« L’Afrique est Mon Continent… et Ma maison… et nous avons choisi de retrouver la famille ». Tels furent les mots prononcés par SM le Roi Mohammed VI devant le 28ème sommet de l’Union Africaine, lors d’un discours historique, dont on ne mesurera la réelle portée que dans les 20 prochaines années. 

 

Cependant, je laisse aux juristes, et autres politologues le soin de commenter les détails ennuyeux des dispositifs juridiques de ce retour, et des fluctuations du PIB escomptés.

 

Voilà comment nous devons, nous, peuple marocain, accueillir cette nouvelle, ce retour vers l’Afrique, initié par un Roi visionnaire et avant-gardiste.

 

Nous devons y voir un retour à l’enracinement, un retour à la métaphysique de la terre, de cette terre, qui a vu l’humanité naître, grandir, souffrir, mais aussi espérer. De cette terre, dont nous sommes tous façonnés, de cette argile primordiale, de cette terre aimée et élue par Dieu pour accueillir l’homme.

 

C’est donc une géopolitique des profondeurs, une géo-mystique qu’il nous faut.

 

L’Afrique nous a appelés, les fleuves africains nous ont appelés, les lacs, les montagnes, les plaines et les déserts, et nous avons répondu présent. Ce fut l’appel de cette terre pillée, volée, souillée, gorgée de sang africain.

 

Cet évènement historique, c’est l’affaire de tout un peuple, de ses artistes, de ses intellectuels, de ses artisans, de ses fermiers.

 

Ces retrouvailles avec l’Afrique doivent être célébrées, chantées, louées, sublimées, mais aussi pensées, réfléchies et accompagnées. Alors il ne s’agit pas d’applaudir béatement, en troupeau, mais de lutter sur le terrain des concepts, des idées, de l’art et de la culture et l’économie. C’est une guerre intellectuelle et culturelle totale que nous déclarons à l’inversion des valeurs et au déracinement car sachons-le, l’Afrique est une poche de résistance, de survivance de la tradition, de l’enracinement, de la virilité, de la discipline et du courage de l’homme enraciné.

 

L’Homme africain est en chacun de nous, car l’homme marocain n’est qu’une modalité de l’homme africain, n’en déplaise aux haineux. L’occident et l’orient nous imprègnent, certes, mais ils nous sont périphériques.

 

Nous africains, nous avons des choses à nous dire, des choses à partager. Nous participons d’une même métaphysique de la terre, d’un même socle de valeurs et d’une même « spiritualité » quand bien même nos religions seraient différentes, un même respect de la famille, des ainés et des ancêtres, une même oralité, une même spontanéité, en un mot : une même authenticité.

 

Et dans notre paradigme, marocain et africaniste, l’individualisme est une « hérésie », un symptôme de cette modernité venue du Nord, et qui a causé tant de malheurs en Afrique.

 

Alors réveille-toi peuple marocain, reprend-toi en main. Ne laissons pas notre Roi porter seul le fardeau de notre destinée, aidons-le !

 

Le libéralisme « libertaire » de la pensée nomade et l’obscurantisme du désert oriental nous menacent, nous guettent, nous contaminent. Ils avancent main dans la main. N’avez-vous pas compris qu’ils sont les deux faces d’une même pièce ?

 

Voulez-vous être maudits par vos ancêtres ? Voulez-vous qu’un jour vos enfants aient honte de nous ?

 

Alors cessons de penser l’Afrique en occidentaux. Nous devons avant tout réapprendre à penser en marocain, c’est-à-dire aussi en africain. Car beaucoup de nos élites sont en réalité des européens de peau noire, ou bronzée, selon les régions.

 

Ces élites là, qu’elles soient économiques ou intellectuelles sont les « idiots utiles » d’un paradigme occidental, que le Souverain a qualifié à juste titre de « défaillant», de déconnecté de la réalité et des « aspirations des peuples ».

 

L’ironie de l’histoire, et Dieu sait qu’elle en a, a fait qu’aujourd’hui, l’Europe occidental est l’homme malade de l’Europe. L’occident est l’homme malade du monde. Un empire vieillissant, en crise, mais néanmoins violent et arrogant, comme tous les empires décadents.

 

Feu SM le Roi Hassan II ne disait-il pas que « Le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe » ?

 

Ainsi, l’Afrique doit devenir la racine de notre liberté, notre Arche de Noé.

 

ENFIN, nous quittons cet « exil occidental » que je ne cesse de fustiger et qui n’a que trop duré.

 

Un proverbe de nos frères sénégalais nous enseigne bien que « si tu ignores où tu vas, retourne-toi, et regarde d’où tu viens ».