Sa Majeste le Roi Mohammed VI dans l'Union Africaine

Le Maroc a réussi son pari de réintégrer l’Union africaine. Mais l’adhésion engage le pays dans de nombreux défis à relever pour les parlementaires, la société civile et le gouvernement.

 

Le siège de l’Union africaine a vécu, hier soir, des moments de joie de la délégation marocaine. L’hymne national entonné par des officiels et des journalistes. Des youyous ont également résonné dans le bâtiment. Des délégations d'autres pays d'Afrique subsaharienne ont partagé également ces instants de bonheur.

La victoire du royaume est aussi la leur. Pendant des années, elles ont été contraintes, par l’Afrique du sud et l’Algérie, à jouer les seconds rôles. A Pretoria la prestigieuse Commission de l’Union et à Alger l'influent Conseil de paix et de sécurité. Les autres devant se contenter des seconds rôles.

Nos députés sont-ils préparés à relever le défi au Parlement panafricain ?

Mais après la joie, l’heure est au travail et la prise en main des obligations de l’adhésion à l’UA. En dehors du roi Mohammed VI et de ses proches collaborateurs, le Maroc est-il préparé à relever ce défi, à commencer par nos élus qui doivent en principe siéger au Parlement panafricain ? Quels seront les critères qui devront prévaloir lors de la désignation des cinq représentants du Maroc (dont une femme) à l’instance consultative africaine ? La logique du partage du butin entre les partis prendra-t-elle, encore une fois, le dessus sur la compétence ?

Le siège du Parlement panafricain est à Johannesburg en Afrique du sud. Les députés marocains auront donc à opérer dans un terrain hostile. Répéter devant les médias le même refrain sur leur «opposition aux manœuvres des ennemis de l’intégrité territoriale» ne sera pas d'une grande utilité. L’effort doit plutôt viser à rallier à la cause du Maroc de nouveaux amis par des arguments historiques, juridiques et politiques pertinents.

Qu’en est-il de la société civile ?

En marge du 28e sommet de l’Union africaine, Addis-Abeba a accueilli, du 26 au 28 janvier, la 7e édition de la «Conférence continentale des citoyens». Un rendez-vous, parrainé par des organisations internationales (OXFAM entre autres), qui se veut une tribune pour les ONG africaines afin de faire entendre leurs voix auprès des chefs d'Etats.

«Le congrès de cette année n’a connu la participation d’aucune association marocaine», nous confie une source proche du dossier. «Des problèmes logistiques ont empêché les représentants d’une ONG au Sahara de prendre part à l’événement», ajoute-elle.

Avec l’adhésion du royaume à l’UA, rater ce genre de conférence n’est plus permis. Le tissu associatif, lui aussi, est appelé à relever le défi et ce par une actualisation de sa méthode de travail et d’actions. Le Maroc officiel est invité à mettre en place une structure à même d’accompagner et d’orienter les ONG intéressées par la défense de la politique africaine du royaume.

Ressusciter le ministère des Affaires africaines ?

De 1961 à 1963, le gouvernement marocain comptait un ministère chargé des Affaires africaines. Hassan II l’avait confié à Abdelkrim El Khatib. Un département qui offrait des camps d’entrainements, de l’assistance financière et la logistique pour acheminer des cargaisons d’armes au profit des mouvements de libération sur le continent, tels que l’ANC de Nelson en Afrique du sud ou le FLN algérien.

A l’époque le Maroc était un carrefour de toutes les figures de la résistance sur le continent. Le Sud-africain Nelson Mandela, les Algériens Houari Boumediene, Ahmed Ben Balla, Mohamed Boudiaf, ainsi qu’Agustino Neto (le premier président de la république de l’Angola entre 1975 et 1979), Amilcar Cabral, le fondateur du Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert, etc, étaient des habitués du royaume.

Actuellement, les impératifs ont changé. L’heure est plutôt à la «lutte contre la pauvreté et la malnutrition, de la promotion de la santé de nos peuples, de l’éducation de nos enfants, et de l’élévation du niveau de vie de tous» avait en effet souligné le roi Mohammed VI dans son message adressé en juillet 2016 à l’ancien président de l’Union africaine, le Tchadien Idriss Deby. Un ministère ou une structure dédié exclusivement à l’Afrique serait un signal fort adressé aux amis du Maroc et autres pays en voie de le devenir.

 

31/01/2017