017. Parmi eux, l’Ethiopie, la Bolivie et la Suède, trois pays qui ne sont pas connus pour leur soutien au Maroc sur la question du Sahara. Quel pourrait être l’impact de leur arrivée au Conseil de sécurité sur ce dossier ?

 

À partir du 1er janvier 2017, la Suède, la Bolivie et l’Éthiopie siégeront au Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membres non permanents, et ce, pour un mandat de deux ans. À ces trois pays, élus par l’Assemblée générale à l’issue d’un scrutin organisé sur une base régionale le 28 juin, s’ajouteront deux autres qui pourraient être l’Italie et les Pays-Bas d’un côté, et la Thaïlande et le Kazakhstan de l’autre.

 

Pour le Maroc, la désignation des membres non permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas anodine. En effet, les dix pays membres de cet organe sont chargés d’adopter des résolutions qui portent notamment sur la question du Sahara et de la Minurso (la Mission des Nations Unies au Sahara basée à Laâyoune). Cela signifie donc que le royaume gagnerait à voir des pays le soutenant dans le cadre du conflit du Sahara siéger au Conseil de sécurité. La question se pose donc. Que risque de changer l’arrivée de la Suède, de la Bolivie et de l’Ethiopie au Conseil de sécurité ?

 

L’Ethiopie et la Bolivie, « des soutiens au Polisario »

 

« L’Ethiopie et la Bolivie sont traditionnellement hostiles à l’intégrité territoriale du Maroc et soutiennent ouvertement le Front Polisario » estime Brahim Fassi Fihri, le président du think tank Amadeus.

 

Selon ce dernier, ces deux pays ne font que remplacer « numériquement et respectivement l’Angola et le Venezuela, deux autres qui ont soutenu ouvertement le front séparatiste » durant leur mandat et leur présidence au Conseil de sécurité. « Je ne pense pas que l’Ethiopie et la Bolivie soient pires que l’Angola et le Venezuela » précise t-il. Pour rappel, l’Angola et le Venezuela ont tous les deux invités , lors de discussions portant sur la Minurso au Conseil de sécurité, des représentants du Polisario à témoigner devant le Conseil.

 

Notons toutefois que le ministre des Affaires étrangères a effectué , le 9 juillet, une visite en Ethiopie au cours de laquelle il a remis un message écrit du roi Mohammed VI au premier ministre, Haile Mariam Desalegn. Une visite ayant pour but de renforcer les relations du royaume avec ce pays qui abrite le siège de l’Union Africaine et une ambassade du Polisario.

 

La présence de la Suède « pas contre-productive » pour le Maroc

 

Quant à la Suède, elle est moins dans ce cas aujourd’hui précise notre source. « Avec la Suède, il y a eu un certain nombre de difficultés liées à la question du Sahara, dues notamment à des incompréhensions de part et d’autre. Le Maroc a activé les canaux diplomatiques et a réussi faire échouer toute tentative de reconnaissance mais certains restent hostiles au Maroc » explique Brahim Fassi Fihri qui fait référence aux récentes tensions entre le Maroc et la Suède.

 

On rappellera que qu’entre le les deux pays, les relations ont connu des tensions tangibles, et ce depuis le début des années 2000. Pour cause, le lobby du Polisario y est très présent et a réussi à s’attirer les faveurs d’organes politiques . En 2006, la Suède était le premier pays européen à voter contre l’accord de pêche entre l’Union Européenne et le Maroc. En 2009, le Maroc avait convoqué l’ambassadeur de Suède à Rabat et expulsé dans la foulée une conseillère de l’ambassade suédoise, pour « manquement grave aux pratiques diplomatiques et erreur professionnelle inadmissible ». Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Taïb Fassi Fihri, accusait la diplomate d’avoir transmis des documents officiels à « l’Algérie et au Polisario ». En 2010, le Parlement suédois et précisément l’opposition du pays scandinave a suggéré la reconnaissance de l’autoproclamée RASD comme un pays avec lequel il devra négocier. Aussitôt la recommandation votée en 2012 et transmise au gouvernement, celui-ci la refusera arguant des intérêts économiques et diplomatiques.

 

Le président du think tank Amadeus  pense toutefois que la présence de la Suède au Conseil de sécurité ne sera pas mauvaise pour les intérêts marocains. En effet, depuis la publication du rapport sur le Sahara réclamé par le ministère suédois des Affaires étrangères, il n’y a pas eu de déclaration « contre-productive » concernant l’intégrité territoriale du Maroc » explique-t-il.

 

« Impact minime »

 

Cependant, malgré leur prochain statut de membres non permanents au sein des Nations Unies, ces pays ne seront « pas impliqués dans la procédure de rédaction de la résolution sur la question du Sahara dans un premier temps ».

 

En effet, selon la procédure de l’adoption de la résolution de l’ONU sur la question du Sahara, les États-Unis, le penholder (porteur de stylo) est chargé d’écrire la résolution qui, une fois écrite, est présentée pour être discutée au groupe des amis du Maroc composé  la France, de la Russie, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis.

 

La Bolivie, l’Ethiopie et la Suède en tant que membres non permanents  « n’interviendront qu’en fin de process, lors de la discussion finale la veille ou l’avant veille du vote de la résolution », précise le président d’Amadeus, ajoutant par ailleurs que « leur impact ne sera que minime ».

 

La voix des États Unis, la France, la Chine la Russie et même de l’Espagne qui n’est pas membre permanent du Conseil de Sécurité « a un poids supérieur à celle d’un membre non permanent » note-t-il.

 

Enfin du côté des membres non permanents de l’ONU, le Maroc compte aussi des soutiens importants notamment « l’Égypte et le Sénégal qui resteront membres non permanents de l’ONU en 2017 » nous rappelle notre source.

 

12/07/2016