Sissi Maroc

Même pour les fins connaisseurs de la relation entre le Maroc et l'Egypte, il y a de quoi perdre sa boussole diplomatique. Le Caire connaît bien le degré de sensibilité politique de l'affaire du Sahara pour les Marocains. Et pourtant depuis l'arrivée de Abdelfatah Sissi au pouvoir, l'Egypte se permet quelques digressions. Ce qui installe une lourde tension, devenue épisodique, entre les deux capitales.

Récemment, dans une démarche ressentie par le Maroc comme une provocation, les Égyptiens ont réservé un accueil chaleureux à une délégation du Front Polisario venue à Charm El Cheikh participer à une conférence parlementaire Arabo-africaine. Ce n'est pas la première fois que le torchon brûle entre les deux pays sur ce sujet. Récemment alors que le Maroc avait formulé son intention de reprendre son fauteuil au sein de l'Union Africaine, l'Égypte avait ostensiblement refusé de signer un document demandant à l'Union africaine de suspendre la participation du Polisario à l'organisation panafricaine, document pourtant adoubé par 28 pays. 

 

Pour tenter de comprendre l'attitude du Maréchal Sissi à l'égard du Sahara, l'heure est vraiment à l'analyse des humeurs et au décryptage des attitudes. Avec cette lourde interrogation: qu'est ce qui marque les choix diplomatiques du Maroc au point de justifier un tel va et vient égyptien sur le Sahara? Cela a-t-il un rapport avec le rôle politique et économique de plus en plus grandissant du royaume du Maroc sur les théâtres africains là où dans une autre période l'Egypte de la grande époque faisait la pluie et le beau temps? Cela a-t-il trait avec la manière avec laquelle le Maroc gère la mouvance Islamiste en lui permettent une expression politique comme en témoigne le déroulé des récentes législatives marocaines quand l'Egypte de Abdelafatah Sissi a bâti sa légitimité sur la criminalisation de la mouvance Islamiste? 

 

Depuis l'arrivée de Abdelfatah Sissi, l'Égypte ne cesse d'envoyer des signaux de sympathie à l'égard du Polisario préférant plaire au régime algérien au risque d'irriter royalement les marocains. Et la question que posent nombreux observateurs: Le Caire se rapproche-t-elle d'Alger pour compenser l'arrêt de livraison de pétrole assurée jusqu'à présent et généreusement par l'Arabie Saoudite ? 

 

L'hypothèse est que dans cette affaire du Sahara, le Maroc serait indirectement en train de payer les pots cassés de la relation politique, qui serait au bord de la rupture entre l'Arabie Saoudite et l'Egypte, s'avère aussi séduisante que pertinente pour de nombreux observateurs. Elle a le mérite de donner de la cohérence et de la logique d'intérêts aux positions troubles et souvent contradictoire de la diplomatie égyptienne. Il est vrai qu'après une récente crise entre Rabat et Le Caire, le ministre égyptien des affaires étrangers Sameh Choukri s'était précipité à Rabat pour préciser que rien n'avait changé dans la position de son traditionnel soutien au Maroc dans son combat pour accomplir son unité territoriale. 

 

Positions troubles de l'Égypte à l'égard du Maroc car elle navigue entre deux extrêmes. En mars et avril derniers, l'Egypte, en tant que membre non permanent du conseil de sécurité, fut d'un précieux secours dans le terrible bras de fer qui opposait la diplomatie marocaine au secrétaire général des nations unies Ban Ki-moon. Aujourd'hui elle ouvre ses portes au "chef du parlement sahraoui". Avec le risque évident et pas encore officiellement assumé d'installer une crise entre les deux pays. Il paraît aujourd'hui clair que cette confusion est de nature à jeter un brouillard sur une éventuelle première visite souvent évoquée du président Sissi au Maroc. D'ailleurs elle ne pourra avoir lieu qu'une fois qu'une fois les deux capitales, Rabat et le Caire se seraient livrées à un indispensable exercice d'explications et de clarifications sur leurs choix d'alliances respectives. 

Par Mustapha Tossa

 

22/10/2016